Bilan

L’EPFL en pole position pour les milliards de l’Europe

Deux des six projets retenus pour être les vaisseaux amiraux de la recherche européenne viennent de la haute école.

Le premier homme sur la lune ou le décryptage du génome humain ont été de ces grands programmes qui ont émerveillé le monde. Mais ils ont aussi irrigué les avancées technologiques de l’Amérique. Face à cela, la science européenne semblait plus modeste, presque besogneuse. En lançant officiellement la semaine dernière à Budapest ses nouveaux programmes FET Flagships, dotés d’un milliard d’euros pour une période de dix ans, l’Europe renoue donc avec la grande ambition scientifique. Et la Suisse a de bonnes chances de jouer le rôle de capitaine des deux vaisseaux amiraux (Flagships) qui seront sélectionnés d’ici à fin 2012.

Lancée en 2009 par le Future Emerging Technology (FET), un sous-programme du volet sciences de l’information de la recherche européenne, la première phase de sélection vient en effet de s’achever. Elle a vu le nombre de candidats aux milliards passer de 26 à 6. Trois des projets retenus sont pilotés depuis la Suisse et même deux depuis l’EPFL. Le premier, baptisé Human Brain Project, est une internationalisation du projet Blue Brain mené par le neuroscientifique de l’EPFL Henry Markram (lire Bilan du 2 juin 2010). Il prévoit la création de huit nouveaux centres de recherche et l’engagement d’un millier de doctorants. Son objectif correspond aux ambitions que souhaite promouvoir l’UE puisqu’il veut développer les outils pour simuler dans un superordinateur le fonctionnement du cerveau. IBM, Cray, Intel et Bull sont déjà partie prenante d’un projet qui utiliserait non seulement une puissance de calcul sans précédent mais pourrait inspirer, à partir du fonctionnement du cerveau, une nouvelle architecture des ordinateurs.

Logitech intéressé

Guardian Angels, le second projet copiloté par l’EPFL et l’EPF Zurich (lire Bilan du 19 janvier 2011), vise à développer des nanocapteurs intégrés dans notre environnement, nos habits, voire notre corps pour détecter et communiquer accidents, maladies et émotions. Ces nanosenseurs seraient autonomes du point de vue énergétique en récoltant l’électricité par photosynthèse à partir de cellules solaires Graetzel miniaturisées ou grâce à des dispositifs piézoélectriques développés par le CSEM. Guardian Angels attire les industriels des semi-conducteurs comme ST Microelectronics, Thalès et Siemens. Et des discussions sont en cours avec Logitech.

Piloté par l’University College de Londres et l’ETHZ, le troisième projet, baptisé Future ICT, vise à appliquer les progrès de la simulation informatique aux phénomènes sociaux et économiques globaux – une crise financière par exemple – en temps réel. Si les autres projets encore en lice (semi-conducteurs à partir de graphène, médecine informatique et robots de compagnie) ont tous leurs chances, il reste remarquable que la Suisse ait pu se hisser à ce niveau de la compétition en dépit de sa non-appartenance à l’UE. Roland Siegwart, vice-président de l’EPFL, comme les officiels européens considèrent que cette présélection est non seulement une reconnaissance de la qualité de la recherche suisse mais aussi d’une dynamique d’excellence plus récente qui s’est employée à attirer les meilleurs chercheurs d’où qu’ils viennent.

Reste à savoir si cette logique basée sur le mérite résistera dans un processus de sélection qui hésite maintenant entre un choix purement scientifique et un autre plus politique avec l’influence des Etats membres. L’implication d’institutions de premier plan comme le CEA en France ou les instituts Fraunhofer en Allemagne derrière l’étendard suisse est de bon augure. Notre diplomatie ne fera cependant pas l’économie d’un soutien actif pour faire triompher des projets qui sont autant de CERN potentiels pour les neurosciences, les nanotechnologies ou les sciences sociales.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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