Bilan

L'EPFL + ECAL explore les technologies émergentes

Le laboratoire a su tisser des liens entre académie et industrie.
  • Luminaires «Solar Garden Glow», par Emma Caselton. Le Musée des arts décoratifs de Paris expose jusqu’au 14 septembre des œuvres basées sur les recherches de l’EPFL+ECAL Lab.

    Crédits: Tonatiuh Ambrosetti et Daniela Droz
  • L’EPFL + ECAL Lab s’est intéressé au processus de densification du bois. Paul Cocksedge illustre cette recherche à travers ces talons.

    Crédits: Mark Cocksedge

Lors du Festival international de Berlin en 2011, le public, fasciné, a pu découvrir d’étonnantes cellules solaires fabriquées par les étudiants de l’EPFL + ECAL Lab. Préparées en une minute à peine et composées de deux plaques de verre, d’une pâte blanche et de jus de framboises bien mûres, elles arrivaient à faire fonctionner un petit moteur électrique. 

Magique? Presque. Cette démonstration spectaculaire se base sur une révolution de l’EPFL, qui a produit une cellule solaire inspirée de la photosynthèse des plantes. Les étudiants ont ainsi réalisé une vingtaine d’objets qui s’intègrent à des surfaces improbables et participent en même temps à leur expression visuelle. 

C’est le cœur du projet «Sunny Memories»: les cellules solaires ne servent plus seulement à remplacer le silicium. Elles ouvrent de nouvelles perspectives pour des objets qui sont désormais autonomes, affranchis de piles, de chargeurs et de câbles.

Depuis, la recherche a franchi bien des étapes. Plusieurs groupes industriels ont acquis des licences pour lancer une production. Par exemple, le SwissTech Convention Center inauguré ce 4 avril comporte une paroi translucide complète de ces cellules. L’EPFL + Ecal Lab se distingue en effet par son approche qu’on pourrait qualifier de «business friendly», selon son fondateur et directeur Nicolas Henchoz.

Alors que les grandes écoles de design se méfient, craignant souvent que leurs recherches ne génèrent d’immenses profits à leur insu, Nicolas Henchoz monnaie le travail de son laboratoire. Il a instauré un système de partenariat contractuel avec les acteurs de l’économie et de l’industrie, dont le montant exact n’est pas dévoilé, mais dont on sait qu’il se situe un peu au-dessous du million de francs. Au terme de ce contrat, il cède les droits d’exploitation des recherches à l’entreprise partenaire qui garde la propriété intellectuelle de l’innovation. 

D’autres recherches touchent à la «réalité augmentée», soit le fait d’ajouter aux objets physiques des informations et des contenus virtuels en temps réel. Le Computer Vision Laboratory de l’EPFL a joué un rôle de pionnier dans ce domaine. Il a mis au point les principes permettant de mettre en lien étroit les mondes virtuel et physique, sans aucun signe artificiel comme les fameux «QR Codes» qui polluent visuellement l’objet.

Un livre publié par Nicolas Henchoz et le journaliste français Yves Mirande révèle que «ces projets en évolution permanente ouvrent des perspectives considérables également pour l’industrie du luxe, qui consacre des moyens colossaux à l’élaboration de la valeur immatérielle de ses produits. Mais la réalité augmentée offre aussi une nouvelle voie de communication: associée directement au produit, elle permettra de démarquer des textes et des symboles
sur les emballages, par exemple.» 

Royalties ou forfait?

La majorité des écoles définissent leurs relations avec les industriels sur la base d’une somme assignée pour le projet. Suivent des royalties à négocier ensuite sur la base des résultats les plus prometteurs pour l’industrie. L’EPFL a remis en question ce principe, car souvent «les perceptions divergent».

L’école ne considère que les bénéfices potentiels pour l’entreprise, qui de son côté voit surtout le travail qu’il reste à faire pour transformer le projet en produit. L’EPFL (et l’EPFL + ECAL Lab) a donc changé sa politique au cours des années 2000. Désormais, «elle demande un montant initial plus élevé, mais inclut le droit pour l’industriel de pouvoir utiliser les résultats qui l’intéressent».

Il est très complexe d’évaluer et de quantifier les retombées de cette nouvelle forme de relation entre l’académique et l’industrie. Mais si certaines entreprises contactent les écoles en espérant trouver des idées bon marché, elles se trompent. La durée des contrats dépend de ce que cherche l’industriel. Dans son livre, Nicolas Henchoz explique que «la naissance d’une technologie disruptive dans un processus académique exige souvent plusieurs années».

Toutes les sociétés ne seraient pas prêtes à attendre tout ce temps nécessaire à ce qu’une «démonstration de laboratoire se transforme en un produit industriel fiable». Selon Nicolas Henchoz, le bénéfice majeur pour les entreprises «provient avant tout du savoir généré, capable d’influencer des décisions stratégiques, des lignes entières de produits et de renforcer la compétitivité et le positionnement des entreprises». 

Patricia Lunghi

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