Bilan

La junior-entreprise de l’EPFL devient une passerelle d’innovation

Récompensé par la Confédération des junior-entreprises d’Europe, le projet de drones déclencheurs d’avalanches illustre la capacité d’innovation croissante des étudiants de l’EPFL.

La junior-entreprise de l’EPFL pilote plus de 150 projets par an.

Crédits: Alain Herzog

Les junior-entrepreneurs sont des étudiants de hautes écoles et d’universités qui veulent se professionnaliser avant la fin de leurs études en réalisant de la gestion de projet. Ils interviennent un peu à la manière de consultants, si bien que les structures des junior-entreprises se sont progressivement rapprochées de celles des cabinets de conseil.

C’est le cas de celle de l’EPFL. Elle dispose de son pool d’étudiants, mais aussi de celle de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud, de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) et de l’Université de Lausanne, afin de trouver les meilleurs talents répondant aux projets d’entrepreneurs, de startups, de PME ou de grands groupes. Elle en pilote ainsi plus de 150 par an.

Reste que ces projets sont assez souvent classiques: études de marché, traductions, sites web, développement d’applications mobiles… Du coup, le projet Safety Dropping System
de la junior-entreprise EPFL (JE EPFL) illustre le potentiel nouveau de ses collaborations. La preuve: il a reçu le Prix du projet le plus innovant d’Europe en mars dernier lors de l’événement annuel de la Confédération européenne des  junior-entreprises, qui avait déjà fait de la JE EPFL la meilleure d’Europe en 2018.

Learning by doing

En l’espèce, Hugo Meyer et Alaa Maghrabi, les deux étudiants en master de microtechnique de l’EPFL retenus pour ce projet, et Camille Daganaud, vice-présidente de la junior-entreprise EPFL qui a joué le rôle de project manager, ont mené de la conception au prototypage un véritable projet d’innovation. En l’espèce, le particulier qui est venu les trouver au départ avait surtout une (bonne) idée: utiliser des drones pour larguer des charges explosives sur les zones de départ des avalanches afin de diminuer les risques pour les pisteurs et d’éviter le recours polluant à des hélicoptères.

Le hic, c’est que les drones ne sont pas prévus pour cela. La junior-entreprise de l’EPFL a donc commencé par établir un cahier des charges pour définir un projet qui tienne compte du risque des explosifs, de la facilité à les fixer puis à les larguer d’un drone, du poids, du froid en montagne et, bien sûr, des coûts. Résultat: Hugo Meyer et Alaa Maghrabi ont développé une pince en fibre de carbone (pour compenser le poids de la batterie), le dispositif étant actionnable à distance. Les deux étudiants ont aussi implémenté un traitement de signal crypté pour assurer une sécurité maximale. Pour activer le dispositif de largage qui déclenche la mèche retardée de l’explosif, l’opérateur doit aussi se trouver à moins d’un kilomètre et avoir le système en vue. 

Processus multidisciplinaire

Le prix européen qui a couronné ce projet n’a pas seulement récompensé cette invention mais tout le processus multidisciplinaire qui y a conduit. Les étudiants impliqués ont, en effet, des contraintes non seulement techniques mais aussi économiques, pour rester à un coût de revient de moins de 10 000 francs, et logistiques, afin de gérer les fournisseurs, les professeurs consultés, de même que les ateliers de mécanique du Discovery Learning Labs (DLL) mis à disposition par l’EPFL pour le prototypage. 

Mission accomplie avec une perspective de mise sur le marché du Safety Dropping System à l’horizon 2020, mais aussi une expérience qui a favorisé l’embauche d’Hugo Meyer et Alaa Maghrabi, chez Bosch et Logitech respectivement. Pour la junior-entreprise de l’EPFL, ce cycle complet de développement de produits souligne que ses travaux de prototypage pour des clients prennent une place croissante dans son offre de services. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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