Bilan

L'économie suisse championne du digital, le gouvernement en retard

La Suisse est l'un des pays les mieux préparés pour intégrer les technologies de l'information et de la communication, selon le dernier rapport du World Economic Forum (WEF).
  • Grâce à son focus sur l'innovation et la recherche (ici le Rolex Learning Center sur le campus de l'EPFL), la Suisse se retrouve dans le groupe de tête au niveau mondial pour l'intégration des technologies de l'information et de la communication.

    Crédits: Image: Losinger Marazzi
  • Dans les dix différents piliers retenus par les auteurs de l'étude pour le WEF, la Suisse se classe dans le haut du classement, sauf pour les usages du numérique par les autorités publiques.

    Crédits: Image: WEF
  • Les entreprises suisses se hissent au 1er rang mondial pour leur disposition à profiter des opportunités du digital.

    Crédits: Image: Keystone
  • Par contre, le gouvernement et l'administration sont à la traîne pour l'usage des technologies numériques et des solutions digitales (48e rang mondial).

    Crédits: Image: Baikonur/CC-BY-SA/Wikimedia

La Suisse est régulièrment citée dans de nombreuses études comme l'un des champions européens et mondiaux de l'innovation. Le dernier Rapport mondial sur les technologies de l'information 2015, publié par le World Economic Forum (WEF), confirme cette tendance en situant notre pays au 6e rang mondial pour sa capacité à intégrer les technologies de l'information et de la communication à son économie.

Notre pays devance notamment des géants mondiaux de la technologie comme les Etats-Unis (7e), le Royaume-Uni (8e) et le Japon (10e), tandis que la première place revient cette année à Singapour qui devance la Finlande, numéro 1 en 2013 et 2014. La Suède, qui avait occupé la première place en 2012, complète le podium. Entre ce trio de tête et la Suisse s'intercalent les Pays-Bas et la Norvège.

Pour réaliser cette étude, les analystes du WEF ont pris en compte 53 indicateurs individuels regroupés en quatre catégories principales (environnement, préparation, utilisation et impacts) déclinés en dix piliers. Plus de 13'000 dirigeants d'entreprises et 160 instituts partenaires ont été sollicités pour aboutir à ce rapport.

 

Il en ressort à l'échelle mondiale que les inégalités s'accroissent entre pays développés et pays en développement dans le domaine de l'accès aux technologies de l'information et de la communication. Les pays situés à la traîne (Tchad, Guinée et Burundi ferment la marche sur les 143 pays étudiés) voient leur croissance freinée par les difficultés d'accès aux solutions digitales. «Le rapport montre que la fracture numérique s'accroît entre les pays, ce qui est très préoccupant étant donné le rythme implacable du développement technologique. Les pays les moins développés risquent d'accumuler encore plus de retard; il faut donc prendre des mesures d'urgence concrètes pour remédier à cette situation», affirme Soumitra Dutta, doyen du département Anne et Elmer Lindseth à la Samuel Curtis Johnson Graduate School of Management de l'Université Cornell et co-rédacteur du rapport.

Cette fracture numérique au niveau mondial risque d'aggraver les inégalités de développement économique. Les auteurs du rapport ont constaté que les économies «figurant parmi les 10 % les mieux classées ont connu un niveau d'amélioration deux fois plus élevé depuis 2012 que celles figurant parmi les 10 % les plus mal classées».

Une corrélation entre dispositions favorables aux TIC et croissance du PIB qui se retrouve également dans le ralentissement de la croissance dans les BRICS: «L'exemple des BRICS n'est pas unique: beaucoup d'autres pays dont le classement s'est amélioré au cours des dix dernières années, sont maintenant confrontés à la stagnation ou la régression. Cela tient en partie aux fractures persistantes entre les zones urbaines et rurales et entre les groupes de revenus au sein des pays. Ces fractures excluent une grande partie de la population de l'économie numérique», affirme Bruno Lanvin, directeur exécutif de l'Initiative de compétitivité européenne et chargé des Indices globaux à l'INSEAD.

La Suisse championne... sauf pour l'administration

Et si la fracture est surtout visible entre pays industrialisés et pays en voie de développement, les différences d'accès au digital touchent aussi des populations défavorisées au sein même des pays riches. Les experts ont ainsi pu établir une corrélation précise entre l'accès de qualité au web et l'augmentation des revenus. «La transmission à haut débit est un multiplicateur de revenus. Afin que les TIC profitent à tous, l'adoption du haut débit doit globalement augmenter, mais surtout pour les populations à faible revenus. Les individus et les pays non-connectés sont laissés pour compte», déclare le Dr Robert Pepper, vice-président de la politique technologique mondiale de Cisco.

Le cas spécifique de la Suisse est particulièrement intéressant. Dans trois des quatre catégories, notre pays se situent dans le top 10 mondial, et 11e dans le pilier des usages. Mais c'est justement dans cette catégorie de l'usage du numérique que se cachent quelques différences majeures. Ainsi, si la Suisse se hisse au premier rang mondial pour l'usage du digital par les entreprises, elle n'est qu'au 48e rang mondial pour l'utilisation par les autorités publiques. Pour les particuliers, elle est au 10e rang.

La différence est moins marquée mais se retrouve également au niveau des impacts: tandis que l'impact du digital sur l'économie situe la Suisse au 3e rang mondial, l'impact sur les aspects sociaux la relègue au 34e rang. Il ressort donc de ces deux mauvais résultats (utilisation par les autorités publiques et impacts sociaux) que d'importants progrès peuvent encore être effectués par l'administration notamment, afin d'améliorer l'offre destinée aux usagers, donc notamment aux populations qui pourraient être menacées par la fracture numérique.

A contrario, les entreprises suisses semblent avoir largement pris le virage du numérique ces dernières années et s'être positionnées au top mondial pour l'usage des technologies de l'information et de la communication. En investissant des domaines comme la biotech, la medtech, la fintech et d'autres domaines de pointe, ou en s'affirmant comme le coffre-fort numérique du monde, la Suisse développe une nouvelle expertise planétaire qui pourrait s'avérer décisive en termes de ressources de croissance dans l'avenir.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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