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La BCV vise la passe de quatre en Silicon Valley

Après trois premières éditions passionnantes, la Banque cantonale vaudoise (BCV) lance la quatrième édition de son Silicon Valley Startup Camp: 10 étudiants avec un projet de startup seront sélectionnés pour aller découvrir la Californie et s'inspirer de son écosystème.

Chaque année, les étudiants romands vont découvrir les pépites de la Silicon Valley (ici sur le campus de Facebook en septembre 2015).

Crédits: Image: Bilan

Ils sont déjà une trentaine à avoir embarqué dans le programme. Trente étudiants dont les deux points communs sont de suivre un cursus dans une école vaudoise et d'avoir un projet de startup. Et certains parcours ont de quoi faire rêver: TawiPay (François Briod, 2014), Tetrik devenu Heed (Dany Cerone, 2014), Technis (Naïk Londono parti depuis, et Martin Hofmann, 2014), Novaccess (Yannick Iseli, 2013), MoonCode (Amaury Soviche, 2014)... les jeunes pousses nées du dynamisme de participants au Silicon Valley Startup Camp de la BCV (ou qui ont bénéficié de leur expertise) se multiplient ces derniers mois.

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«Tout est parti d'un voyage sur place en 2010 avec plusieurs responsables de la BCV, des partenaires et des rédacteurs en chef de médias romands: nous nous sommes demandés d'où venait le dynamisme de cette région de Californie alors même que nous avons aussi en Suisse des capitaux, une économie dynamique, des écoles performantes,... Et le constat a été qu'il existe sur place une mentalité particulière qui pousse les jeunes à créer leur propre business au lieu de n'envisager comme seul débouché de leur cursus d'être engagé au sein d'une entreprise existante», rappelle Christian Jacot-Descombes, porte-parole de la BCV. Un programme sur cinq ans est ainsi mis en place pour permettre à des étudiants d'écoles vaudoises de découvrir cette atmosphère propice à la création d'entreprise qui a accouché en quelques décennies d'Apple, Mircosoft, HP, Facebook, Google, Uber, Airbnb,...

Collaboration avec les écoles vaudoises

Le principe est simple: un appel est lancé au printemps à travers les écoles situées dans le canton pour que leurs étudiants ayant un projet de startup postulent; une première sélection est opérée avant une journée de pitch devant un jury qui va déterminer les dix lauréats de l'année qui partent à la fin de l'été à San Francisco pendant une semaine; sur place ils multiplient les visites de startups ou de géants de la tech, les ateliers avec des mentors, des rencontres avec des entrepreneurs suisses installés sur place, des séances de travail pour améliorer leur projet,...

Chaque année, la BCV reçoit 60 à 80 candidatures. «C'est encore assez peu par rapport à la population de jeunes du canton, mais nous avons quand même découvert au cours des trois premières éditions trente personnalités hors du commun dont la scène entrepreneuriale suisse va sans nul doute entendre parler dans les années à venir», se réjouit Christian Jacot-Descombes, déjà impatient de voir arriver les nouveaux talents pour l'édition 2016. Pour repérer ces pépites, la BCV travaille avec les meilleures écoles vaudoises: EPFL, UNIL, HEIG-VD, mais aussi EHL, ECAL,... «Tous les étudiants, vaudois ou non, qui suivent un cursus dans une de ces écoles, peuvent postuler s'ils ont un projet, car notre ambition est triple: créer des vocations, favoriser l'état d'esprit entrepreneurial et favoriser le développement économique du canton en misant sur l'innovation comme relais de croissance», glisse le porte-parole de la BCV.

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Du côté des écoles, l'écho est plus que positif. Pour Florent Ledentu, professeur à la HEIG-VD, «l'initiative de la BCV va dans le bon sens pour dynamiser les vocations dans le canton, car un tel séjour donne aux étudiants la mesure de ce qu'ils peuvent viser s'ils ont de l'ambition et s'ils savent progresser et oser». La HEIG-VD a d'ailleurs également mis sur pied des projets allant en ce sens, en proposant des formations sur la création d'entreprise et en emmenant une douzaine d'étudiants chaque année en Silicon Valley. «Les deux programmes sont complémentaires», renchérit Vincenzo Pallotta, professeur d'innovation et d'entrepreneuriat au sein de la HEIG-VD, «On peut aiguiller nos étudiants vers un programme ou l'autre selon la maturation du projet, ses caractéristiques, son orientation».

L'ambition inspirée par la Silicon Valley

Une opportunité de toucher du doigt le formidable dynamisme californien que saluent les anciens du programme. Pour Paul-Edgar Levy, qui a lancé sa startup SqeedTime quelques semaines après son retour de San Francisco en 2015, le voyage a constitué une révélation: «En Suisse, on ne voit pas assez grand, on développe une petite entreprise et on reste sur notre marché, sur ce qu'on sait faire. Lors du Silicon Valley Startup Camp, j'ai compris qu'il fallait viser plus grand, oser se fixer des objectifs ambitieux et se donner les moyens de les atteindre». Lancée fin 2014, l'application pour smartphone SqeedTime, qui ouvre à tous le panel des loisirs dans sa région, connaît un succès grandissant. Après avoir pris son envol sur les campus lausannois, ses fondateurs visent désormais les marchés européens voire mondiaux. Et pour cela, un round de financement est lancé pour lever les fonds nécessaires.

Même enthousiasme du côté de Clément Javerzac. Issu de la même édition 2015, il termine ses études à l'EPFL mais a déjà bien avancé sur un ambitieux projet à haute valeur ajoutée technologique: des appareils qui signalent par eux-mêmes à l'avance la possible survenue d'une panne grâce à la signature sonore de leur fonctionnement. «Notre projet peut tout aussi bien concerner la voiture de tout un chacun que des grandes centrales alimentant en énergie des villes entières, afin d'éviter la survenue de pannes ou d'avaries», détaille-t-il. Sur le campus de Stanford en septembre dernier, il avouait sa fascination pour la recherche des universités américaines.

Au-delà de l'expérience vécue pendant la semaine californienne, le Silicon Valley Startup Camp constitue également au fil des années un réseau. «Il y a évidemment l'aventure humaine que l'on vit sur place. Mais quand on revient, ça ne s'arrête pas: le réseau d'alumni permet des échanges très riches entre participants, on se voit, on évoque ce qui nous freine ou ce qui débloque des situations, on partage des compétences,...», insiste Paul-Edgar Levy.

De quoi faire jaillir de nouvelles vocations parmi les étudiants des écoles vaudoises. Ceux-ci ont jusqu'au 15 mai pour faire part de leur envie d'embarquer pour la Californie à la fin de l'été. «La marche à suivre est simple: une lettre en anglais pour expliquer sa motivation et présenter son projet; ensuite seulement vient l'entretien avec le jury sous forme de pitch, comme une vraie startp: cinq minutes de présentation et cinq minutes d'échanges avec les jurés», précise Christian Jacot-Descombes. Comme un premier entraînement pour les futurs startupeurs. Et c'est aussi là tout l'intérêt de ce programme qui, à la différence de nombreuses autres initiatives dans le domaine de l'innovation, se situe très en amont dans le processus entrepreneurial. «Nous nous situons vraiment comme un séjour d'incubation qui va voir l'idée mûrir et l'inspiration se structurer», ajoute-t-il.

 

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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