Bilan

La guerre s’envenime au sein de la Patrouille des Glaciers

Le rapport KPMG, publié fin avril, a fait la lumière sur une partie des dépenses de l’Association de soutien, de gestion et de promotion de la Patrouilles des Glaciers (ASPdG). Ce document ne satisfait pas certains de ses membres. Des plaintes pénales auraient été déposées. L'ASDdG a annoncé vendredi vouloir suspendre sa collaboration avec le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS).

Partenaires depuis de nombreuses années, l'armée et les organisateurs de la Patrouille des Glaciers devraient mettre fin à leur collaboration.

Crédits: Keystone

Les querelles autour de la Patrouille des glaciers ne semblent pas s’apaiser. Bien au contraire. Après la mise en lumière de rémunérations très importantes ou de mandats à des membres de la famille, les critiques à l'encontre du comité directeur de l'Association de soutien, de gestion et de promotion de la Patrouilles des glaciers (ASPdG) se poursuivent autour des notes de frais.

Le rapport KPMG a pourtant voulu faire la lumière sur l’analyse des dépenses de l'ASPdG afin d’identifier de potentiels coûts non conformes aux règles et aux activités pour les exercices 2017-2018 et 2019-2020. Celui-ci a été rendu public à la fin du mois d’avril.

«Nous n’avons pas identifié d’éléments laissant à penser que des dépenses matérielles ont été indûment engagées», peut-on y lire. «Toutefois, notre revue a révélé des déficiences importantes de la gestion administrative, de contrôles internes et de documentation.»

Le rapport KPMG a analysé un échantillon de 229 opérations représentant une somme totale de 5,718 millions de francs. Sur ces 5,718 millions de francs, un montant de 2 millions de francs n’a pas pu fournir de documentation suffisante. Il s’agit, par exemple, de notes de frais floues, de demandes de remboursement d’indemnités kilométriques non détaillées ou de contrats de travail manquant. «Sans remettre en question la légitimité des dépenses, nous notons cependant que ces dernières ont une documentation lacunaire ou imprécise», apprend-on dans le rapport KPMG.

Plaintes déposées

Le comité directeur de l’ASPdG s’estime lavé de tous soupçons. Il dit vouloir désormais consacrer toute son énergie à la réussite de la prochaine édition de la Patrouille des Glaciers qui aura lieu en avril 2022.

Pourtant, un membre de l’ASPdG, Jean-Marie Cleusix, ne le voit pas de cet oeil-là. «Certaines pièces n’ont pas été transmises à KPMG, comme le dit le rapport. J’estime que des centaines de milliers de francs destinés à la Patrouille des Glaciers ont été dilapidés en locations fictives, en bonus, en repas, en week-end, en représentations superflues et même en séjours dans des hôtels de luxe, sans compter les montants attribués à des courses ou des institutions qui n’ont rien à voir avec la Patrouille des Glaciers; au total, probablement plusieurs millions de francs entre 2014 et 2020, affirme-t-il. Je ne suis pas le seul à le penser. Nous avons déjà déposé plusieurs plaintes pénales, notamment auprès du Ministère public valaisan.» Une deuxième source, connue de la rédaction, confirme anonymement: «Des plaintes ont bel et bien été déposées auprès de plusieurs ministères publics.»

Contacté jeudi, le Ministère public valaisan n’a pas pu donner d’informations à ce propos. Quant au comité directeur de l’ASPdG, il a refusé de s’exprimer. Vendredi matin, via un communiqué de presse, l'association a annoncé vouloir suspendre sa Convention avec le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). La résiliation sera demandée à ses membres lors de sa prochaine Assemblée générale. 

Avenir compromis

Pour rappel, l’ASPdG et l’Armée suisse ont pour mission de collaborer selon une convention signée entre les deux parties. L’Armée Suisse est chargée des aspects organisationnels, logistiques et opérationnels. Tandis que l’ASPdG, créée en 1995, est responsable du sponsoring, du marketing, de la coordination générale et partiellement des aspects administratifs et financiers de cet événement.  La collaboration est désormais aussi entrée en zones de fortes turbulences . «Nous nous baserons, entre autres, sur les résultats de l’enquête en cours menée par le canton de Valais pour décider des mesures à prendre, ainsi que sur nos propres analyses», écrit Daniel Reist, porte-parole de l'Armée.

Alors que la Patrouille des Glaciers attire 5000 personnes tous les deux ans et génère 2 millions de revenus à travers les inscriptions des participants, le total du budget de la course s'élève à près de 9 millions, dont environ 3 millions sont générés et gérés par l'ASPdG, le restant étant géré par l'armée.

L’ambiance reste ainsi électrique autour de cette course de montagne qui a lieu tous les deux ans entre Zermatt et Verbier. L’esprit sportif semble avoir totalement disparu. Désormais certains s’interrogent sur l’avenir d’un tel événement sportif.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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