Bilan

Internet et médias: ce que nous réserve 2014

Trois tendances marqueront l’internet, les technologies et les médias: l’avancée du Big Data, la reprise en main de Big Brother et la prolifération des monnaies virtuelles, comme le bitcoin.
Face à l’énorme quantité de données, des outils spécifiques d’analyse doivent être mis au point. Crédits: Dr

Le monde de l’internet n’a jamais évolué aussi rapidement. La convergence des médias que l’on nous promet depuis des années devient une réalité: chaque téléphone cache un véritable ordinateur; une tablette est une télévision, un baladeur une radio, une liseuse remplace une bibliothèque.

Les journaux ne se lisent plus sur papier et la télévision partage avec bien d’autres écrans l’attention des habitants de nos chaumières. Pour le meilleur et pour le pire, diront certains, rares sont les activités commerciales courantes ou les inter-actions de la vie quotidienne qui n’ont pas leur pendant «online».

Toutes nos données sont maintenant stockées dans des espaces virtuels «quelque part dans les nuages», et les moyens de paiement en ligne deviennent monnaie courante.

Dans ce foisonnement accéléré d’innovations, nous avons retenu trois tendances qui marqueront l’internet, les technologies et les médias en 2014.

Big Data – Le meilleur et le pire
 

Il n’existe pas de définition uniforme du Big Data – la data masse en français. La notion découle de l’augmentation astronomique de la quantité d’informations générées par nos sociétés «connectées».

On estime que 90% des données disponibles à travers le monde ont été créées ces deux dernières années. Désormais, c’est en zettabytes (soit 1 000 000 000 000 de gigabytes) qu’il faut compter les informations provenant de l’écosystème de bases de données interconnectées que représente la toile.

Dans de telles proportions, les systèmes actuels de collecte, de traitement et de sauvegarde des données ne fonctionnent plus. Des outils spécifiques d’analyse doivent être mis au point, d’autant plus que l’immense majorité des informations ne sont pas structurées ni accessibles au sein de bases de données logiques qui pourraient les répertorier, les filtrer et les comparer.

C’est là tout le défi du Big Data. Et 2014 sera certainement l’année des premières applications pratiques à grande échelle de ces nouveaux outils. Ceux qui parviendront à isoler les informations pertinentes du déluge interrompu de données issues de la masse, puis à les exploiter, pourront valoriser leur technologie.

Monsanto a annoncé cet automne avoir déboursé un peu plus d’un milliard de dollars pour mettre la main sur une des sociétés «pionnières» du Big Data, The Climate Corporation, qui permet de calculer des primes d’assurance pour des agriculteurs en se basant sur l’analyse de données météorologiques et climatiques.

Ce n’est que le début. D’autres applications du Big Data sont à portée de main: analyse en temps réel de tendances de vote, prédictions des embouteillages dans les mégapoles, anticipation du comportement d’une foule, diagnostics médicaux pointus…

Quelles seront les conséquences de cette analyse permanente et en temps réel des faits et gestes des consommateurs et des citoyens sur leur libre arbitre et leur liberté individuelle? Certes, le Big Data nous permettra – nous assure-t-on – d’optimiser nos déplacements, de payer un meilleur prix pour nos denrées et de réduire les risques d’accident et de maladie.

Mais pour ce faire le Big Data doit se nourrir de bribes d’informations sur nos comportements et nos habitudes qui, prises individuellement, restent anodines mais qui, dans leur combinaison et leur comparaison avec d’autres groupes de référence, révèlent notre caractère et notre personnalité…

A cela s’ajoute que la (relative) protection que nous offrent aujourd’hui nos lois en matière de protection des données risque de ne plus être d’un quelconque secours: le Big Data ne s’intéresse pas à vous (autrement dit à vos données personnelles) mais à ce que vous faites. Fondue dans la masse, votre identité n’intéresse personne – ni annonceur, ni gouvernement, ni société.

Ce qui les intéresse, c’est ce que vous consommez, pour qui vous votez. Dans ce cadre, le traitement des données est moins réglementé. En revanche, si votre comportement n’est pas celui que l’on attend statistiquement, il y a des chances pour que vous soyez discriminé.

