Bilan

L’innovation suisse promue en Inde

Energie renouvelable, ingénierie ferroviaire, véhicules autonomes... Le Year of Swiss Innovation in India a permis de montrer les savoir-faire helvétiques en Inde. L’heure est au bilan.
  • Les escales de «Solar Impulse» à Ahmedabad et Varanasi ont donné le coup d’envoi au programme du DFAE.

    Crédits: Solar Impulse/Stefatou/Rezo.ch
  • Cérémonie de clôture avec Andreas Baum, ambassadeurde Suisse en Inde.

    Crédits: Sundeep Bali

«Le Year of Swiss Innovation in India est né sur la base d’un constat: notre pays dispose d’une bonne notoriété ici, mais pas suffisamment pour son potentiel d’innovation», expose Gilles Roduit, chef de mission adjoint auprès de l’Ambassade de Suisse, depuis le site de New Delhi. Pour changer cela, le personnel du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a mis sur pied un programme rythmé par des événements thématiques répartis sur dix-neuf mois. Son objectif ?

Réunir les décideurs, les chercheurs et les acteurs économiques tant du privé que du public à travers les deux pays pour mettre en évidence les compétences helvétiques en termes d’innovation et créer la discussion autour de projets déjà menés à bien en Suisse. Lors d’une cérémonie de clôture début novembre à l’ambassade, l’occasion était donnée de faire le point sur les moments forts qui ont marqué cette année. 

Le coup d’envoi a été donné par l’arrivée de l’avion «Solar Impulse 2» sur le sol indien au printemps 2015. L’aéronef s’est posé d’abord à Ahmedabad puis à Varanasi (le nom hindi de Bénarès), offrant de la visibilité à la recherche en matière d’énergie renouvelable. Puis l’inauguration du Gothard en juillet 2016, mondialement médiatisée, a servi à la promotion de l’ingénierie ferroviaire. Le ministre indien des Chemins de fer a rencontré les experts helvétiques pour s’inspirer du savoir-faire ayant conduit à la réalisation du plus long tunnel au monde pour un train. 

L’un des derniers moments importants de la manifestation a été la participation d’une délégation suisse à un sommet international sur la mobilité urbaine, qui se tenait aussi en novembre dans l’Etat du Gujarat, à l’ouest du pays. Parmi les invités de cette rencontre, le start-upper Raphaël Gindrat, cofondateur de BestMile, a pu présenter les véhicules autonomes qu’il conçoit à de potentiels clients privés et publics.  

Autres échelles, mêmes défis 

Si les dernières tendances en matière d’innovation ont été présentées dans des domaines tels que l’environnement, l’éducation, les jeux vidéo, l’accent a surtout été placé sur les défis posés par la mobilité. Comme le montrent les principaux événements précités, la plupart des nouveautés dévoilées se rapportaient aux moyens de transport. Un sujet d’autant plus concernant et central pour un pays à la croissance démographique exponentielle, et dans lequel beaucoup d’habitants se déplacent chaque jour des heures durant, notamment aux abords de ce qu’on appelle désormais des «supervilles». 

Pour Gilles Roduit et ses collègues, malgré des tailles de territoires, de populations et d’agglomérations totalement distinctes, les problématiques, et leurs solutions parfois développées en Suisse, sont transposables aux réalités indiennes. «Il n’y a pas de problème d’échelles, seulement un décalage temporel. Les difficultés de déplacement rencontrées dans les années 1970 dans les pays industrialisés se retrouvent à l’heure actuelle dans une ville indienne», explique le diplomate. 

«Sur le plan des transports, j’aime présenter la Suisse comme un village connecté», sourit-il. Mais il nuance aussitôt: les échanges de cette année avec les différents acteurs indiens n’ont pas eu pour objectif d’imposer un quelconque modèle suisse. Il souligne les points forts de ses interlocuteurs. «La force des Indiens réside dans leur capacité à transposer pour eux ce qu’ils observent à l’extérieur de leurs frontières. Prenez par exemple la navigation spatiale,  développée entièrement en Inde à cause de l’embargo des technologies et de la coopération internationale, réussissant au passage à réduire les coûts dans le secteur. Le premier engin à atteindre la planète Mars au cours d’une première tentative était indien», rapporte Indraneel Ghose, attaché scientifique travaillant également pour Swissnex India. «La Suisse fonctionne parfois comme un laboratoire pour l’Inde, qui y observe, essaie, puis adapte les avancées réalisées.» 

Durant la soirée de clôture officielle, une table ronde a rassemblé des experts des deux nations. Une fois encore, il était question des défis à relever à propos des politiques de transport, principalement en zone urbaine. Les spécialistes ont rappelé que la taille de la population constitue une étape trop souvent négligée dans la recherche de solutions de mobilité. Selon Anvita Arora, CEO d’iTrans Solutions, la planification de l’Inde reste aujourd’hui encore déconnectée des réels besoins des voyageurs.

«Les décideurs sont aveugles, et c’est bien là notre plus grand handicap. Les infrastructures sont presque entièrement prévues pour des voitures alors que la plupart des citoyens n’en ont pas.» Il faut alors intégrer efficacement la gestion du trafic dans les futurs projets de villes actuellement à l’étude. Anvita Arora pense par ailleurs qu’il est nécessaire de réfléchir à ces questions dans une perspective de genres. «Un homme se déplace une fois le matin et une fois le soir vers (de) son lieu de travail. Pendant ce temps, une femme accomplit de multiples trajets pour s’occuper des enfants, faire des courses. Dans bien des cas, cela n’est pas compatible avec le système actuel des transports publics.» 

Côté helvétique, Michele Molinari, de SwissRail Industry Association, a montré à ses interlocuteurs comment l’introduction de l’abonnement général et du demi-tarif par les CFF a permis d’augmenter drastiquement la quantité de passagers recourant aux transports en commun. 

La «frugal innovation», ou la réponse à un besoin 

Au moment de conclure, Indraneel Ghose, d’origine indienne, revient sur un concept particulier l’ayant particulièrement marqué: celui de «frugal innovation». «En Suisse, l’innovation rend une entreprise compétitive sur un marché. Elle est une source de plus-value, puisque le pays ne dispose que de peu d’autres ressources pour produire de la richesse. En revanche, en Inde, l’innovation occupe une tout autre fonction, celle de régler un problème. La débrouillardise est devenue une compétence clé, elle s’est traduite par la «frugal innovation». Celle-ci ne veut pas dire innovation bon marché, mais une innovation de marque, adaptée aux besoins du pays.» 

Selon le consultant, des conditions-cadres favorables pour la création de jeunes pousses ont été créées par le gouvernement, notamment à travers le programme Start-Up India. A l’avenir, la promotion de l’innovation helvétique devrait se poursuivre. Elle se fera sur le long terme, par exemple par un nouveau partenariat conclu entre l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et un institut technologique spécialisé dans l’ingénierie des tunnels.

Valentine Zenker

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