Bilan

L’Afrique vit déjà à l’ère du numérique

Brûlant les étapes, le plus vieux des continents a donné naissance à une économie florissante dans les services reposant sur la téléphonie mobile.

Au Kenya, iCow aide les petits paysans à soigner le bétail en facilitant l’accès aux conseils de spécialistes. 

Crédits: Martin Storey

En 2016, l’Afrique est déjà de plain-pied dans l’ère du numérique. De l’Afrique du Sud au Kenya en passant par le Nigeria et le Ghana, des start-up se créent par centaines dans le commerce, l’informatique, l’agriculture, l’éducation, l’énergie ou encore la santé. Deux firmes nées il y a presque

dix ans se posent en modèles sur le continent. Ushahidi, la plate forme kényane d’alerte citoyenne née en 2008 et M-Pesa, active depuis 2007, le système de paiement mobile de l’opérateur kényan Safaricom, lié à l’opérateur britannique Vodafone. Côté boutiques en ligne, la firme Africa Internet Group, contrôlée à 20% par la holding allemande Rocket Internet (Zalando), a lancé avec un succès fulgurant les sites d’e-commerce Jumia, Carmudi, Kaymu. 

Simultanément, pépinières d’entreprises et espaces de coworking se multiplient. L’incubateur et école d’entrepreneuriat Mest (2008) pour le Ghana et le Nigeria et ImpactHubAccra dans la capitale ghanéenne ont quant à eux ouvert respectivement en 2008 et 2013. Erik Hersman, l’un des fondateurs d’Ushahidi, a créé en 2010 Investors Hub (Ihub) au Kenya avec le soutien de Google.

Avec son programme Google for Entrepreneurs, le leader multimédia a déployé plusieurs «tech hubs», de Johannesburg, en Afrique du Sud,  à Kampala, en Ouganda, afin de créer des communautés autour de l’innovation. Le folklore de la culture geek s’est rapidement installé, avec des «hackatons» sous l’égide d’IBM ou de BBC World Service, des conférences TED ou une Startup Week à Lagos (Nigeria). Ces événements sont financés par des fondations, des gouvernements ou de grandes compagnies. 

«Cette effervescence est le résultat d’une combinaison d’éléments, constate Danièle Rod, qui représente l’EPFL à Pretoria (Afrique du Sud). La pénétration de la téléphonie mobile progresse de manière fulgurante sur tout le continent et autorise une multitude de développements. L’offre de bande passante a été dopée par l’installation d’infrastructures le long de la côte africaine à l’occasion de la Coupe de monde 2010. L’Afrique
du Sud a aussi beaucoup investi dans les capacités internet en vue d’un projet international de radioastronomie, le Square Kilometre Array, ainsi que pour réduire sa dépendance envers la production de matières premières. En outre, l’économie résiste plutôt malgré les fluctuations récentes. On sent dans la population un esprit d’ouverture, de l’ambition et un grand dynamisme.»

L’Afrique anglophone à l’avant-poste 

Les principaux hubs technologiques se cristallisent en Afrique du Sud, au Kenya, en Tanzanie, au Rwanda, au Nigeria, au Ghana. Le Sénégalais Amadou Mahtar Ba, cofondateur en 1999 d’allafrica.com, la première plateforme africaine d’informations, déclare au Monde Afrique: «Ce n’est pas un hasard si ce sont des pays de langue anglaise. En Afrique comme partout ailleurs, la langue de l’innovation est l’anglais. Les MOOCs, ces modules d’enseignement vidéo, sont disponibles en majorité dans cette langue. La culture francophone semble moins réceptive aux possibilités ouvertes par l’économie numérique.»

Une fois que la machine à innover est embrayée, des applications fleurissent dans tous les domaines. Au Kenya, iCow aide les petits paysans à soigner le bétail en facilitant l’accès aux conseils de spécialistes. Au Ghana, le système d’alerte Hei Julor permet de combattre les attaques armées. Un service de l’opérateur Econet permet de surveiller des patients à distance au Zimbabwe. Sans oublier toutes les déclinaisons du concept Uber: à Kumpala (Ouganda), l’application Yoza fonctionne sur le même modèle pour offrir des services de blanchisserie.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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