Bilan

Internet partout et tout le temps

L’arrivée de la quatrième génération de télécommunications et les formidables possibilités de calculs du «cloud computing» annoncent une vague d’innovations renversantes dans l’utilisation de l’internet mobile.

Vous connaissez sans doute Wikipédia, l’encyclopédie en ligne écrite par ses utilisateurs. Mais connaissez-vous Migipedia? Migros a lancé l’été dernier cette encyclopédie de ses produits ouverte à une communauté d’environ 5000 membres qui commentent la saveur d’une glace Jane & Mary’s ou notent l’efficacité d’une eau de Javel. Pour quelle utilité?

Officiellement, le grand distributeur s’est rendu compte qu’une partie de sa clientèle partage sur des sites communautaires des avis sur ses produits. «Nous avons alors voulu leur donner le moyen de le faire plus facilement tout en diffusant des informations supplémentaires», précise Martina Bosshard, porte-parole du géant orange. Un gros effort si l’on songe que Migros n’avait pas de bases de données consolidées des photos et des informations des 30 000 produits de son assortiment national et qu’elle en a déjà scanné 5000. Chez kooaba, une start-up zurichoise, Herbert Bay a sa petite idée sur ce qu’il sera possible de réaliser avec de telles bases de données et des smartphones aux capacités Internet boostées par ce que le monde des télécommunications appelle la LTE (Long Term Evolution, lire encadré ci-contre), autrement dit une bande passante décuplée. Des foules pour remplir les bases de données

Sur la base de ses travaux dans la reconnaissance d’images à l’EPFL puis de son doctorat à l’EPFZ, Herbert Bay a créé kooaba pour commercialiser des logiciels comme Paperboy. Avec cette application téléchargeable sur un smartphone, il suffit de photographier une page de magazine pour la reconnaître. La base de données renvoie ensuite des informations qui augmentent le contenu, par exemple une vidéo. Kooaba search, une autre application de Kooaba, utilise la reconnaissance d’images à la façon de Google Goggles ou de Nokia Point and Find. Elle compare une photo prise avec un smartphone aux données d’Internet afin de la légender automatiquement. «Cela répond aux besoins de classement de la masse de photos numériques que nous prenons», explique l’entrepreneur.

Tout cela, c’est maintenant. Demain, Herbert Bay prévoit d’aller beaucoup plus loin. Il donne l’exemple de la photo prise avec un smartphone d’un produit qui vous intéresse. «Avec les capacités de traitement du cloud computing (des serveurs qui se chargent d’effectuer les gros calculs statistiques avant d’en envoyer les résultats sur le terminal: ndlr), votre portable vous dira que ce produit est disponible trois rues plus loin avec un rabais de 20%.» Un moyen d’effectuer des achats pour lequel «les logiciels sont prêts». «Néanmoins, son décollage est limité par le référencement de tous les objets dans des bases de données et des réseaux de télécommunications mobiles capables de traiter autant d’informations.» Le déploiement des réseaux mobiles de quatrième génération indique que ce dernier obstacle n’est pas là pour durer. Le crowdsourcing, qui met les utilisateurs à contribution, comme dans le cas de Migipedia ou celui de Vivino (un site qui pousse à photographier des étiquettes de vin au travers de concours), suggère que la numérisation du monde physique va avancer aussi vite que la mise à disposition de ces informations en tout lieu et tout temps grâce aux portables.

 

NOKIA Le finlandais travaille sur l’échange instantané d’informations entre utilisateurs.

 

Le natel qui traduit

La puissance du cloud computing et des réseaux LTE ne se destine pas qu’aux images. L’application Dragon Dictation indique les possibilités pour la voix. Ce programme permet de dicter à un smartphone un SMS ou un twitt. Il utilise la puissance de serveurs à distance qui comparent des milliers de voix, d’intonations ou d’accents afin de transformer la parole en écrit. De son côté, Microsoft Research développe le programme RealTime Phone Conversation. Il traduit en temps réel le langage de celui qui s’exprime dans la langue de son interlocuteur au bout du fil. Certes, il y a encore un temps de latence entre la phrase prononcée et celle traduite. Mais, là encore, le mariage de la puissance de calcul du cloud computing et de la vitesse des nouveaux réseaux devrait déboucher sur une commercialisation.

Au Nokia Reserch Center du nouveau quartier de l’innovation de l’EPFL, Juha Laurila et Valtteri Niemi misent aussi sur ce décuplement de la puissance des smartphones. «Nous cherchons à comprendre le contexte dans lequel évoluent les utilisateurs afin de personnaliser leur expérience», résume Juha Laurila. Les chercheurs de Nokia ont commencé à transformer les calendriers de nos smartphones pour les rendre plus personnels, par exemple en les  synchronisant partiellement avec ceux des membres de notre réseau social ou avec des services que nous utilisons de manière récurrente. Le fabricant finlandais travaille aussi sur un concept de communautés instantanées afin que des gens ayant un même centre d’intérêt partagent momentanément des informations. Durant un match de football, l’utilisateur qui a réussi à prendre la meilleure photo d’un but pourra la partager immédiatement avec les autres supporters.

«Il est essentiel que de telles applications garantissent la sphère privée des utilisateurs, prévient Valtteri Niemi. C’est la raison pour laquelle nous partons d’un concept de privacy by design afin d’encrypter les données au niveau des serveurs et des réseaux.» Là encore, une exigence qui devient possible grâce à la puissance du cloud computing associée aux nouveaux réseaux à très haut débit.

 

JUHA LAURILA ET VALTTERI NIEM Les deux ingénieurs de Nokia cherchent à personnaliser l’utilisation des mobiles.

 

 

LA LTE DEMARRE EN SUISSE Le constat En 2000, les opérateurs télécoms surendettés donnaient l’impression d’avoir investi dans des capacités de télécommunications surdimensionnées. Dix ans plus tard, ces infrastructures sont saturées. En Suisse, le volume de données transmises sur le réseau de Swisscom double tous les sept mois, essentiellement à cause des smartphones connectables à Internet.

Le déploiement Pour faire face à cette croissance, l’opérateur national teste depuis septembre à Granges, dans le canton de Soleure, un réseau Long Term Evolution capable d’atteindre un débit de 100 mégabits par seconde, soit trente fois plus que ce que l’on trouve couramment aujourd’hui (3,6 Mbits/s). Le déploiement de la LTE devrait débuter en 2011 avec d’ici là une montée en puissance des réseaux existants.

 

ENERGIE

L’EPFL explore le côté noir du silicium Les chercheurs lausannois s’attaquent à l’explosion de la consommation énergétique des centres de données. Où cela s’arrêtera-t-il? La consommation des datacenters américains est déjà équivalente à celle de l’ensemble des ménages suisses. Cela pose un problème énergétique que Babak Falsafi, professeur au Laboratoire d’architecture des systèmes parallèles de l’EPFL, pose en ces termes: «La loi de Moore prévoit le doublement de la puissance de calcul des ordinateurs tous les deux ans mais ne s’applique pas à leur consommation. L’alimentation des puces a baissé de 5 à 1 volt mais on n’arrive pas à descendre au-delà pour des raisons physiques.»

Les chercheurs de l’EPFL explorent cependant une solution susceptible de diminuer par cent l’énergie nécessaire aux ordinateurs. «Au lieu d’un unique processeur à tout faire, la puce est conçue avec assemblage de circuits spécialisés. Seuls les cœurs effectivement sollicités sont alimentés et les autres désactivés», explique le chercheur. A partir du printemps prochain, cette piste, dite du «computing with dark silicon», sera explorée sur le campus dans le cadre du «EcoCloud centre de recherche».

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