Bilan

La carte SIM maison d'Apple menace les opérateurs

En annonçant suite à sa keynote de la semaine dernière que le nouvel iPad sera doté d'une carte SIM maison, Apple s'attaque aux prérogatives traditionnelles des opérateurs téléphoniques.
  • Les nouvelles tablettes Apple comporteront une carte SIM maison intégrée dans l'appareil et n'auront plus besoin d'une carte SIM de l'opérateur choisi.

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  • Avec sa carte SIM intégrée à la tablette, Apple menace directement les fabriquants de cartes SIM et les opérateurs.

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  • Le véritable risque, au-delà du marché limité des tablettes, serait de voir ces cartes SIM "maison" intégrées dans les prochaines générations d'iPhone.

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«One SIM. Many options»: c'est au bas du déroulé d'un chapitre de son site web qu'Apple dévoile une des annonces les plus étonnantes des derniers mois, passée sous silence lors de la keynote de jeudi dernier. Les nouvelles tablettes signées du géant de Cupertino intègreront leur propre carte SIM. Une véritable révolution alors que tous les appareils mobiles qui se connectaient jusqu'alors aux réseaux des opérateurs devaient comporter une carte SIM fournie par les opérateurs eux-mêmes.

Ce dispositif est déjà annoncé pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni, mais il pourrait être étendu rapidement à d'autres marchés d'Apple, en Europe continentale comme en Asie. Ce n'est certes pas la première fois qu'Apple touche à la carte SIM, l'un des vestiges des premières générations de téléphones mobiles. Le constructeur californien avait adopté la carte Micro-SIM en 2010 pour son iPad (LG Electronics l'avait alors testée en Italie seulement), puis la carte Nano-SIM en 2013 sur l'iPhone5. Mais si les dispositifs changeaient, l'attribution et la remise physique de la carte à l'abonné revenaient toujours à l'opérateur lorsque l'abonné souscrivait un abonnement ou changeait d'appareil.

Une démarche cohérente avec la stratégie Apple

Désormais, cette opération ne devrait plus exister avec la carte SIM intégrée à l'iPad nouvelle génération: l'utilisateur devra certes toujours souscrire un abonnement, mais il n'aura plus à insérer une carte reçue en boutique dans le terminal, celle-ci se trouvant déjà dans la tablette. «Cela vous donne la flexibilité de choisir un plan data de courte durée quand vous en avez besoin, sans attache. Si vous voyagez, vous pourrez également choisir un contrat local pour la durée de votre séjour», explique Apple sur son site web.

Avantages pour le client avec plus de flexibilité donc et la possibilité de profiter de forfaits locaux de courte durée avec des opérateurs du pays où l'utilisateur se trouve au lieu de faire appel au roaming, coûteux et pas toujours très pratique. Mais avantage aussi pour Apple qui renforce son modèle: depuis ses origines, la marque à la pomme a toujours privilégié les solutions intégrées, développant, contrairement aux autres constructeurs de micro-ordinateurs et de téléphones mobiles, ses propres systèmes d'exploitation, pour mobiles (iOS) et pour ordinateurs (Mac OS, puis Mac OS X, et OS X).

Fabriquer et intégrer directement la carte SIM au terminal représente donc une démarche cohérente avec la stratégie Apple. Grâce à cela, sa maîtrise des outils matériels et logiciels est renforcée. Mais cette stratégie pourrait faire des victimes collatérales dans deux domaines: les opérateurs déjà, qui verront leur relation avec le client réduite. Et surtout les fabricants de cartes SIM, ou encarteurs. Le titre de l'action de Gemalto, l'un des plus importants constructeurs de cartes SIM, chutait d'ailleurs ces derniers jours suite aux annonces d'Apple.

Accessoirement, c'est aussi une chiquenaude au meilleur ennemi d'Apple, Samsung, qui est un des leaders mondiaux des fondeurs de silicium, sous-traitants des encarteurs. A plus grande échelle et à plus long terme, c'est l'existence même des encarteurs qui pourrait être remise en cause: Apple parle pour le moment d'une carte SIM «déjà intégrée» à ses tablettes. Mais de prochaines générations d'appareils pourraient intégrer une pièce réalisant les mêmes opérations que les cartes SIM et donc ne plus nécessiter du tout cette UICC (Universal Integrated Circuit Card).


Gemalto victime d'Apple et de ses cartes SIM... par BFMBUSINESS

Les opérateurs, d'interlocuteurs des clients à diffuseurs de signal

Mais les opérateurs de téléphonie pourraient aussi être impactés. Pour eux, c'est au niveau de la relation clients que les dommages pourraient être les plus importants. Jusqu'à présent, un lien physique unit toujours les opérateurs à leurs clients, qu'il s'agisse d'une visite du consommateur en boutique pour souscrire l'abonnement et chercher l'appareil, ou de l'envoi postal de la carte SIM dans les pays où la souscription d'un forfait peut se faire à distance. Avec sa carte SIM intégrée, Apple rompt ce lien et fait des opérateurs de simples diffuseurs d'un signal 4G pour ses appareils.

Loin d'être anecdotique, cette rupture du lien pourrait être cruciale. Pour Ian Fogg, analyste pour IHS Technology, «l'Apple SIM a le potentiel de changer fondamentalement le rapport entre opérateur et abonné. En permettant de faciliter le changement d'opérateur et de tarifs, Apple met évidemment sous pression les revenus et marges des opérateurs. Apple change de position et force donc les opérateurs à négocier pour être supporté par cette carte. Apple SIM est le plus important challenge imposé aux opérateurs depuis longtemps. Si Apple place sa carte dans la prochaine génération d'iPhone et retire l'emplacement traditionnel dédié aux SIM des opérateurs, l'impact sera énorme pour le business model des opérateurs».

Plus que jamais, les opérateurs devraient jouer sur la couverture réseau, les performances de vitesse et de débit (avec déploiement ultra-rapide des nouvelles normes), et les tarifs. le service client et tout l'univers marketing créé par certaines marques deviendrait vite obsolète au regard de ces atouts, pour de simples «diffuseurs de signal 4G».

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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