Bilan

La finance se démocratise grâce à la DeFi

La finance décentralisée permet d’emprunter et de prêter de pair à pair, et de créer des produits financiers sans l’intermédiaire d’une banque. Une expérimentation sociale qui draine déjà plus de 600 millions de dollars.

La DeFi permet d’offrir des services financiers classiques de manière décentralisée, très souvent sur la blockchain d’Ethereum.

Crédits: Wit Olszewski/Shutterstock

Plus de 2,8 millions d’ethers, soit 2,5% de la masse totale en circulation, sont bloqués dans le jeune écosystème de la finance décentralisée (DeFi) pour servir de collatéral à toute une série d’opérations financières, automatisées par smart contracts. Acteur phare, la plateforme Maker DAO concentre à elle seule 60% de l’activité de la DeFi, avec son stablecoin DAI (valeur 1 dollar).

Comment se déroule ce processus qui permet d’emprunter et de prêter de pair à pair? En bloquant un collatéral, en ether, d’un minimum de 150% de la somme empruntée (plus souvent 250% pour se couvrir contre une baisse de l’ether par rapport au dollar), une quantité de DAI est créée par le système et mise à disposition de l’emprunteur, qui le remboursera avec un intérêt. Le prêteur dispose au préalable de DAI achetés ou empruntés, qu’il met à disposition des emprunteurs. Les taux emprunteur et prêteur évoluent constamment en fonction de ce que vote la communauté Maker DAO, une organisation décentralisée autonome (DAO). Audrey Charmant, trader en cryptomonnaies, prête des DAI sur oasis.app (qui appartient à Maker DAO) et relève: «La plupart du temps, je touchais 7 à 8% de taux annualisés pour le prêt de DAI, quand le taux emprunteur avoisinait les 12%.»

Accessibles à tous, le prêt et l’emprunt peuvent théoriquement servir à financer des projets, mais restent avant tout un outil de spéculation, selon Audrey Charmant. «Il y a des histoires de startups financées et de maisons achetées. Mais on voit que l’essentiel est utilisé dans deux buts. Le premier est d’augmenter son exposition à l’ether, en le rachetant avec les DAI empruntés, un effet de levier. Le second est de se livrer à de l’arbitrage. A l’instant, on voit que la plateforme NUO propose un taux emprunteur de 19% quand sur Maker DAO, l’argent est prêté à 7,5%. Ça évolue tout le temps.» Cyril Lapinte, développeur blockchain genevois engagé dans la DeFi, relève que «l’arbitrage peut être bon dans la mesure où il permet d’amener et de faire circuler de la liquidité. Et c’est le but. L’avantage est qu’avec les smart contracts, plusieurs opérations peuvent être intégrées au sein d’une même transaction dite flash loan – par exemple emprunt et arbitrage – qui se réalise automatiquement quand les conditions de profitabilité sont réunies.»

Des oracles pour vérifier l’information

Expérimentation financière encore imparfaite, la DeFi a été secouée par le krach du marché en mars 2020, durant lequel beaucoup de positions ont dû être liquidées. Plusieurs millions de dollars de collatéral ont pu être récupérés par un seul individu qui a exploité une faille du système.

Autre donnée essentielle pour maintenir l’équilibre de la finance décentralisée, les oracles qui vérifient en continu le prix des cryptomonnaies. Projet historique d’ethereum, Augur, et son token, le REP, sont désormais proposés au public par Swissquote. Yann Isola, spécialiste crypto pour la banque en ligne, détaille: «Les acteurs sont motivés à fournir une information fiable par une rémunération en REP. Tout détenteur de REP peut rapporter le résultat de l’événement sur lequel les paris ont été faits. Si l’information rapportée est juste, ils sont rémunérés, sinon ils perdent un part de leurs REP.»

Deuxième exemple d’oracle prometteur: Chainlink, un système décentralisé permettant aux smart contracts d’accéder en toute confiance à une information off-chain. «Le gros problème des smart contracts est qu’ils ne peuvent accéder aux informations existant en dehors de la blockchain, explique Yann Isola. Grâce à son écosystème de smart contracts, Chainlink permet de faire le lien entre les informations off-chain et on-chain de façon sécurisée et fiable.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

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