Bilan

Green Motion change de modèle d’affaires

Portée par son transfert de technologie réussi en Chine, la jeune pousse vaudoise veut déploier ses propres bornes de recharge pour véhicules électriques à travers toute la Suisse.

François Randin, CEO de Green Motion. 

Crédits: François Wavre/lundi13

Qu’est-ce qui retient la plupart des acheteurs de voiture d’investir dans un modèle électrique? Ni le prix ni le fait de changer leurs habitudes. Mais bel et bien l’angoisse de la panne. «Le principal frein à l’achat, c’est le manque d’équipements publics de recharge!», assène François Randin, CEO de Green Motion, en se basant sur une étude récente de l’Université de Saint-Gall. Second constat établi par l’entrepreneur: «Le cycle de décision est beaucoup trop lent dans le secteur public.» Résultat: la jeune PME spécialisée dans les bornes de recharge de véhicules électriques a changé son modèle d’affaires. Au départ, elle prévoyait de vendre ses bornes aux entreprises et aux collectivités. Désormais, elle ne leur demande plus d’argent. Mais juste un emplacement.

«Nous avons décidé d’investir 20 millions de francs pour construire un réseau public, EVpass, basé sur un système de concessions», détaille François Randin. Comprendre: la collectivité met à disposition gratuitement des emplacements de parking que Green Motion équipe de A à Z avec ses chargeurs. Le fort investissement initial – 5000 à 6000 francs par borne en comptant la signalétique –
est permis par une brillante opération réussie en 2016 par Green Motion: la revente de sa technologie pour plusieurs dizaines de millions de francs à l’entreprise Zhongding qui l’installera sur le marché chinois. Les bornes doivent aussi être rentabilisées au bout de quelques années à partir de la différence entre le prix de l’électricité achetée et celle facturée au consommateur. 

Au final, la collectivité dispose d’un nouveau service pour ses usagers sans débourser le moindre centime, et l’entreprise est «catalyseur de son propre business», puisqu’elle augmente le taux de bornes présentes dans le pays, permettant au final aux utilisateurs de recharger «en continu», au gré de leurs déplacements.

«Depuis 2016, nous avons déployé 300 bornes publiques, 800 dans des parkings d’entreprise, et nous installons aujourd’hui 10 bornes par semaine», se réjouit François Randin, qui table sur un parc de «5% de voitures individuelles électriques», d’ici à 2020, si le taux d’immatriculations actuel se maintient. A ce rythme, Green Motion espère être bénéficiaire dès 2020. «Nous avons la chance d’avoir des actionnaires industriels, et non financiers, qui comprennent qu’un certain temps est indispensable avant de forts dividendes.»  

Parcours du combattant

Une belle victoire, pour la start-up vaudoise fondée en 2009, qui a connu, selon son fondateur, un véritable «parcours du combattant» pour obtenir des financements. «En huit ans, je suis passé par toutes les étapes: j’ai levé 50  000 francs aussi bien que 20 millions, je suis passé à deux doigts de céder mon capital à des investisseurs étrangers qui auraient pu délocaliser ma production. Trouver moins de 500  000 francs, ou plus de 10 millions, c’est faisable. Mais si on a besoin d’une somme entre 1 et 4 millions de francs, c’est le désert. Or, c’est exactement ce montant dont ont besoin les start-up pour grandir.»

L’entrepreneur préconise la création de fonds d’amorçage conditionnés. «Les banques cantonales ou caisses de pension devraient investir 10 ou 20 millions de francs dans deux ou trois entreprises chaque année. A condition qu’elles embauchent des jeunes sortis d’écoles locales et travaillent avec des sous-traitants d’ici. Ainsi, même en cas de faillite, l’argent dépensé resterait injecté dans l’écosystème local.»  

Camille Andres

JOURNALISTE

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