Bilan

Grindr, le secret de la drague pour les gays

Destinée aux « gays, bi et mecs curieux », cette application « speed dating » à l’ère de la géolocalisation compte six millions d’utilisateurs dans le monde.
A Genève, près de 15000 utilisateurs se connectent chaque mois sur Grindr. Crédits: dr

« Si vous n’êtes pas sur Grindr, soit vous êtes 100% hétéro, soit vous mentez. » Le New York Village Voice a parfaitement résumé le rôle incontournable que joue aujourd’hui cette application pour smartphone au sein de la communauté gay. Grindr, c’est le speed dating à l’heure de la géolocalisation. Le chemin le plus direct pour les « gays, bi et mecs curieux », selon la formule de la compagnie, pour trouver un partenaire sexuel dans le rayon le plus proche.

Voilà comment ça marche. Grindr affiche sur l’écran une mosaïque de photos: les visages ou les torses plus ou moins musclés des utilisateurs les plus proches de vous. L’application indique qui est en ligne à l’instant même. Un plan chaud s’organise en cinq minutes."A Zurich, il y a en permanence une opportunité à moins de 100 mètres. En revanche, à Fribourg, il faut compter quatre kilomètres”, témoigne Frédéric (prénom d'emprunt), un utilisateur assidu.

Selon les chiffres de Grindr, les utilisateurs actifs en Suisse sont en moyenne 65 400 par mois, dont près de 20 000 à Zurich et 14 450 à Genève. Dans le monde, un million et demi de personnes se connectent chaque jour.

Même au Vatican

Grindr est un phénomène global avec six millions d’inscrits dans 192 pays. Seuls deux des Etats les moins peuplés du monde en sont dépourvus: les îles du Pacifique Sud Tuvalu et Nauru. Mais il y en a au Vatican. Ainsi qu’en Iran, Iraq, Israël et au Kazakhstan. Les plus grandes concentrations d’utilisateurs se trouvent à New York et Londres. Il se dessine ainsi une géographie de la communauté. Les Inrockuptibles ont observé qu’en France, les distances au plus proche contact varient entre 10 mètres dans le Marais à Paris et 10 kilomètres en Moselle.

Grindr permet de faire en théorie aussi des rencontres platoniques. Mais son succès s’explique surtout par la possibilité de s’envoyer en l’air dans un délai imbattable, parfois en rencontrant quelqu’un dans le même bâtiment. Et en déplacement, l'application représente le moyen le plus pratique d’établir un contact avec la population locale et optimise les opportunités de rencontre, même pour les plus timides. Même celui qui ne s’est pas créé de profil peut savoir qui se trouve dans son périmètre.

Les premières victimes de Grindr sont sans surprise les bars gays et autres lieux de rencontres. A Zurich, une institution comme le “T und M” fondée par Thomas Kraus - alias Tamara - il y a 25 ans a ainsi fermé ses portes au début de l’année.

Un « radar » à gays

C’est Joel Simkhai, diplômé en relations internationales et économie de l’Université de Tufts en Israël, qui a lancé Grindr en 2009 avec 5000 dollars d’économie. Après avoir travaillé dans la finance et le marketing direct, il a eu l’idée de Grindr car, comme tout gay, il rêvait de pouvoir identifier à coup sûr autour de lui qui est homo et qui ne l’est pas. Son application a pour vocation de servir de «gaydar».

Basée à Los Angeles, l’entreprise emploie une quarantaine de personnes dans le monde. Grindr existe en version gratuite et en version payante, exempte de pub, qui montre davantage d’inscrits et offre plus de fonctionnalités comme des notifications push. Quelque 75% du chiffre d’affaires proviennent des abonnements et les 25% restants de la publicité. “Grindr génère un trafic formidable et dirige quantité d’utilisateurs vers des bars, des clubs ou des fitness locaux”, déclare Joel Simkhai à PCMag.

Fort de cette formule, le fondateur a lancé en 2011 Blendr, la version hétéro de Grindr, qui ne crée toutefois pas le même engouement. Moins offensives dans leur vie sexuelle, les femmes sont en effet difficiles à amener sur ces supports. Un problème récurrent pour les sites et applications spécialisés dans les rencontres.

 

 

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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