Bilan

Irréductibles Suisses face aux GAFA

Infomaniak propose des solutions et services informatiques pour particuliers et entreprises. Leur public-cible: le même que celui qui utilise les outils de Google. Rencontre au siège de l’entreprise à Genève.

Crédits: Infomaniak

Un fan de pop-culture se sentirait comme chez lui au sein d’Infomaniak. Les locaux assument parfaitement le «nerd». A l’entrée, un Hulk géant accueille les visiteurs. Plusieurs salles de réunions voisinent: une d’entre elles ressemble à un vieux salon vintage. Une autre ne ferait pas tache au sein de Buckhingam Palace.

Tout un univers qui représente bien Infomaniak. L’entreprise genevoise est notamment présente sur le marché des hébergeurs. «C’est un peu Dallas» rigole Boris Siegenthaler (CEO). Le secteur est soumis à de fortes pressions. Petit à petit, les rares qui restent se font racheter par les grands. Y compris par les Genevois d’Infomaniak ? «Nous en avons racheté un» précise le patron.

Boris Siegenthaler est en quelque sorte l’exemple typique du patron suisse un peu idéaliste. S’il a contribué à bâtir une entreprise qui tourne bien, c’est bien parce qu’il ose. Son prochain objectif est de concurrencer Google. La kSuite, d’Infomaniak, comprendra à peu de choses près les mêmes services que la Google Suite : un service d’e-mails, de traitement de texte partagé, de powerpoint, de contacts ou encore de calendrier. Marc Oehler, Chief Operating Officer (COO) au sein d’Infomaniak, présente les différentes fonctionnalités de la version bêta. Plutôt que d’utiliser une solution propriétaire comme Google Docs, Infomaniak s’est porté sur Onlyoffice qui propose plus de fonctionnalités et respecte mieux la vie privée. «Il y a notamment une table des matières intégrée» précise Marc Oehler.

La question de la sécurité

Problème récurrent avec les GAFA: ils sont souvent accusés de faire usage des données des utilisateurs. Une commission européenne enquête actuellement sur la question. Elle a demandé aux entreprises travaillant avec Google ce qu’il advient des informations obtenues. Il s’agit encore d’une nébuleuse après différents scandales survenus ces derniers mois. L’assistant audio de Google comme celui d’Amazon ont à leur actif plusieurs frasques.

Pour se prémunir de ce type de scandales, Infomaniak affirme que ses données sont chiffrées. De plus, la firme genevoise a pu développer son image auprès du grand public avec différents services offerts. Le meilleur exemple est celui de Swiss Transfer. Très utilisée par des photographes et vidéastes professionnels, cette plateforme de partage permet aux utilisateurs d’envoyer un fichier allant jusqu’à 50 Go. «C’est une idée de Marc» précise Boris Siegenthaler. Réticent au début, le patron a accepté de sortir cette solution à condition qu’elle soit gratuite et plus puissante «vu qu’on vient tard» glisse-t-il. Résultat: SwissTransfer.com fait de l’ombre à Wetransfer et permet de transmettre de plus gros fichiers gratuitement. «Cela génère un gros trafic, permet de valider la technologie utilisée pour notre futur Dropbox Swiss Made et fait découvrir Infomaniak à de nouveaux utilisateurs» résume Marc Oehler. D’une pierre trois coups donc.

Expansion future

Infomaniak use d’une stratégie d’expansion directe - presque agressive. En engageant vingt personnes de plus en l’espace de quelques mois, Boris Siegenthaler espère atteindre une taille critique. Taille critique qui permet à Infomaniak de continuer à régater au niveau suisse, mais aussi international. Notre objectif n’est pas de réinvestir pour faire des bénéfices, mais de rembourser les investissements» précise Boris Siegenthaler. Pour son nouveau data center, l’entreprise genevoise mise aussi sur des valeurs. La chaleur générée par les machines devrait par exemple alimenter le réseau de chaleur du quartier.

Le raisonnement local, les directeurs d’Infomaniak tentent également de l’appliquer au recrutement. C’est cependant plus compliqué. “Nous aimerions créer notre propre filière” révèle Boris Siegenthaler. A l’heure actuelle, l’entreprise genevoise est forcée de chercher ses talents en France, faute de formation suffisante ici. «Ce sont des métiers qui vont très vite. Nous avons besoin de personnes efficaces tout de suite.» affirme le patron.

Quant aux locaux, ils sont amenés à changer. «Nous avons déménagé il y a 1 an. Là on perd beaucoup en loyer, nous aimerions être propriétaire.» lance encore Boris Siegenthaler. Le déplacement de la statue géante de Hulk, des cartons de Nerf guns et des bornes d’arcade attendra un peu, le temps peut-être de se greffer aux projets genevois en préparation.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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