Big Brother – La reprise en main
 

Les révélations en série du lanceur d’alertes Edward Snowden sur la surveillance massive exercée par certaines agences gouvernementales américaines et occidentales ont surpris plus d’un politicien et dirigeant d’entreprise.

Beaucoup se doutaient cependant de l’existence de tels programmes. C’est surtout l’ampleur de la surveillance exercée qui a surpris, son caractère systématique, la volonté d’utiliser tous moyens possibles pour accéder à des données par de multiples points d’accès.

Comment protéger la confidentialité de données qui doivent circuler d’un point à l’autre du globe si des mouchards sont installés auprès des équipementiers télécoms, des opérateurs réseaux, des plateformes de sauvegarde, de part et d’autre de l’Atlantique et du Pacifique?

Si l’on ne peut compter sur l’Etat pour assurer le secret des communications privées, il semble bien qu’il est tout aussi aléatoire de se fier aux systèmes mis en place par les géants du web qui ont donné parfois accès à des informations confidentielles que leurs clients leur avaient confiées.

Certes, les réactions politiques ont été vives, et le mot d’ordre quasi unanime est maintenant de crypter de bout à bout l’ensemble des communications transitant sur les réseaux. A la bonne heure.

Cela fait des années que les spécialistes de la sécurité préconisent le cryptage des données, et les solutions techniques, si elles existent, n’offrent clairement pas le même confort d’utilisation que les services que nous utilisons aujourd’hui.

Espérons donc que l’électrochoc soit suffisant pour que l’on puisse nous offrir en 2014 une véritable alternative sécurisée aux solutions, par exemple de messagerie, ayant cours aujourd’hui.

Sans oublier que le maillon faible d’un système informatique reste la composante humaine, et que nombre de données sont compromises par la négligence d’un employé qui «clique» sur un message spam, crypté ou pas, sans qu’il soit nécessaire d’échafauder une attaque sophistiquée.

Espérons aussi qu’un autre fléau, certainement plus préjudiciable, soit combattu en 2014 par un renforcement des règles et des sanctions: l’espionnage économique et non plus étatique, et l’atteinte à la réputation des entreprises et des particuliers par la diffusion d’informations erronées ou diffamantes.

Dans les réponses que la société civile doit apporter au problème de la surveillance illicite, il faudrait inclure cette dimension.

Bitcoin – Tout ce qui brille…
 

Bien évidemment, le bitcoin et ses cohortes de «mineurs» s’acharnant à vérifier les multiples transactions «libellées» dans la star des monnaies virtuelles seront au rendez-vous en 2014.

La monnaie a tout pour plaire, et elle a séduit le monde: des origines troubles – personne n’a encore identifié son créateur, un(e) prétendu(e) Satoshi Nakamoto; un destin tragique, puisque la fin du bitcoin est programmée aux alentours de 2141; un cours instable, mais à la hausse; et des braquages de «bourses d’échange».

Personne n’a encore clairement décidé si le bitcoin – et la trentaine de monnaies virtuelles qui existent déjà – était un moyen de paiement légal ou non. On peut en revanche imaginer que les gouvernements ne chercheront pas à interdire cette monnaie, ne serait-ce que pour mieux la contrôler et taxer les transactions financières qui s’y concluent.

En effet, le système est redoutable: il n’y a pas de «coins» ni de Banque centrale, mais seulement des traces de toutes les transactions impliquant la monnaie, vérifiées et vérifiables par l’ensemble de la communauté.

Même s’il n’en prend pas le chemin, le bitcoin mordra peut-être la poussière en 2014, si le système est gangrené par les spéculateurs et la monnaie utilisée surtout à des fins illicites; le gouvernement chinois vient d’ailleurs de publier une mise en garde importante à ce propos, en interdisant également aux banques de procéder à des transactions en bitcoin.

Mais dans tous les cas, les monnaies virtuelles ont un grand avenir, et leur généralisation amènera alors une nouvelle révolution: celle du moyen de paiement universel à moindres frais. 

 

Michel Jaccard

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