Bilan

La version en ligne du CES déçoit les start-up suisses

La conférence à Las Vegas, dédiée aux nouvelles technologies, a manqué de dynamisme et d'émulation. Plusieurs difficultés techniques liées à la plateforme semblent avoir pénalisé les échanges.

Privés de réseautage physique par la pandémie, les participants au CES Las Vegas ont dû se rabattre sur une version en ligne.

Crédits: AFP

Chaque année, les nouvelles technologies ont leur vitrine à Las Vegas aux Etats-Unis. Des milliers de start-up et entreprises ainsi que des dizaines de milliers de visiteurs viennent y présenter ou découvrir les dernières innovations, dans une ambiance électrique et dynamique. Le Consumer Electronic Show (CES) qui s’est tenu du 11 au 14 janvier, a eu lieu pour la première fois totalement en ligne, Covid oblige.

Que penser de cette version 2021? Les start-up suisses sélectionnées pour participer au CES ont-elles réussi à se distinguer dans un monde numérique? Pour cette édition, Switzerland Global Entreprise a accueilli 23 jeunes pousses sur sa plateforme SwissTech, mise sur pied conjointement avec Présence Suisse DFAE, avec le soutien d’Innosuisse, digitalswitzerland et Swissnex.

Des startups bombardées de spams

Biospectal en fait partie. Cette startup conçoit un nouveau système qui permet de mesurer la pression artérielle grâce à une application à télécharger sur smartphone. Initiée par Patrick Schoettker, cette jeune entreprise était déjà présente en 2017 au CES. Elle réitère l’expérience cette année en mode virtuel.

“Il y a quatre ans, j’étais à Las Vegas. J’y ai vécu un salon avec une ambiance incroyable. Cette année, je ne ressens pas cette émulation entre les différents exposants, ni ce dynamisme technologique, regrette-t-il. En revanche, nous sommes inondés de mails de sociétés qui souhaitent vendre leurs services.” Un avis partagé par Maxime Gabella, directeur et fondateur de Magma Learning: “Nous sommes bombardés de spams et de publicités sur une messagerie archaïque.”

Le CES permet habituellement de rencontrer des clients, d’autres entrepreneurs et des investisseurs potentiels. “Ces derniers aiment voir les équipes. Les premières rencontres ont généralement lieu pendant le salon même si les rendez-vous avec des financiers se font souvent dans un deuxième temps.Il manque ces premiers échanges informels”, constate Patrick Schoettker, professeur au Service d’anesthésiologie du Centre hospitalier universitaire de Lausanne (CHUV). Nous sommes tous devenus des zoomers et je pense que cette tendance va perdurer. Les rendez-vous en ligne s’ajoutent les uns après les autres dans nos calendriers avec une même saveur.”

La récolte de fonds n’est pourtant pas la première priorité de Biospectal. Celle-ci est sur le point de finaliser un premier important tour de financement et vient d’annoncer le lancement de son app capable de mesurer la pression artérielle à partir d’un téléphone portable, remplaçant ainsi le traditionnel tensiomètre.

“Des bugs à tous les niveaux”

Maxime Gabella se dit extrêmement déçu par le site web du CES. La start-up avait pourtant mis les moyens pour accroître sa présence en ligne, en engageant notamment un designer. “Pour une conférence dans la tech, il y a des bugs à tous les niveaux. Le site web est archaïque, les fonctionnalités sont mauvaises, les outils de recherche sont rudimentaires. C’est un véritable cauchemar logistique, déplore-t-il. Si le CES nous avait fourni une liste PDF de 1900 entreprises ou des 60'000 participants, cela aurait été du pareil au même.” Car au final, la start-up, qui développe un app pour améliorer les programmes de formations grâce à l'intelligence artificielle, n’a obtenu du succès qu’en contactant les sociétés et universités susceptibles via LinkedIn.

Ces événements en ligne ont-ils encore leur raison d’être? “Il faudrait beaucoup plus d’interactivité et d’animations en ligne pour pouvoir reproduire l'atmosphère et les rencontres fortuites d’un événement réel”, estime Maxime Gabella.

Enfin, parmi les start-up contactées, seule Droople qui développe des compteurs intelligents à installer aux points de consommation d’eau donne un avis plus positif: “Nous sommes vraiment très enthousiastes par rapport aux retombées de cette foire pour nos affaires en 2021, note Elvira Booth, responsable marketing et communication de la start-up. Tout en nuançant: “Néanmoins, c’est un véritable challenge de se démarquer dans ce type d’événement en ligne. Les contacts directs sont beaucoup plus propices pour mettre en avant notre solution. Il n’y a ainsi plus de place à la spontanéité.”

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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