Bilan

L’Inde veut rendre ses villes intelligentes

Les «smart cities» se multiplient dans le pays pour pallier des changements à la fois climatiques et de modes de vie. Acteurs privés et pouvoirs publics relèvent le défi. Reportage.
  • Le groupe Mahindra a acquis 13 km2 de terrain à Jaipur afin de créer une cité du futur autour de sa firme.

    Crédits: Rajendra Koolwal/Mahindra World City Jaipur
  • «Mahindra World City» réunira des sites économiques, logements, crèches, hôpitaux...

    Crédits: Rajendra Koolwal/Mahindra World City Jaipur

Jaipur, dans le nord-ouest de l’Inde. La capitale de l’Etat du Rajasthan compte quelque trois millions et demi d’habitants. Et les contours de l’agglomération ne cessent de s’étendre.

Son dynamisme économique en a fait un hub, véritable carrefour entre les ports maritimes plus à l’ouest et les régions industrielles du nord. Mais cette expansion s’accompagne d’un accroissement démographique tout aussi galopant et de difficultés urbanistiques à contenir ce développement. En Inde, plusieurs de ces villes «de seconde zone» sont actuellement dans le même cas de figure. Pour pallier la situation, une solution se profile aux quatre coins du pays : les «smart cities».

Et Jaipur est emblématique. A 20 km de son centre encombré, le groupe international Mahindra (fabricant de véhicules, mais aussi fournisseur de services IT et actif dans l’immobilier) a acquis 13 km2 de terrain pour y créer une «Mahindra World City» (MWC). La firme indienne aux 16,9 milliards de dollars de chiffres d’affaires en 2015 n’en est pas à son coup d’essai: il s’agit là du deuxième exemplaire d’un site déjà opérationnel à Chennai, au centre de l’Inde.

A Jaipur, c’est grâce à une coentreprise avec le gouvernement local que le projet sortira de terre. Il comprendra trois secteurs d’activité économique distincts, des logements ainsi que des crèches ou encore des hôpitaux. 

En planifiant une ville à côté de la ville, Mahindra souhaite «développer de manière durable des espaces de vie plus appropriés aux besoins des habitants. Un écosystème entre les compagnies et les citoyens, en somme.» 

«100 Smart Cities» prévues

Habiter près de son lieu de travail constitue l’une des priorités. Parmi les autres, on trouve l’intégration de nouvelles technologies, notamment pour la gestion des transports publics. L’application Zipgo, déjà en service dans plusieurs autres villes, permet ainsi d’optimiser ses déplacements en réservant à l’avance un siège payé en ligne après avoir vérifié l’état du trafic.

Par ailleurs, une gestion plus efficiente des déchets est prévue, via un contrôle en temps réel grâce à l’automatisation du ramassage. «Ainsi, nous proposons de la valeur ajoutée à toutes les parties prenantes et réduisons la pression sur les infrastructures», explique Sanjay Srivastava, chargé du site de MWC Jaipur.

Pour l’instant, seuls des travailleurs se rendent quotidiennement sur place. Les premiers occupants de la World City emménageront dans une quinzaine de mois. Mahindra a déjà attiré plusieurs autres firmes dans sa cité du futur. Le constructeur indien JCB ou encore la Deutsche Bank intégreront le projet au fur et à mesure de son avancement.

Mais que désigne exactement une «smart city»? Le gouvernement indien ne propose aucune définition officielle, «en raison des aspirations et volontés de changement variables de cas en cas». De leur côté, les représentants de Mahindra parlent «d’un centre économique intégrant des infrastructures de qualité». 

La création de «smart cities» fait partie d’un trend urbanistique plus large dans le pays et au-delà. Le groupe automobile n’est pas le seul à s’y être mis. CISCO, spécialisé dans les systèmes de sécurité, lui a emboîté le pas. 

Et le secteur public n’est pas en reste. Le gouvernement du premier ministre Modi en a fait un objectif central, notamment en annonçant un plan intitulé «100 Smart Cities». Au terme d’un processus de sélection des meilleures candidatures, le pouvoir national devrait accompagner l’élaboration des propositions les plus prometteuses. 

Mais à ce jour, aucune réalisation concrète n’a été menée à terme. «Le gouvernement indien s’est lancé dans un très grand chantier. Nous préférons nous concentrer sur une exécution plus modeste mais concrète», compare Sanjay Srivastava, de MWC Jaipur.

Même si elle n’intervient pas directement dans les projets de l’Exécutif indien, la Suisse, via son Département des affaires étrangères (DFAE), contribue tout de même au renouveau de l’urbanisme. 

La Direction de développement et coopération (DDC) mène actuellement plusieurs opérations, dont CapaCITIES, visant à améliorer la planification urbaine et la recherche dans ce domaine
en tenant compte du changement climatique. Réduire les émissions de gaz à effet de serre et sensibiliser la population quant à l’utilisation des ressources rares, comme l’eau potable, constituent les priorités de la délégation helvétique en Inde. 

Projets pilotes

Parmi les quatre villes soutenues dans ce contexte, trois ont également été choisies par le gouvernement indien pour faire partie de son propre programme. «Ces projets pilotes seront ensuite transposés
à plus grande échelle, par exemple pour augmenter la part des moyens de transport électriques. On peut citer le cas des e-rickshaws (taxis locaux à trois roues, ndlr) à Udaipur», précise Silvia Müller, porte-parole du DFAE.

Les experts du DDC, en partenariat avec le Ministère de l’énergie, prodiguent par ailleurs des conseils pour la construction de bâtiments propres. Malgré des efforts pour recourir davantage aux renouvelables, l’Inde reste toujours largement dépendante des combustibles fossiles pour assurer sa forte expansion. Selon l’Agence internationale de l’énergie, il sera très ardu d’inverser la vapeur dans les années à venir. Le défi pour les villes intelligentes du futur est bel et bien écologique avant tout. 

Valentine Zenker

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