Bilan

L'innovation au secours des pays émergents

Accès à la médecine au Bengladesh, au crédit en Amérique latine, amélioration des circuit de distribution en Afrique, les 65 startups de la cinquième édition de Seedstars, qui ont concouru jeudi à Lausanne, tentent d'apporter une réponse technologique aux défis de développement de leur région d'origine.

La startup ghanéenne Agrocenta, lauréate du concours Seedstars 2018

Crédits: Seedstars

«Ce sont près de 5000 milliards par an qui vont être nécessaires chaque année d’ici à 2030 pour atteindre les objectifs de développement fixés par les Nations Unies» a souligné jeudi Alisée de Tonnac, devant un public représentant plus de 90 nationalités réunis pour le Seedstars Summit -couronnement annuel de Seedstars World plus grand concours mondial de startups dédié aux pays émergents- au Swisstech convention center, à l’EPFL. L’occasion pour les participants de revenir sur les besoins spécifiques en développement de chacune des cinq régions du monde représentées, détailler leurs solutions et lancer un appel à financement. 

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Ainsi, Khondaker Abdullah Al Mamun, fondateur de la société CMed, récompensée hier à Lausanne dans la catégorie Healthcare, d’un prix de 50'000 francs, a rappelé que «67% des 160 millions d’habitants du Bengladesh ont un accès insuffisant aux soins médicaux». La startup propose un petit set connecté pour permettre la surveillance de paramètres vitaux, comme la tension, le pouls, la température et la transmission de donnée à un des 5000 pharmaciens connectés sur la plateforme. En jeu notamment la détection des 16 millions de cas de diabète ou 32 millions d’hypertension du pays, dont la majorité est ignorée des patients.

Innover dans l'accès aux soins

Les difficultés d’accès aux soins touchent également l’Afrique. Vivian Nwaka a lancé au Nigeria Medsaf, une marketplace pour l’approvisionnement de pharmacies et hôpitaux en médicaments certifiés, qui fournit également pour les consommateurs un inventaire des médicaments disponible et de l’état des stocks. «La chaine d’approvisionnement est complètements inefficiente au Nigeria, relève l’entrepreneuse. A Lagos, les médicaments sont vendus dans des marchés à ciel ouvert, sans aucune garantie ni explication. On estime que 30 à 50% sont des faux.»

Autre défi à surmonter, la sous-bancarisation qui touche largement l’Amérique latine, notamment au Brésil ou 40 millions de personnes ne disposent pas de compte bancaire. Celcoin propose à des intermédiaires agents, qui s’inscrivent sur la plateforme brésilienne, de servir d’intermédiaire pour effectuer des paiements via smartphone (Factures d’électricité, gaz, Uber…).

Remarquées par les investisseurs présents, les marketplaces alimentaires étaient également à l’honneur, en particulier Sayurbox en Indonésie, ou la ghanéenne Agrocenta, lauréate du concours. En mettant directement producteur et consommateur en relation via une application, elles permettent de court-circuiter une chaine de distribution particulièrement inefficiente entrainant des prix à la vente jusqu’à 20 fois supérieurs à ceux payés au producteur.

Des structures insuffisantes à absorber l’investissement

Alexander Zhdanov, du fonds Larix -un des 400 investisseurs présents à Seedstars- relève la pertinence de l’engagement dans les pays émergents: «Nous avons déjà investi en Inde, dans une marketplace alimentaire qui réalise 100 millions de chiffre d’affaires, juste dans une région limitée de l’Inde. Dans la disruption de la distribution, il y a des opportunités, avec parfois un retour sur investissement de 10 fois la mise. Même avec le risque de change, ça reste très intéressant.»

De fait l’impact investing est passé de 25 milliards en 2013 à 114 milliards aujourd’hui sous gestion, avec 44% dédiés aux marché émergents. Une progression marquée, mais un montant encore limité, selon Alisée de Tonnac: «Pour l’instant l’investissement dans les pays émergents est largement insuffisant. Par exemple Goldman Sachs qui dispose de 1300 milliards sous gestion ne consacre que 0,5% à l’impact investing. La réalité est qu’il manque les structures pour absorber l’investissement. Pour drainer plus de fonds, il faut travailler à construire  et développer les écosystèmes d’innovation sur place.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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