Bilan

La fintech lémanique s’expose à l’international

A l’occasion de la première journée mondiale des chambres de commerce à Genève, l’écosystème fintech romand et frontalier sera à l’honneur. Au travers des multiples initiatives présentées, l’organisation vise à réaffirmer la finance – en profonde mutation – comme un pôle de compétence central pour la place.

La fintech propose des solutions toujours plus adaptées aux besoins de chaque acteur de l'économie.

Crédits: David Shares

Alors que les places financières suisses glissent dans les classements internationaux, l’événement tombe à point nommé pour affirmer devant un public international que le renouveau est à l’œuvre. Organisée au Kempinski à Genève dans le cadre du premier Chamber’s day (journée mondiale des chambres de commerce accueillant 30 chambres et 400 participants), la «Matinée fintech» du mardi 26 novembre réunira PME, organisations et startups financières de tout l’arc lémanique. Un objectif. Brosser le nouveau panorama de l’impact des fintechs sur l’économie de la région.

L’Union lémanique des chambres de commerce (ULCC), qui organise l’événement avec la coordination de BusinessIn et en partenariat avec des acteurs de la finance (Fongit, Fusion, Observatoire de la Finance, Geneva Fintech) souligne le relai de croissance important offert par le domaine: «La fintech s’inscrit dans un savoir-faire financier historique de la place, qui a connu récemment un changement de paradigme profond, rappelle Vincent Subilia, président et directeur général de la CCIG. Notre écosystème est aujourd’hui bien équipé, avec une orientation favorable des autorités publiques conjointement au dynamisme du milieu académique et des acteurs privés. La région lémanique, Genève en particulier, a les moyens de s’affirmer comme un hub fintech européen.»

Ouverture du financement

Emblématique de la refonte des modes de financement, la blockchain genevoise présentera des solutions par émission de jetons numériques. La startup Tokenestate a réalisé cet été sa première tokenisation de société, lui permettant ainsi d’ouvrir son capital au grand public pour soutenir son développement.

La nouvelle génération de jetons offre désormais une garantie aux investisseurs d’investir dans des sociétés non cotées à partir de petits montants, ce que détaille Vincent Trouche, fondateur: «La blockchain est un moyen digital de certification et de propriété, garanti sans l’intervention d’une tierce personne de confiance. On combine ça avec d’autres tech web et mobile et la signature électronique. Plus facile à distribuer et échanger, la technologie permet d’abaisser significativement le ticket d’entrée et démocratiser l’accès à la dette et au capital.»

Face à l’ouverture du financement, tant les fintech, que les PME et les banques cherchent des moyens de simplifier l’onboarding -acceptation de nouveaux investisseurs - et digitaliser leurs processus financiers. Investglass, à Genève propose des solutions sur mesure en fonction des besoins clients. Pour Alexandre Gaillard, créateur de l’entreprise, il ne s’agit pas nécessairement de proposer une solution maison, mais de s’interfacer avec le système d’information en place chez le client pour améliorer l’existant à moindre coût: «Nous faisons un travail de veille permanent à l’international pour identifier et connecter les initiatives. Nous travaillons tant avec les neo-banques que les banques traditionnelles, dont nombre d’entre elles ont commencé à se disrupter elles-mêmes.»

Rationnaliser les processus financiers au service des PME, associations ou encore indépendants est la démarche de la société Ezycount, basée en Valais. La startup développe un logiciel d’intelligence artificielle, qui permet à partir des mouvements sur les comptes bancaires d’une entreprise de générer automatiquement la comptabilité correspondante. «On n’est pas encore à 100% d’automatisation mais on va déjà quatre fois plus vite qu’un système concurrent, relève Vivien Fuhrer, CEO. Ce qui est économisé sur la comptabilité, c’est de l’argent mis dans la recherche ou le développement commercial. Il est important d’optimiser l’allocation des ressources pour les petites structures.»

Recherche de l’impact

La variété des solutions permet aujourd’hui aux PME d’être mieux armées dans leur développement. La société Toutiterre, viendra détailler la combinaison des financements classiques et innovants. L’entreprise développe en Haute-Savoie un tracteur électrique qui permet de combiner tâches manuelles et robotisées – particulièrement adapté au maraichage bio. Outre auprès des banques, la société a trouvé des ressources via deux solutions de crowdfunding: We do good, qui fournit aux souscripteurs des royalties sur les ventes, et lita.co au travers de laquelle ces derniers investissent et reçoivent du capital.

Une question d’équilibre et de timing pour Flore Lacrouts-Cazenave, CEO: «Avec We do good, on parle de royalties. Les investisseurs sont intéressés aux ventes, mais on ne dilue pas le capital, on rembourse au fur et à mesure. Plus tard dans la vie de l’entreprise, nous avons fait entrer des investisseurs via lita, chaque outil est approprié à un stade de développement. On maitrise l’endettement.» La plateforme We do good vise les projets à impact socio environnemental positif, ce qui permet également à Toutiterre de se positionner: «Chaque plateforme a son identité, ce qui permet de choisir des acteurs en cohérence avec les valeurs de l’entreprise.»

La tendance à la recherche de l’impact dans l’investissement est loin d’être ignorée par les acteurs de la fintech. C’est même le cœur de la démarche d’Horyou, réseau social d’impact mettant en relation des porteurs de projets et un public sensible à la question, qui totalise déjà 400'000 membres.

La société a créé et émis le Horyou token, une cryptomonnaie d’impact qui permettra à terme de payer des biens ou services à impact positif. Sur chacune de ces transactions seront prélevés entre 0,1 et 0,01% qui alimenteront un fond et seront redistribué aux projets présentés sur Horyou, en fonction de l’évaluation de la communauté. «Nous rencontrons des décideurs pour lancer la plateforme sur laquelle on pourra échanger en Horyou, met en avant Yonathan Parienti, CEO. L’avenir de la fintech passe par la notion d’impact positif qui permet, outre le financement, de se positionner et communiquer de manière efficace par rapport à un public cible.»


La «Matinée fintech» se tiendra mardi 26 novembre dès 8h30 au Grand Hôtel Kempinski de Genève, avec la coordination de BusinessIn.


Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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