Bilan

L'avenir des médias se joue en 3D

Grâce au succès d'Avatar et d'Alice au pays des merveilles, la troisième dimension conquiert les médias, du cinéma aux jeux vidéos.

On ne voit plus qu’elle. Ou plutôt, depuis la création de Pandora, ce monde virtuel peuplé d’humanoïdes bleutés, on ne voit plus que par elle: la 3D.

La troisième dimension est le dernier coup de foudre des technophiles, cinéphiles, télévores et autres amoureux d’images.L’«immersion totale» comme on l’appelle, a su se faire une place dans tous les médias, à commencer par les salles de cinéma, qui lui ont servi de plates-formes pour sa généralisation. Car c’est bien Avatar qui a fait de la 3D le standard absolu. Mais le film de James Cameron n’est pas la seule production à remporter un immense succès. Là-haut des studios Disney/Pixar et Alice aux pays des merveilles réalisé par Tim Burtonsuivent la tendance. Une vingtaine de films lancés cette année ont été réalisés en 3D relief. Jeffrey Katzenberg, patron de DreamWorks Animationestime que la 3D est «la troisième révolution de l’industrie après le cinéma parlant et la couleur».

Une idée de plus d’un siècle

Le concept de relief ou de 3D n’a rien de nouveau pour l’usine à rêve. Les premières expérimentations avec la projection stéréoscopique, qui permet une impression de relief à l’image projetée sur écran plat, ont été réalisées à la fin du XIXe siècle déjà. En 1922, The Power of Love est le premier long-métrage américain en relief. Mais la technique, qui nécessite deux projecteurs à filtres polarisants, donne des résultats peu satisfaisants, fastidieux même parfois pour les spectateurs. Et même les productions réalisées bien plus tard, comme Les dents de la mer , n’enthousiasment pas les critiques.

C’est le numérique qui permet à la 3D de faire son retour. L’image, plus précise, de meilleure qualité, est projetée depuis un disque dur. Et les coûts de réalisation et de distribution font alors de la 3D un investissement intéressant pour les studios de Hollywood. D’autant que, une fois les salles équipées, les films en 3D, difficiles à visionner chez soi, renfloue les cinémas. Pour l’heure encore. Car la technologie est prompte à transiter des salles obscures aux salons des téléspectateurs.

L’année 2010 est celle, disent les analystes, de l’avènement de la télévision relief. Philips, Sony, Samsung, Panasonicou encoreLG Electronicsont tous leurs postes 3D prêts pour cette année. Mais, contrairement au cinéma qui n’exige qu’une paire de lunettes jetables, la conversion à la 3D est coûteuse pour les téléspectateurs. L’écran et le diffuseur (un lecteur de disque optique ou un boîtier de réception de télévision numérique par exemple) doivent être compatibles et les câbles aptes à fournir la bande passante suffisante. Sans parler encore des frais du contenu et, pour partie des écrans, de l’inconfort des lunettes indispensables à l’effet de profondeur.

Du porno aux jeux

Pourtant, les experts estiment que ces charges ne décourageront pas les consommateurs avides d’immersion virtuelle. La firme Generator Researchprojette que, de pratiquement inexistante encore au début 2010, la part des ventes réservée aux sets de télévision 3D devrait bondir à près de 40% d’ici à 2014, avec un marché mondial estimé à 17 milliards de dollars. D’ailleurs, les chaînes et fournisseurs de contenu sont sur les rangs. Aux Etats-Unis, le bouquet satelliteDirectTV, par exemple, accumule les programmes offrant la technologie. En Angleterre, BSkyBa profité de lancer sa chaîne 3D dans plus d’un millier de pubs à l’occasion du match de football opposant Manchester United à Chelsea le 3 avril dernier. Le groupe Playboyjuge, lui aussi, que les courbes de ses acteurs pourraient bénéficier d’une touche de relief. Raison pour laquelle sa chaîne devrait diffuser ses productions en 3D d’ici à la fin de l’année.

Les jeux vidéo veulent aussi populariser la 3D. Des outils comme les moniteurs stéréoscopiques et les casques HMD (pour «head mounted display») sont disponibles depuis quelques années déjà. Mais le nombre d’utilisateurs, comme les supports compatibles avec la 3D, est encore limité. Une modération à laquelle les professionnels du secteur comptent bien remédier. On sait par exemple que Sony met à jour le logiciel de sa PlayStation 3 pour préparer la console aux jeux 3D. Et, les 21 et 22 avril derniers, s’est tenu à Los Angeles le premier salon international spécialement dédié à la troisième dimension, «3-D Gaming Summit».

