Bilan

L’impression 3D là où on ne l’attend pas

Construction de bâtiments entier, cosmétique de luxe, greffe d'organes, où en est la Suisse dans l’utilisation de cette technologie ? Un point sur les principaux secteurs qui ont développé des projets d'impression 3D, autant dans les startup que les multinationales ou les universités.
  • Le chantier du DFAB House a commencé fin 2016 et devrait se terminer en automne 2018. 

    Crédits: EPFZ
  • Impression d’une spirale métallique de diamètre de 5 μm (0,005 mm): plus petit qu’un cheveux!

    Crédits: cytosurge

L’émergence de l’impression 3D avait suscité beaucoup d’attentes et d’excitation. Mais la révolution industrielle alors prédite n’est toujours pas arrivée… Cette technologie s’est toutefois frayée un chemin dans des secteurs bien spécifiques: la construction, la nanotechnologie, la recherche médicale et la création d’objets personnalisés.

Plus étonnant, la dernière innovation de Chanel présentée à Paris il y a quelques semaines : une brosse de mascara imprimé en 3D. La maison de luxe française collabore depuis 10 ans avec Erpro Factory 3D, spécialiste de l’impression 3D en grande série. Cette innovation n’est pas uniquement cosmétique : pour la première fois dans le monde, tous secteurs d’activités confondus, l’impression 3D fera l’objet d’une industrialisation massive, précise l’entreprise sur le site 3D natives.

Cette innovation ouvre de nouvelles perspectives, faisant resurgir l’engouement pour cette technologie. Mais où en sommes-nous en Suisse dans l’utilisation de cette technologie ? Un point sur les principaux secteurs où cette technique est utilisée.

La construction : des bâtiments entiers imprimés en 3D

L’impression 3D s’utilise de plus en plus le secteur de la construction suisse. Récemment, les startup Mobbot à Fribourg et le géant de la chimie Sika à Zurich ont créé des robots permettant d’imprimer du béton pour le déposer directement sur les chantiers de construction.

À partir de ces nouvelles technologies, l’EPF de Zurich, en collaboration avec le NEST et le Laboratoire d’architecture et de technologies durables (Empa), sont en train de  construire un bâtiment entier à Dübendorf grâce à l’impression 3D. Connu sous le nom de DFAB House, le chantier a commencé fin 2016 et devrait se terminer en automne 2018. Trois étages de 200 m2 sont prévus.

Le programme ne manque pas d’ambition, il pense pouvoir répondre au défi de la croissance démographique et l’augmentation de la demande d’habitation en facilitant des constructions plus rapides, personnalisées, et économes.

Les nanotechnologies : la 3D prometteuse dans la medecine et l'électronique

Cytosurge, entreprise également liée à l’EPF de Zurich, a créé il y a deux ans une imprimante 3D permettant l’utilisation de différents métaux comme le cuivre, l'or, l’argent ou encore le platine. Sa principale innovation est d’imprimer ces matériaux dans des tailles microscopiques, « plus petit qu’un cheveux », spécifie le business développeur de Cytosurge, Edgar Hepp.

Pour lui, « cette imprimante peut avoir des applications très étendues». Pour l’heure, la création de Cytosurge inspire surtout des chercheurs en médecine pour développer des micro-métaux permettant de passer à travers la peau humaine, sans toucher les nerfs, pour y injecter des liquides par exemple.

Cytosurge travaille aussi sur de possibles applications de cette technologie dans l’industrie électronique.

Recherche médicale : explorer le corps de l'intérieur et imprimer des organes

Les scientifiques suisses s’investissent également à comprendre les débouchées de l’impression 3D pour la médecine. L’EPF de Lausanne a fait des progrès cette année dans la recherche concernant l’impression 3D endoscopique, une méthode qui permet d’explorer le corps humain de l’intérieur, et donc de le rendre visible. Cette technologie permettrait de recréer des tissus humains à échelle microscopique, ce qui pourrait fortement bénéficier à la médecine régénératrice, notamment pour lutter contre les cancers.

En février, le laboratoire Complex Materials de l’EPF de Zurich a découvert que l’impression d’organes utilisant du flink (un gel compatible avec le corps humain) permettrait de remplacer les greffes et transplants.

Ces progrès sont indéniables, mais des pays comme les Etats-Unis, la France ou l’Inde ont annoncé des avancées majeures. Ces derniers ont déjà réalisé la prouesse d’imprimer une oreille, une valve aortique et plus récemment un cerveau fonctionnel de souris !

Personnalisation d’objets et démocratisation

L’impression 3D s’est démocratisée ces dernières années, permettant d’être utilisée par des particuliers pour imprimer des objets personnalisés comme des bijoux, des figurines en plastique ou encore des emballages de toute sortes. Cette technique a ainsi essentiellement été utilisée comme outil par les designers et artistes dans le but de matérialiser leurs créations.

Une dizaine de centres d’impression 3D existent en Suisse. Le prix d’une impression 3D varie en fonction du volume, du matériel (plastique, métaux), de la résolution, et de la complexité de l’objet. Généralement, une impression 3D prend entre quelques jours et 4 jours pour être réalisée et coûte entre 20 et 500 francs. Quant au prix d’une imprimante 3D, elle peut varier entre 200 et 8000 francs.

 

Anne-Dominique Correa

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