Bilan

L’EPFL lance sa plateforme de data journalisme à la COP21

Développé par le Social Media Lab, Horizon fournit en temps réel des informations sur la formation de l’opinion.

Suite à la visite de François Hollande à l'EPFL, le gouvernement français a retenu le projet Horizon de l'EPFL pour analyser les réseaux sociaux pendant la conférence sur le climat. 

Crédits: DR

Quels consensus émergent des réseaux sociaux ? Comment se forme l’opinion au travers de ces outils? Qui sont les leaders d’opinions ?  Pour le savoir, le Social Media Lab, créé il y a trois ans à l’EPFL,  a développé une «listening platform» qui puise dans les réseaux sociaux et les contenus médias associés afin de déterminer en temps réel l’état de l’opinion et son évolution. Baptisée Horizon, cette plateforme est testée depuis quelques jours par une équipe de data journalistes dans le cadre de la conférence climat à Paris (COP 21).

Rédacteur en chef de cette équipe, François Marot, qui dirigeait jusqu’en 2013 l’édition française de National Geographic, donne un exemple du genre de résultats auxquels parvient cette technologie dans les bureaux parisiens qu’occupe son équipe pendant la conférence. «Par exemple: si nous posons la question de savoir si les gens pensent que la COP 21 sera un succès, on voit que plus de 80% des internautes considèrent que ce sera le cas. Mais dans le détail, on voit aussi que ce chiffre tombe à 55% dans le cas des gouvernements locaux et à 64% parmi les Organisation non gouvernementales. A côté de cela, cette analyse permet de faire remonter des arguments moins évidents comme le fait qu’un tiers des internautes estiment qu’un succès aura aussi pour effet de diminuer les risques terroristes.» Autant de données qui alimentent les journalistes qui se chargent ensuite de les synthétiser et de les contextualiser

Avec des comparaisons par pays ou catégories d’acteurs, Horizon permet d’aller plus loin qu’un simple sondage pour savoir si l’opinion est positive, négative ou neutre vis-à-vis de telles ou telles questions. La prise en compte des contenus relayés en tant qu’arguments par les internautes permet de mesurer leur degré d’engagement et même les émotions associées à telles ou telles opinions.

Un algorithme détecteur d’émotions

Ancien dirigeant du digital chez Bollorémedia après avoir créé le journal gratuit Sports, Bruno Breton, qui dirige le Social Media Lab de l’EPFL, explique cette prouesse par le recours à de puissants algorithmes développés par le chercheur Alexander Polonsky. «Nous avons développé quatre couches de logiciels pour faire de ces big datas des smart datas. Il s’agit d’aller au-delà de la simple recherche par mots-clés afin de capturer la nature des échanges », explique-t-il.

La première technologie employée est dite de query expansion. Elle structure les échanges des internautes dans des clusters ou ensembles. A partir de là, la recherche va s’élargir aux contenus associés diffusés par ces internautes. Une deuxième couche logicielle analyse ces contenus pour repérer les arguments associés à telles ou telles prises de position. Le niveau suivant cherche à comprendre l’engagement et les émotions associées à une opinion. «Nous associons des lexiques à une vingtaine d’émotions primaires comme la peur, la colère, le plaisir ou la confiance. Basé sur le machine learning, l’algorithme progresse. Il est passé en quelques mois d’une fiabilité de 50% à 90% », explique Bruno Breton. Enfin la dernière couche de software est de nature prédictive. «Il s’agit de comprendre les intentions, par exemple les intentions d’achat. »

Testé dans le cadre politique de la conférence climat en partenariat avec l’entreprise Avril, la plateforme Horizon est versatile. Ses technologies d’analyse des comportements sur les réseaux sociaux se font aussi en collaboration avec Havas et elles ont été testées avec de grandes entreprises de biens de consommation. Cette nouvelle approche pourrait donc déboucher sur une start-up comme le confirme Matteo Fumagalli le responsable marketing du projet. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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