Bilan

L'Uber de la prostitution est né grâce à une startup allemande

Sur le modèle de l'app pour taxis Uber, une startup allemande a créé une app permettant de connecter prostituées et clients par géolocalisation et mise en relation.
  • L'app berlinoise Ohlala devrait voir le jour prochainement, après une phase de démarrage en tant que plateforme web.

    Crédits: Image: Ohlala
  • Déjà disponible à Berlin, le service pourrait prochainement être étendu à d'autres villes allemandes voire européennes.

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  • Pia Poppenreiter et son associé, Torsten Stüber, ont lancé Ohlala après que la startupeuse a déjà proposé Peppr en 2014.

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Se géolocaliser, scanner l'offre disponible à proximité, renseigner ses souhaits, connaître le tarif à l'avance et conclure la transaction: le modèle est appliqué par Uber mais aussi ses concurrents comme Lyft depuis plusieurs années au domaine des transports. Et le succès connu par ces apps pour smartphone a déjà donné naissance au néologisme «ubérisation», pour désigner une forme de nouvelle médiation numérique entre le client et le prestataire de service. Dans tous les secteurs de l'économie, les acteurs installés craignent d'être uberisés et de voir un Uber venir s'installer et leur dévorer des parts de marché, comme Airbnb dans l'hôtellerie.

A Berlin, c'est le secteur du sexe qui pourrait être victime de ce phénomène. Une startup de la capitale allemande a en effet de lancé ses services à la fin de l'été: Ohlala est une plateforme web et une app mobile imaginées sur le principe d'Uber, mais avec un processus inversé. Comme pour l'app de VTC, clients et prestataires de service sont mis en relation sur la base de critères objectifs (géolocalisation, tarif, prestation), mais, contrairement au géant californien du transport, c'est ici le client qui initie la demande et le (ou la) professionnel(le) qui choisit de relever ou non l'offre et de contacter le client.

Pia Poppenreiter avait déjà créé Peppr en 2014

Pour Pia Poppenreiter, la créatrice de la startup, «le principe est de laisser aux femmes le choix de vendre leurs charmes tout en éliminant les éventuels intermédiaires, les contraintes d'agenda et tous les autres risques et obligations avec lesquels doit composer une escort-girl dans le cadre de son activité». Zapper les proxénètes et rendre aux prostituées la totale maîtrise de leur activité, voici donc le créneau d'Ohlala. A l'instar de Travis Kalanick, fondateur d'Uber, Pia Poppenreiter se classe donc comme prestataire de service digital et non comme une centrale de réservation.

L'entrepreneur n'en est pas à son coup d'essai. Avant Ohlala, Pia Poppenreiter avait déjà lancé un service similaire avec Peppr au printemps 2014. Une app basée sur le même principe mais qui avait connu un destin funeste moins d'un an après son lancement. Une disparition qui n'avait pas tant attristé Pia Poppenreiter immédiatement lancée sur un nouveau projet, comme elle le confiait sur Twitter.

Ce projet, c'était donc Ohlala. Pour réussir là où elle avait échoué avec Peppr, Pia Poppenreiter devra cette fois-ci non seulement surmonter les critiques sur le plan moral de celles et ceux qui dénoncent un service incitant à l'exploitation du corps de la femme (et de l'homme, car la plateforme propose aussi des escort-boys). Mais elle devra également réussir à durer sur les plateformes de téléchargement. La censure exercée notamment par Apple sur tous les sujets liés au sexe empêche que l'app iOS soit proposée sur l'app store de la marque à la pomme, mais elle est accessible via le navigateur.

En attendant, Pia et ses partenaires ont lancé leur nouveau service lors d'une soirée à Berlin à la mi-août, comme la startupeuse l'a relayé sur son fil Twitter.

Tarification différente et inversion des rôles

Pour convaincre les potentiels utilisateurs, Pia Poppenreiter dégaine cinq arguments marketing: l'anonymat, l'honnêteté (Ohlala garantit qu'il n'y a aucun faux profil), la rapidité, la sécurité et la gratuité. Si la sécurité d'une plateforme en ligne reste impossible à garantir, comme l'a encore démontré récemment la divulgation des données clients du site Ashley Madison, l'argument de la gratuité constitue une nouveauté. L'un des handicaps de Peppr résidait dans l'aspect payant des services: la somme avait beau être modeste, le client voyait sa prestation assortie d'une commission (entre 5 et 10€). Avec Ohlala, la pilule sera plus douce à avaler car, même si Pia Poppenreiter ne dévoile pas tout de son business model, on devine que la commission sera intégrée à la note.

Cependant, plus que cet aspect tarifaire, c'est bien l'inversion des rôles qui constitue l'innovation pour Ohlala. Une large part des critiques qui avait surgi face à Peppr avait porté sur le rôle dévolu aux femmes, jugé dégradant par de nombreux auteurs de propos négatifs sur le service. Avec Ohlala, Pia Poppenreiter estime avoir rectifié le tir: si le client renseigne toujours ses souhaits et sa localisation, c'est le (la) professionnel(le) qui décide de proposer ses services ou non, si les demandes correspondent à ce qu'il (ou elle) est prêt(e) à accepter. Et c'est ensuite seulement que la phase de discussion sur la plateforme de chat peut démarrer.

Mais si Ohlala veut se voir en Uber de la mise en relation (le mot sexe n'est jamais apparent dans la communication de Pia Poppenreiter), le risque est grand que la startup connaisse, dans nombre de pays, le même genre de problèmes que la firme de Travis Kalanick. Nombre de concurrents du service de VTC ont reproché à Uber d'être une centrale de réservation déguisée en prestataire de service technologique. Si la même stratégie était suivie par les détracteurs de Ohlala, la startup de Pia Poppenreiter pourrait être taxée de proxénétisme. Initialement limitée à Berlin, la plateforme a rapidement gagner trois autres villes allemandes (Francfort, Munich, Hambourg) et pourrait viser à terme d'autres cités allemandes voire européennes. C'est alors que pourraient surgir ce type d'ennuis.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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