Bilan

La montagne s’anime pour les touristes

Grâce à la réalité augmentée, les visiteurs ont accès à une foule d’informations sans que le paysage ne soit pollué avec des panneaux. Exemples en Suisse d’une technologie d’avenir.

Sur les hauteurs de Saint-Moritz, l’app Winterolymp donne par exemple vie à des statues.

Crédits: Apelab


ET si les aficionados de JRR Tolkien parcouraient demain l’Oberland ou le Valais, smartphone à la main, pour admirer les paysages qui ont inspiré l’auteur du Seigneur des anneaux depuis les endroits exacts où il les a contemplés? C’est le travail qu’a mené Chloé Bron en 2018. «La réalité augmentée est de plus en plus utilisée dans le tourisme, car elle permet de fournir des informations précises à tout un chacun, sans que les visiteurs aient besoin de payer pour un guide touristique, explique l’étudiante à la Haute Ecole de gestion et de tourisme (HES-SO Valais). De plus, son côté excitant et ludique ajoute une dimension nouvelle à l’expérience utilisateur. Les nouvelles technologies sont toujours plus populaires auprès des touristes qui recherchent des expériences nouvelles. La région Aletsch Arena proposant déjà de nombreuses activités, un nouveau produit en réalité augmentée leur permettrait de se diversifier. Ce dernier propose dix points informatifs ayant pour fil rouge la venue de JRR Tolkien, comprenant du texte et exploitant la réalité augmentée pure.»

Ce qui n’est encore qu’un projet imaginé pour cette région valaisanne est déjà une réalité ailleurs dans les Alpes suisses. Ainsi, à Saint-Moritz, l’application Winterolymp emmène les touristes à la découverte de la station grisonne. «Quand on parle d’expérience immersive en montagne, on pense à des jeux en réalité virtuelle à skis ou à mountain bike. Mais nous voulions que nos visiteurs arpentent les sentiers de montagne. Nous avons donc porté notre choix sur la réalité augmentée», explique Michaël Kirchner, directeur ventes et communication chez Engadin St. Moritz Mountains. En s’appuyant sur la géolocalisation et des portails, l’application fournit à l’utilisateur des informations (géographie, histoire, sports, faune, flore). «Elle nous permet d’offrir des informations aux visiteurs dans plusieurs langues sans implanter sur site infrastructures ou panneaux. Il nous semblait important de ne pas surcharger les sites naturels avec de nouvelles constructions», insiste Michaël Kirchner.

Salar Shahna, fondateur du World XR Forum et coproducteur du projet, s’enthousiasme pour Winterolymp: «Nous devions tenir compte de deux problématiques: d’une part seuls 30% des touristes de Saint-Moritz empruntent les remontées mécaniques, d’autre part la société souhaitait créer un musée mettant en valeur l’histoire du lieu et particulièrement le passé olympique et sportif.» Une ambition qui rejoint l’analyse de Zornitza Yovcheva, autrice d’une thèse à l’Université de Bournemouth sur l’utilisation de la réalité augmentée dans le tourisme, «pour que l’expérience soit la plus riche et mémorable possible, les informations fournies via l’app doivent être adaptées à des touristes évoluant dans un environnement inconnu et le contenu doit être filtré en fonction du contexte».

«Winterolymp se passe dans différents lieux et sous différents formats. Ce qui a demandé pas mal de recherches techniques pour savoir où sont les utilisateurs, comment ils débloquent une expérience… sans que cela exige trop d’explications. On pousse aussi pas mal ce qu’un smartphone peut faire: un personnage doit sortir d’une statue à 300 mètres d’altitude; comment est-ce qu’on détecte la statue et comment faisons-nous pour que le personnage qui en sorte ait vraiment l’air présent? Dans une autre expérience, c’est le personnage qui décroche un tableau du mur et qui sort par une porte cachée dans le mur», énumère Emilie Joly, CEO du studio genevois Apelab.

Des performances qui ont exigé d’intenses recherches techniques pour que l’expérience fonctionne aussi bien sur les nouveaux smartphones que sur des modèles anciens. Avec ce projet, les équipes d’Apelab ont utilisé un socle: «Winterolymp a été développée avec notre plateforme SpatialStories, qui permettra de proposer d’autres aventures immersives à l’avenir, dans le tourisme ou d’autres domaines», note la CEO d’Apelab.

Salar Shahna interprétant un personnage en motion capture pour l’appli Winterolymp. (Crédits: Apelab)

Un superoutil marketing

Autre atout de Winterolymp: la modularité. Si les premiers portails ont été développés avec la société gestionnaire des remontées mécaniques, d’autres acteurs locaux peuvent s’y greffer. «L’Office du tourisme, des écoles de ski ou même des commerces de la station pourraient densifier le réseau de portails afin d’enrichir l’expérience», esquisse Salar Shahna. «Le modèle est simple: un partenaire loue sa place en payant par année un abonnement, et un prix de développement est fixé en fonction du type d’expérience qu’il souhaite y déployer», précise Emilie Joly. «Pour encourager l’adoption par les touristes, on peut imaginer un système de récompenses comme des bons de réduction pour les utilisateurs qui déclencheraient plusieurs bornes», complète Salar Shahna.

«Le tourisme utilisant la réalité augmentée a pour nous un grand avenir, c’est un moyen assez incroyable d’apprendre à s’émerveiller et aussi un superoutil marketing pour les commerces locaux ou institutions culturelles. C’est aussi très accessible et ne demande aucune construction d’infrastructure», s’enthousiasme Emilie Joly. Un espoir que partage Martin Nydegger, directeur de Suisse Tourisme: «Les réalités immersives restent un produit de niche dans le tourisme, mais si nous travaillons dessus aujourd’hui, nous pourrons être prêts demain quand ce sera mainstream.»

«Une question qui revient souvent: la destination doit-elle fournir un appareil ou le produit devrait-il être disponible sur les appareils personnels des visiteurs? Selon une étude réalisée en 2018, un appareil prêté par la destination représente un investissement à long terme par celle-ci. Toutefois, les visiteurs interrogés préfèrent louer un appareil, pour ne pas avoir à télécharger d’application», avertit Chloé Bron.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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