Bilan

La cleantech suisse a sa plateforme de crowdfunding

Avec l'ouverture de Veolis, les énergies renouvelables et autres projets environnementaux suisses ont désormais leur plateforme de crowdfunding pour faire émerger de la base des initiatives du secteur cleantech.
  • Des projets dans le secteur des énergies renouvelables peuvent désormais être portés par les particuliers en Suisse.

    Crédits: Image: Photovoltpotat
  • Grâce au crowdfunding, les projets (ici l'équipe de la startup Energy+Housing) peuvent émerger de la base et être soutenus par des particuliers.

    Crédits: Image: Energy+Housing

D'ici quelques décennies, la Suisse devrait sortir du nucléaire. Suite à l'accident de Fukushima et à la large mobilisation qui avait suivi, les autorités ont pris la décision de fermer les centrales actuelles sans les remplacer. Or, pour remplacer cette électricité qui manquera dans le réseau, les économies d'énergies ne suffiront pas à elles seules: il faudra d'autres apports. Et surtout faire appel plus largement aux énergies renouvelables ou aux mesures destinées à rendre plus efficaces les dispositifs énergétiques.

Si la Confédération a mis en place ses programmes et politiques pour continuer à fournir suffisamment de courant aux ménages, entreprises et autres clients, d'autres initiatives peuvent venir du secteur privé. Certaines sont immédiatement soutenues par des banques et groupes financiers, d'autres peuvent être portées par des investisseurs particuliers, via le crowdfunding. C'est ainsi qu'est né Veolis, la première plateforme de financement participatif suisse dévolue aux projets cleantech.

«Nous voulions compléter l'offre de projets du paysage suisse de la transition énergétique et avoir, pour soutenir les programmes officiels et publics, des projets partiellement ou totalement financés par la base, par la population, à travers une démarche bottom-up», explique Anne-Claire Pliska, membre de l'équipe Veolis. Avec cinq autres partenaires, ces pionniers basés à Zurich, Fribourg et Vaud ont mis en ligne le site avec les premiers projets faisant appel à tous les investisseurs privés, des familles aux caisses de pensions.

Dons, prêts et investissements

Concrètement, Veolis se présente comme une plateforme proposant un recours aux trois variantes du crowdfunding: le crowdonating (dons), le crowdlending (prêts, obligations) et le crowdinvesting (investissement dans le capital). «Le crowdfunding existe depuis plusieurs années en Suisse, notamment dans le domaine culturel. Mais aucune plateforme dédiée à la cleantech n'avait encore émergé en Suisse», constate Anne-Claire Pliska.

Les porteurs de projets peuvent donc déposer leur projet, définir les montants de financement possibles, présenter leur activité et leurs ambitions... Mais avant d'être mis en relation avec les investisseurs potentiels, chaque projet est soumis à un audit vaste et strict: «Nous avons mis en place des analyses techniques, commerciales, financières, légales, mais surtout de gouvernance et de communication: deux secteurs clefs pour des porteurs de projets qui vont, souvent pour la première fois, faire appel au crowdfunding où la communication et les relations avec les investisseurs sont primordiales», insiste Anne-Claire Pliska. Toutes ces étapes devraient être réglées en un mois à terme.

Ce faisant, les initiateurs de Veolis espèrent pouvoir proposer prochainement un grand nombre de projets viables et ambitieux, en plus des trois déjà postés sur la plateforme. «Nous avons démarré petit avec un projet qui ambitionne de rassembler 25 à 40'000 francs, mais le suivant se situe déjà à plus de 200'000 francs. Et à terme nous situons la fourchette moyenne pour les startups entre 300 et 500'000 francs», esquisse Anne-Claire Pliska.

Des modèles économiques rentables

Stricts dans l'audit, les initiateurs de Veolis seront plus ouverts quant à l'état d'avancement des projets: de l'idée à peine germée et déterminée jusqu'à des projets prêts à être commercialisés, tant que le dossier tient la route en passant avec succès les différentes étapes d'analyse lors de l'audit, tout est envisageable.

Car, comme l'équipe de Veolis le souligne, «la Suisse est un terreau favorable à l'émergence de ce type de projets. Non seulement en raison du choix de sortie du nucléaire. Mais aussi grâce à la présence des écoles favorisant l'innovation et l'entrepreneuriat comme l'EPFL ou l'ETHZ. Et enfin grâce à cette tradition en Suisse de l'action sous forme coopérative, que l'on voit aussi bien dans les univers politiques qu'associatifs, urbanistique ou économique». Mais le «modèle coopératif» lié au type de financement participatif (aussi appelé financement collaboratif) n'exonère pas les porteurs de projets d'avoir une ambition économique: «Il faut qu'il y ait dans chaque projet un modèle économique rentable ou un modèle social qui assure une contrepartie intéressante pour l'investisseur», avertit Anne-Claire Pliska.

Allier recherche de la rentabilité et prise de conscience: tel est le leitmotiv de Veolis. Car la démarche des initiateurs part d'un postulat simple mais efficace: «La transition énergétique demande un changement de comportement du plus grand nombre et ça ne se fera pas du jour au lendemain. On constate aujourd'hui une dichotomie entre l'adhésion aux valeurs des énergies renouvelables mais un rejet de certains choix d'aménagement du territoire dès qu'il s'agit d'avoir un forage géothermique ou des éoliennes au bout de son jardin. En impliquant la population, aussi bien les familles que les caisses de pensions ou les gestionnaires de fortune, nous espérons favoriser la réalisation de ce type de projets par des gens qui verront un retour financier en plus de la démarche citoyenne», plaide Anne-Claire Pliska.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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