Bilan

La biotech bâloise Roivant lève plus d’un milliard de dollars

Etablie à Bâle depuis décembre dernier, cette start-up d’origine américaine voit son modèle d’affaires original validé par de grands investisseurs comme SoftBank.

En récupérant les molécules abandonnées par les grands groupes pharmas pour des raisons stratégiques, le CEO de Roivant Vivek Ramaswamy (au centre) a déjà réussi deux IPO. 

Crédits: DR

Les autorités bâloises qui ont su, à la barbe d’autres cantons, attirer le siège mondial de la start-up d’origine newyorkaise Roivant Sciences peuvent se frotter les mains. L’entreprise qui a recruté une vingtaine de personnes depuis son arrivée dans la cité rhénane en décembre vient en effet de recevoir une injection de cash sans précédent pour une start-up basée en Suisse: 1,1 milliards de dollars.

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Ces fonds ont été levés auprès de ses investisseurs traditionnels Dexcel Pharma et du Vision Fund, 100 milliards de dollars créés par le japonais Softbank et abondé par les fonds souverains d’Arabie Saoudite et d’Abu Dhabi et des industriels comme Apple, Qualcomm ou Foxconn. A lui seul, le montant levé par Roivant dépasse les 900 millions de francs levés au cours de toute l’année 2016 par l’ensemble des start-up suisses. Il fait de cette entreprise une licorne valorisée plusieurs milliards.

Une uber licorne qui recrute

Surtout cette opération augure de centaines d’embauches en Suisse selon Christian Mauriand, Senior Manager, Business Operations. En particulier parce qu’elle valide le modèle d’affaires de l’entreprise. Avec la réserve comme toujours dans les sciences de la vie que les molécules de son pipeline de recherche soit validée par les essais cliniques.

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Fondé par Vivek Ramaswamy, Roivant Sciences dispose d’un modèle d’affaires original. Un peu comme l’avait fait Actelion avec Roche il y a vingt ans, l’entreprise prend des licences sur des molécules que de grandes entreprises pharmaceutiques abandonnent à l’occasion de recentrages stratégiques. Elle se charge ensuite de les développer en motivant ces entreprises grâce aux fonds qu’elle est capable de mobiliser pour des essais cliniques et des talents grâce aux stock-options qu’elle peut émettre. Parmi ces “prises” on relève ainsi Jacqualyn Fouse, l’ex chief financial officer de  Celgene ou bien encore David Hung qui a revendu Medivation à Pfizer pour 14 milliards de dollars.

Une stratégie Inspirée par Actelion

Le cas de l’Intepirdine, le médicament le plus avancé du pipeline de Roivant, illustre cette stratégie. Racheté à GlaxoSmithKline lorsque que l’entreprise a décidé de quitter la neurologie pour se concentrer sur l’oncologie et l’immunologie, ce médicament pour traiter les troubles induits par Alzheimer est en phase avancé de test clinique de phase III. Les résultats seront connus le mois prochain avec une possible homologation commerciale à la clé.

Fonctionnant un peu comme une holding, Roivant a placé ce médicament dans une filiale dédiée à la neurologie Axovant. Cette dernière avait effectué une IPO sur le NASDAQ il y a deux ans pour lever 360 millions de dollars. Au total Roivant dispose de quatorze médicaments en phase clinique dont six en phase III. Et chaque domaine thérapeutique dispose ainsi de sa filiale (elles aussi souvent incorporées en Suisse): Myovant pour les maladies féminines, Dermavant pour la dermatologie, Enzyvant pour les maladies rares, Urovant pour l’urologie,…

Avec le plus d’un milliard qu’elle vient de lever, Roivant dispose désormais de suffisamment de cash pour financer ses propres essais cliniques. Elle n’est pas forcée de le faire mais cela la place en position de force dans ses négociations avec les grandes pharmas.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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