Bilan

L'horlogerie suisse traditionnelle à l'assaut des smartwatches

Tour à tour, Montblanc et TAG Heuer ont annoncé le lancement de smartwatches suisses. Ces modèles permettraient à l'horlogerie helvétique de renouer avec l'innovation high tech.
  • Avec son e-strap, Montblanc fait un premier pas dans l'univers des bracelets et montres connectées.

    Crédits: Image: Montblanc
  • L'annonce de TAG Heuer en fin de semaine dernière préfigure une nouvelle bataille horlogère avec l'arrivée des fabricants suisses sur le créneau des montres connectées.

    Crédits: Image: AFP

Entre Noël et Nouvel An, l'horlogerie suisse a fait son retour dans l'univers high-tech. Tour à tour, Montblanc a annoncé la commercialisation d'une smartwatch dès 2015 et TAG Heuer a fait savoir qu'un partenariat avec Intel déboucherait sur une montre connectée fin 2015 ou début 2016.

Avec son annonce au moment de Noël, Montblanc a devancé de quelques jours TAG Heuer qui, depuis la conférence de presse de Jean-Claude Biver le 16 décembre, faisait figure de fabricant suisse en pole position pour se lancer à l'assaut de l'univers des smartwatches.

La marque du groupe Richemont va commercialiser dans les mois à venir son e-strap (pour un prix annoncé autour de 400 francs): ce bracelet connecté sera le complément des boîtiers de montres traditionnels de Montblanc. Et à l'opposé de la montre se trouvera un module avec un écran tactile relié par Bluetooth au smartphone, via une app dédiée proposée par Montblanc. Grâce à elle, l'utilisateur pourra consulter ses courriels, recevoir des notifications, stocker ses billets d'avion,...

Richemont puis LVMH

Face à cette annonce signée Richemont, LVMH a répliqué par la voix de Jean-Claude Biver, qui pilote le pôle horloger du groupe de luxe français mais préside aussi actuellement TAG Heuer, en remplacement de Stéphane Linder. Interrogé par nos confrères de la RTS, le dirigeant a admis être «en pleines négociations» avec Intel pour que TAG Heuer commercialise «fin 2015, début 2016» une montre connectée.

Ce modèle développé en partenariat entre un fabricant horloger suisse réputé et un géant américain de l'informatique devrait marquer le retour de l'horlogerie suisse haut de gamme dans le secteur high-tech. Certains observateurs, tout en saluant l'initiative de Montblanc, voient en effet davantage son e-strap davantage comme un bracelet connecté que comme une smartwatch à part entière, l'objet connecté étant distinct du boîtier de la montre.

Déjà des initiatives de startups

Certes, depuis le boom de la wearable tech, plusieurs initiatives ont été lancées en Suisse pour fabriquer une smartwatch helvétique: Hyetis a mis sur les rails le projet Crossbow, MyKronoz a initié ZeWatch, Withings (société française) a lancé sa montre bracelet connectée fabriquée en Suisse avec Activité, le Chinois Hunter Lee a annoncé un projet baptisé Swissgear pour une smartwatch suisse,... Mais cela restait jusqu'alors le fait de startups et de petits fabricants. Les grands noms de l'horlogerie suisse traditionnelle restaient à l'écart.

Chez les géants du luxe, la smartwatch générait davantage de scepticisme que d'attentes et d'espoirs. En mai dernier, le Swatch Group par la voix de Nick Hayek affirmait son «scepticisme» devant un produit dont les premières générations ont plus de 25 ans et qui n'ont toujours pas rencontré de public en masse.

Le Swatch Group avait innové très tôt

Et Swatch n'est pas le plus mal placé pour évoquer les montres connectées. Des modèles connectés ont été développés par Swatch avec la Paparazzi, et surtout Tissot (une des marques du Swatch Group) depuis plus d'une dizaine d'années: la gamme Tissot IT était compatible avec les systèmes de communication en ligne MSN. Et si les différents modèles de Tissot IT ont rencontré un petit succès, aucun mouvement de masse n'a été observé. Une histoire rappelée par le patron de la marque François Thiébaud dans cette vidéo réalisée par Bilan lors de la dernière édition de Baselworld.

Comme certains l'expriment dans cette vidéo, les dirigeants des marques suisses de l'horlogerie voyaient jusqu'à présent davantage la smartwatch comme un gadget utile pour des populations spécifiques (personnes âgées ou malades notamment), et éventuellement comme une incitation aux jeunes générations à porter une montre au poignet, avec l'espoir qu'ils troquent un jour leur montre connectée pour une montre traditionnelle.

L'arrivée d'Apple Watch change la donne

Mais l'automne a changé la donne: Apple a dévoilé son AppleWatch et le marché s'attend à une révolution avec l'arrivée de cet objet certes toujours relié à un smartphone, mais qui permettra de payer, de communiquer, de bénéficier de nombreux services. Les dirigeants horlogers ont beau avoir affirmé dans la foulée ne pas avoir été impressionnés par cet appareil, la réponse n'a toutefois pas trop tardé avec ces annonces de Montblanc et de TAG Heuer ces derniers jours.

Désormais, Richemont et LVMH sont lancés dans la course. Reste à observer ce que feront d'autres géants du secteur comme le Swatch Group ou des fabricants indépendants (Rolex, Breitling), qui pourraient eux aussi vouloir prendre le bon train pour surfer sur cette vague techno et faire en sorte que l'horlogerie suisse ne soit pas en retard dans l'innovation et la high tech. 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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