Bilan

Intel achète une deuxième start-up de l’EPFL

Après Composyt Light Labs, le numéro un mondial des semi-conducteurs renforce sa présence lémanique avec le rachat de Lemoptix.
  • Nicolas Abelé et Marco Boella ont co-fondé Lemoptix en 2008.

    Crédits: Evard
  • Lemoptix est parvenue à miniaturiser un projecteur laser qui peut s'intégrer dans un smartphone afin de transformer n'importe quelle surface en écran.

    Crédits: DR
  • Associée à celle de Composyt Light Labs, la technologie de lemoptix rend crédible les lunettes de réalité augmentée.

    Crédits: DR

Et de deux. Après l’acquisition de Composyt Light Labs, Intel vient d’acquérir un deuxième spin-off de l’EPFL : Lemoptix. Il y a cependant une différence de taille.

Composyt n’a été créée qu’en décembre 2013, alors que Lemoptix a été fondée en 2008 et emploie près d’une quarantaine de personnes. Cela signifie que la présence du géant américain, qui ne va pas déplacer ces entreprises, va devenir particulièrement significative sur le campus de l’EPFL.

Pour le reste, l’acquisition de Lemoptix est logique. D’une part, comme Composyt Light labs, la société va intégrer la division "New Devices" d’Intel qui prévoit le développement de «wearables ». D’autre part, la complémentarité des deux entreprises qui collaboraient déjà est évidente. En substance, Composyt a développé l’écran et Lemoptix le projecteur. La première a mis au point une technologie de traitement photonique des verres, par exemple de lunettes, qui permet d’afficher des hologrammes dans le champ de vision (le principe de la réalité augmentée). Sur la base de dix ans de recherche au sein du laboratoire du professeur Philippe Renaud à l’EPFL, la seconde est parvenue à miniaturiser, sur une puce, un projecteur laser. Ce dernier a, entre autres, l’avantage de se passer de réglage optique pour diffuser une image de qualité.

Google Glass Swiss made

L’horlogerie suisse produira-t-elle une smartwatch capable de concurrencer la montre connectée d’Apple? C'est la question qui domine actuellement le monde des « wearables ». Or, la surprise pourrait donc bien venir du côté des lunettes. L’association de Composyt et de Lemoptix, renforcée par la puissance financière et commerciale d’Intel  - qui a opéré un véritable Blitzkrieg pour racheter ces deux sociétés - laisse entrevoir la mise au point de lunettes connectées autrement plus efficaces et confortables que feues les Google Glass.

Il y a cependant aussi d’autres applications possibles aux pico-projecteurs de Lemoptix. L’entreprise visait, par exemple, le marché de l’affichage tête haute dans les voitures. Son système de micro-projecteur laser est capable d’ajouter des informations sur le pare-brise, et même sur n’importe quel type de substrat. Il réfléchit ses faisceaux laser rouge, bleu et vert sur un micro-miroir oscillant horizontalement 20 000 fois par seconde et 60 fois verticalement. Ce qui recrée une image pixel par pixel, et ligne par ligne, en haute définition.

Lemoptix est déjà en relation avec le fabricant japonais Hammatsu pour sa production et soutenue par des investisseurs comme le groupe de business angels Go Beyond. Avec Intel, la société offre à l’écosystème de l’EPFL un succès dans un domaine particulièrement difficile: le hardware. C’est de bon augure pour nombre de start-up romandes.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."