Bilan

«Je veux pousser les startups à l’action»

Marc Thurner veut dynamiser la région neuchâteloise. Il a participé à la mise en place d’un réseau d’une quarantaine d’entrepreneurs qui soutiennent les jeunes pousses innovantes.

Marc Thurner: «Je rêve de lancer un fonds de capital d’amorçage» pour startups.

Crédits: Guillaume Perret/Lundi13

Marc Thurner a deux casquettes. Serial entrepreneur, il est à la tête de la startup mimiX BioTherapeutics et chapeaute également, depuis octobre 2019, un nouveau programme neuchâtelois d’incubation pour startup, baptisé «Transformation by Action». Quelques jeunes pousses en bénéficient déjà (lire l’encadré ci-contre).

En quoi votre programme «Transformation by Action» est-il nouveau par rapport à ce qui se faisait déjà au sein du pôle d’innovation Microcity?

Jusqu’à présent, nous proposions des surfaces de location, du coaching et des prestations administratives. Désormais, nous cherchons à développer une culture entrepreneuriale en stimulant la créativité, la prise de risque et la volonté de voir grand. L’ADN de notre programme est de pousser à l’action.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement?

Nous avons mis en place un réseau d’une quarantaine de coachs entrepreneurs de la région qui soutiennent les startups grâce à leur expérience de terrain, aussi bien dans la robotique, l’horlogerie, les semi-conducteurs ou les sciences de la vie, par exemple. Toutes les startups qui intègrent notre programme d’incubation – pour ce faire, elles doivent passer une étape de qualification – se voient attribuer un ou deux coachs entrepreneurs qui les appuient et les challengent.

Combien de startups sont-elles actuellement incubées dans votre programme?

Notre objectif est de gagner en qualité et pas en quantité. Actuellement, nous avons douze sociétés dans le programme et douze autres sont au stade de préqualification. Outre le coaching, elles ont également droit à différentes prestations de soutien. Nous les subventionnons sur le loyer, le dépôt de brevet, l’étude de marché, les aspects légaux ou les ressources humaines.

Les startups ont surtout besoin d’argent. Est-ce dans vos objectifs de créer un fonds de capital-risque?

Je rêve de lancer un fonds de capital d’amorçage. On y travaille. Les startups ont besoin d’argent, oui, mais pas que! D’être épaulées par des experts qui se sont déjà brûlé les doigts leur permet d’éviter certains apprentissages douloureux qui souvent coûtent cher. L’accès à l’expérience est une réelle valeur.

Quels secteurs cherchez-vous à développer?

Le canton possède une longue tradition dans la microtechnique, l’industrie manufacturière et l’horlogerie. L’écosystème startup offre une excellente opportunité pour diversifier ce terreau de compétences technologiques. L’objectif est de créer de la valeur locale avec un potentiel de scale-up internationales et cela en diversifiant les domaines d’innovation. Il s’agit de s’intéresser à une nouvelle génération d’entrepreneurs et de faire émerger de nouveaux secteurs, notamment dans le numérique, mais aussi l’économie circulaire. Quelques startups sont d’ailleurs déjà actives dans ce domaine, à l’exemple de Quambio, HopVrac ou Infrascreen.

Ingénieur en microtechnique, vous avez fondé regenHU (bioprinting) en 2007, Vivos Dental (biomatériaux) en 2012 et mimiX biotherapeutics (biomédical) en 2019, en partenariat avec la Fondation AO. Quels conseils avez-vous envie de transmettre aux startups?

De l’apprentissage de ces expériences entrepreneuriales, j’ai développé ma check-list en 10 points. J’ai appris notamment à ne pas travailler seul, à m’entourer des bonnes personnes, à démarrer avec un prototype ou à être piloté par les résultats.

Vous consacrez une grande partie de votre temps à mimiX. Que développe votre startup?

MimiX conçoit des instruments d’ingénierie tissulaire basés sur une technologie de biofabrication innovante développée au sein du AO Research Institute à Davos par Tiziano Serra. Tiziano a eu l’idée d’utiliser des ondes sonores afin d’orchestrer la formation de tissus. En jouant sur l’énergie transmise par les ondes sonores, nous pouvons contrôler la condensation cellulaire et les motifs afin de mimer le processus de morphogenèse de manière artificielle. Cette technologie a le potentiel de révolutionner la médecine régénérative.


De nouvelles pépites neuchâteloises

Fondée en 2019, la startup Travizory compte déjà 40 collaborateurs. «Nous négocions avec une trentaine de gouvernements.

Ygor Lutz, cofondateur de Travizory. (Crédits: Guillaume Perret/Lundi13, Dr)

La république des Seychelles est notre premier client», note Ygor Lutz, cofondateur de la startup au côté de Renaud Irminger. Travizory a développé une plateforme permettant aux gouvernements d’obtenir directement certaines données des voyageurs (identité, itinéraire, lieu de résidence, résultats de dépistage au Covid-19). L’objectif consiste à gagner du temps et à évaluer le niveau de risque des voyageurs afin d’autoriser ou non leur entrée dans un pays. «L’attente pour entrer aux Seychelles est passée de deux heures à moins de trente minutes.»

Nicolas Schindelholz, de Hub Factory. (Crédits: Guillaume Perret/Lundi13, Dr)

Hub Factory, lancée en 2019, a créé une plateforme d’échanges de compétences professionnelles dédiée aux PME industrielles. «Plutôt que de licencier un collaborateur, son profil est déposé sur notre plateforme. L’employé reste sous contrat de son employeur aux mêmes conditions salariales, mais il pourra travailler pour une certaine durée chez une autre entreprise», explique Nicolas Schindelholz, de Hub Factory, qui a déjà convaincu 37 entreprises.

Nathalie Lesselin, fondatrice et CEO de Kokoro lingua. (Crédits: Guillaume Perret/Lundi13, Dr)

Enfin, Kokoro lingua cartonne avec son dispositif linguistique numérique pour l’apprentissage précoce de l’anglais. Elle propose des vidéos destinées aux 3 à 8 ans dont les enseignants sont des enfants. «Nous sommes en expansion à l’international», se réjouit Nathalie Lesselin, fondatrice et CEO. Aujourd’hui, 50 000 enfants suivent déjà son programme.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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