Bilan

L’intelligence artificielle effraie les géants du Web

Une lettre ouverte signée par 150 scientifiques et dirigeants de Google, Facebook ou IBM s’inquiète d’un scénario à la Terminator.
  • Elon Musk investit dans l'intelligence artificielle pour mieux la contrôler.

  • Elon Musk est derrière le succès de Tesla et de SpaceX.

  • Dans son best-seller Superintelligence, l'éthicien Nick Bostrom explore les conséquences de l'intelligence artificielle pour l'humanité.

  • Stephen Hawking voit dans l'intelligence artificielle une menace pour l'espèce humaine.

L’idée d’une forme d’intelligence artificielle équivalente ou supérieure à celle de l’homme est aussi vieille que l’informatique. Dès 1950, Alan Turing, l’un des pères fondateurs de la programmation, avait inventé un test basé sur l’imitation de la conversation humaine pour déterminer le degré d’intelligence d’une machine. Depuis, cette idée était largement demeurée du domaine de la science-fiction avec des scénarios plus (Matrix) ou moins (Her) catastrophistes.

«Depuis quelques années », observe Anders Sandberg, chercheur à l’Institut sur le Futur de l’Humanité de l’Université d’Oxford, « on voit les géants d’internet effectuer une véritable razzia sur toutes les start-up du domaine de l’intelligence artificielle. » Google a, par exemple racheté Deepmind l’an dernier pour 400 millions de dollars. Le fondateur de Paypal et Tesla, Elon Musk, a mis la main sur Vicarious, une entreprise qui affirme développer un ordinateur qui pense comme une personne.

Les mêmes s’inquiètent maintenant du développement d’une intelligence artificielle qui deviendrait hors de contrôle. Dans son bestseller Superintelligence, l’éthicien Nick Bostrom a montré l’an dernier que tous les scénarios menant au développement d’une intelligence artificielle n’étaient pas roses. Puis le physicien Stephen Hawking et l’entrepreneur Elon Musk ont ajouté que l’intelligence artificielle était peut-être la plus grande menace à laquelle est à faire face l’humanité.

Une conférence pour l’histoire

Leur inquiétude a été désormais relayé par une lettre ouverte signée par la plupart des chercheurs de pointe dans ce domaine à l’issue d’une conférence sur le sujet à Porto Rico le week-end dernier. Ils demandent à ce que le développement de l’intelligence artificielle soit encadré afin d’être mis au service de l’humanité et non pas de la dépasser.

Il est évident que, depuis quelques années. les progrès de l’intelligence artificielle ont accéléré. Des problèmes qui semblaient insolubles il y a seulement 15 ans comme de conduire une voiture sans chauffeur (Google Car) ou d’effectuer un diagnostic (Watson d’IBM) sont désormais adressés par des ordinateurs. La reconnaissance vocale est entrée dans la routine avec Siri ou Androïd.

Dans ce contexte la lettre ouverte lancée depuis Porto Rico n’est pas sans rappeler la conférence d’Asilomar en 1975. Là, les généticiens s’étaient eux-mêmes imposés un moratoire sur les manipulations génétiques dès lors qu’il y avait un risque pour l’environnement. Le développement des OGM a cependant montré que d’autres intérêts peuvent dépasser ces considérations éthiques. On n’en est pas là avec l’intelligence artificielle qui demeure loin de pouvoir concurrencer un cerveau humain. Néanmoins en déplaçant le débat concernant l’intelligence artificielle sur le terrain de l’éthique, la conférence de Porte Rico et son manifeste pourraient marquer l’histoire. Avant d’envisager un scénario de type Skynet dans le film Terminator, les progrès de l’intelligence artificielle dans la robotique ou la finance pose déjà des défis éthiques et aussi économiques. Il est déjà urgent de débattre.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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