Comme pour la télévision, la transition exige des amateurs de jeux qu’ils soient prêts à débourser. Pour un passionné de World of Warcraft par exemple, une excursion en 3D dans le monde d’Azeroth exige un ordinateur équipé de la carte graphique adéquate, un moniteur adapté et le casque HMD correspondant. La dépense à de quoi faire frémir nombre d’aventuriers virtuels. Sans compter que l’accoutrement peut décourager. Même Flight Control , un jeu téléchargeable sur l’iPad, la toute récente tablette d’Apple, exige le port de lunettes spéciales. Le groupe Applea d’ailleurs récemment fait patenter un modèle de lunettes 3D pour l’iPad, compatible aussi avec l’iPod et l’iPhone.Pour limiter les coûts et le possible inconfort, les entreprises tentent de minimiser l’équipement. Pour la version 3D de sa nouvelle console DS, Nintendoplanche sur une solution qui ne nécessitera pas de lunettes. Le produit promet, selon Reggie Fils-Aime, patron de Nintendo USA, d’être «le plus important depuis le lancement des consoles portables en 2004». Le groupe Sharp travaille également sur un écran 3D pour terminaux mobiles «sans lunettes», avec filtre incorporé.

Ainsi, entre simplification des outils et à terme baisse des prix, la 3D devrait séduire une majorité de joueurs. Selon la firmeInsight Media, le nombre de supports jeux compatibles à la 3D devrait passer de quelques milliers aujourd’hui, à plus de 40 millions d’ici à 2014.

Le renouvellement des Médias

Même les médias «traditionnels» s’éprennent de la 3D. Ainsi, des magazines, comme l’américain Esquire ou le britannique Grazia , ont cherché à dépasser les limites imposées par le papier. Leur méthode? L’impression d’une forme particulière de codes-barres qui, une fois scannée, active un programme préalablement téléchargé sur PC par le lecteur. De quoi donner au terme de «nouveaux médias» une signification toute particulière.

Si la 3D emballe le public, elle suscite aussi de nombreuses critiques. Trop chère disent les uns. Un simple gadget juge les autres. Quelques analystes sceptiques estiment même, contre les consensus, que la 3D ne suscitera qu’une fièvre temporaire. Difficile évidemment d’évaluer qui, des enthousiastes ou des réticents, l’emporteront. Mais comme l’a écrit Jim Dorey, auteur du blog spécialisé Marketsaw, «ceux qui ne voient dans la 3D qu’un gadget inutile pourraient être les derniers individus à affirmer que la terre n’est pas ronde».

 

CHIRURGIE

Les Organes en 3D Les technologies médicales sont également concernées par la 3D. Richard Breiman, radiologiste à l’Université de San Francisco, planche sur la technologie 3D utilisée par les studios Pixar. Cette dernière peut assembler les images réalisées à partir d’un scanner CT (computerized tomography) pour recréer un volume. L’image en 3D ainsi obtenue permet une manipulation virtuelle de la représentation de l’organe. Le résultat est si fiable que Richard Breiman estime qu’à terme les images en 3D pourraient rendre les chirurgiens obsolètes: «Programmez l’image pour les robots et laissez la technologie de pointe faire le reste.»

 

HOLOGRAPHIE

La troisième dimension du futur A l'avenir, la 3D pourrait s’inviter aussi sur votre lieu de travail, lors de réunions, grâce à la technologie holographique qui fait apparaître un interlocuteur distant. Cette dernière a déjà été utilisée à plusieurs occasions: lors de téléconférences, comme celle donnée par John Chambers de Ciscoentre la Californie et Bangalore, par exemple, ou au cours d’un défilé de mode d’Alexander McQueen, qui montrait l’hologramme deKate Moss. La chaîne CNN est même parvenue à intégrer, le soir de l’élection présidentielle 2008, l’image holographique d’intervenants dans une émission filmée en direct. La technologie n’est pas encore utilisée à large échelle. Mais on peut imaginer qu’un jour vous n’aurez plus rendez-vous avec votre patron, mais avec son hologramme.

 

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."