Bilan

L’Extension School de l’EPFL rend virale la formation continue

Comment devenir un as du numérique? L’EPFL a une école pour ça. Et elle est ouverte à tous.

Directeur de la nouvelle Extension School de l'EPFL, le professeur Marcel Salathé veut massivement démocratiser l'apprentissage des compétences numériques.

Crédits: EPFL

Comme le découvriront les lecteurs du magazine Bilan en kiosque aujourd’hui, notre dossier sur «Les jobs de demain» montre comment l’apprentissage et la formation sont en pleine mutation en Suisse. Car si,  comme le souligne le dernier rapport de McKinsey, des métiers vont disparaitre, d’autres vont aussi apparaitre.

La question est ouverte de savoir quels équilibres en matière de travail à disposition et de distribution de revenus ces changements impliqueront. Mais il serait faux de penser que rien ne puisse être entrepris, dès aujourd’hui, que l’on soit élève, étudiant ou professionnel en activité. L’offre de formation émerge de l’apprentissage de la pensée computationnelle dès l’école avec des initiatives comme Girlscoding ou We are Play lab, à celle de l’Extension School de l’EPFL pour les adultes. Entre les deux, comme le souligne notre dossier, une multitude de formations apparaissent secteur par secteur.

Il s’agit, en effet, d’adapter l’offre au défi du digital, de l’industrie 4.0 et de l’intelligence artificielle. Parce qu’elle a le potentiel de modifier en profondeur les métiers dits intellectuels – ils le sont presque tous en réalité aujourd’hui – l’intelligence artificielle est au centre des attentions. Dans ce contexte, il n’est donc pas neutre que ce soit une star de ce domaine au poly de Lausanne, le professeur Marcel Salathé, qui soit à l’origine de cette initiative pédagogique hors norme parce qu’ ouverte à tous qu’est l’Extension School.

Se définissant comme un épidémiologiste digital, à la croisée des sciences de l’information, des sciences sociales et de la biologie des populations, Marcel Salathé a fait ses études à l’ETHZ avant l’Université de Pennsylvanie et finalement de se spécialiser dans la modélisation de la diffusion des maladies infectieuses à Stanford. Il est aussi passé par le fameux accélérateur Y Combanitor. Directeur de l’Extension School, il a accepté de répondre à nos questions avant le démarrage opérationnel du programme en janvier.

Qu'est-ce que l'Extension School?

Marcel Salathé: C’est est une nouvelle école de l'EPFL qui propose des programmes en ligne pour apprendre à son  rythme des compétences numériques appliquées. Cette initiative reconnaît les énormes besoins de l'industrie et de la population en général d’acquérir les compétences nécessaires pour tirer parti de l'ère numérique. Elle y  répond en offrant des programmes en ligne, autogérés et pour tout le monde.

Pourquoi est-ce ouvert à tout le monde?

Parce que notre mission est de permettre à tous de bénéficier de la révolution numérique. Le numérique affecte désormais tous les aspects de la vie - du travail à l'éducation, du professionnel au personnel, de l'économique au social. Être «digitalement alphabétisé» n'est plus une option, mais un must. C'est pourquoi nous sommes ouverts à tous. Tout le monde peut s’inscrire à nos cours et programmes, sans aucun prérequis de diplômes. Mais la barre que nous mettons est haute. C'est une éducation de qualité niveau EPFL. Elle exige de l'engagement et des efforts pour réussir.

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Quelle est la différence avec les cours massifs en ligne (MOOCs)?

Contrairement aux MOOCs, qui couvrent l'ensemble des domaines académiques, notre attention est très concentrée sur les compétences numériques appliquées. Nous offrons également une aide personnalisée aux apprenants, ce que les MOOCs ne peuvent pas faire à cause de leur échelle massive. De plus, nos programmes donnent des crédits ECTS (European Credits Transfer System, des crédits qui facilitent la reconnaissance académique entre universités européennes, ndlr.). Enfin, nous gérons nos cours et nos programmes sur notre propre plate-forme. Cela signifie que nous gardons la maîtrise des données des apprenants, ce qui n'est pas le cas des plateformes MOOCs  souvent basés aux Etats-Unis.

Quel genre de certificats obtiennent les étudiants?

Les apprenants recevront un certificat numérique, en format pdf, pour chaque cours qu'ils achèvent. Pour nos programmes, les apprenants qui auront terminé avec succès tous les cours requis, leurs projets de cours et les projets « Capstone » (collectif, ndlr.) recevront un Certificat Officiel d'Etudes Ouvertes (COS) de l'EPFL. C'est un nouveau certificat que l'EPFL a créé au niveau fédéral.

Comment avez-vous déterminé le contenu de chaque cours?

En fonction des besoins de l'industrie et de notre propre évaluation des besoins futurs. J’ai passé plusieurs années dans l'industrie high-tech et je participe activement à diverses initiatives technologiques avec des partenaires de l'éducation et de l'industrie. Ensemble, avec les développeurs de cours et leurs expériences dans leurs domaines spécifiques, nous avons déterminé les contenus. La partie la plus importante a été de s'assurer que nous donnons aux gens les compétences nécessaires pour rester compétitifs sur un marché du travail en évolution rapide et pour devenir des citoyens du monde numérique informés sur le plan technologique.

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Quel type d'innovation pédagogique essayez-vous avec cette école?

Il y en a plusieurs: apprentissage auto-rythmé, cours en ligne pour les compétences numériques appliquées, soutien personnalisé aux apprenants grâce à la vidéo en ligne. Parce que nous avons développé notre propre plate-forme, nous serons en mesure d'innover et d'itérer très rapidement. Mais c'est vraiment la combinaison d'une plate-forme innovante d'apprentissage en ligne qui permet d'acquérir des compétences numériques appliquées associée à un contenu de qualité EPFL, qui nous rend uniques.

L'Extension School enseignera-t-elle uniquement des compétences techniques?

Nous nous concentrerons sur les compétences numériques appliquées. Nous espérons distiller des « softskills » à travers nos interactions avec les apprenants, mais ils ne font pas partie du matériel éducatif. Cependant, nous aborderons également certaines des implications éthiques et sociétales des technologies que nous enseignons.

Quel est le rôle d'Infomaniak et de GitHub dans ce programme?

Nos partenaires contribuent à aligner l'Extension School de l’EPFL sur le monde du travail en soutenant la création de modules de cours très pratiques et en fournissant des paquets de données, des domaines hébergés et d'autres outils et contenus concrets autour desquels les apprenants pourront développer leurs compétences.

On dit que vous êtres déjà sursouscrit. Pourriez-vous nous donner quelques chiffres?

Les rumeurs ne sont jamais entièrement vraies. Il est trop tôt pour partager des chiffres alors que nous avons lancé notre offre il y a quelques jours. Au tout début, nous ne pouvons prendre qu'un nombre limité d'apprenants sur une base continue, car nous offrons un soutien personnalisé. Si la demande augmente massivement, nous pourrons très rapidement répondre en embauchant plus d'aides-enseignants. Pour l'instant, nous regardons le développement du nombre d'apprenants et prendrons ensuite des décisions.

Il est vrai que nous rencontrons beaucoup d'intérêt et que nous devons déjà repousser les candidats dans la cohorte suivante de février. Pour ceux qui veulent commencer le plus tôt possible, nous recommandons de s’inscrire maintenant, car nous acceptons les candidats selon le principe du premier arrivé, premier servi. Nous constatons beaucoup de diversité dans l’origine des candidats ce qui est formidable. Et aussi un très fort intérêt de l’industrie.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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