Bilan

Google, ce géant dont le pouvoir fait peur

Le moteur de recherche américain est soupçonné de recourir à des pratiques lui assurant une position dominante.

Les services de la concurrence européens et américains se penchent sur le cas Google. Quand un seul groupe contrôle 40% du marché de la publicité sur Internet aux Etats-Unis – 30 milliards de dollars – et 65% de la recherche en ligne, l’administration sort l’artillerie lourde. Google a vécu de nombreuses péripéties cette année. En février, les autorités européennes en charge de la concurrence ont ouvert une enquête pour déterminer si la société américaine utilisait ses résultats de recherche en ligne pour favoriser ses propres services au détriment de ceux de ses concurrents. En juin, la Federal Trade Commission aux Etats-Unis a mis son nez dans les relations de Google avec les fabricants de téléphones portables fonctionnant sur son système d’exploitation Android. Il s’agit de voir si le géant n’empêche pas ces fabricants d’utiliser d’autres moteurs de recherche. En août, l’attorney général du Texas s’est joint à son tour aux enquêtes. Le 21 septembre, le président de Google, Eric Schmidt, a été appelé à témoigner devant la sous-commission du Sénat chargée de la concurrence. Une audition intitulée «Le pouvoir de Google: au service du consommateur ou au détriment de la concurrence?» Google au service du consommateur, drôle de question. Le succès de Google repose précisément sur la volonté de fournir aux consommateurs ce qu’ils veulent mieux et plus vite que toute la concurrence. Et gratuitement, en plus! Comme des millions d’autres, je me félicite plusieurs fois par jour de pouvoir profiter de ces services. En ce qui me concerne, il y a belle lurette que je ne m’inquiète plus de la quantité fort gênante d’informations que Google collecte à mon sujet grâce à la puissance de feu combinée de Gmail, Google Search, Google Reader, Google+ et autres Google bidules. Le critère décisif pour moi? Le prix – égal à zéro.

Comme Microsoft?

Jusqu’à présent, le fait que Google se dispense de me tondre la laine sur le dos(façon Microsoft) me faisait douter de la pertinence de l’application des lois antitrust à ce géant de l’Internet. Au bon vieux temps du duel épique qui opposa le Ministère de la justice du gouvernement Clinton à Microsoft, mon point de vue était tout autre. Dans les années 1990, une société spécialisée dans les nouvelles technologies exploitait sans vergogne sa position dominante sur le marché des systèmes d’exploitation pour PC afin d’écraser la concurrence et de favoriser ses propres produits. Aujourd’hui, une société spécialisée dans les nouvelles technologies est soupçonnée d’exploiter sa position de numéro un sur le marché des moteurs de recherche pour... faire exactement la même chose. Dans le cas de Microsoft, le Ministère de la justice a abandonné les poursuites après l’arrivée à la présidence de George W. Bush. Et Microsoft a fini par perdre sa suprématie sur l’écosystème high-tech, non sur la pression des autorités mais parce que certains de ses concurrents, comme Apple, ont proposé de meilleurs produits et que de petits parvenus, comme Google, ont su saisir les occasions qu’offrait le Web de capter l’attention des consommateurs. Difficile de rester numéro un à l’ère d’Internet. Certes, Google prêche pour sa paroisse en assurant que les utilisateurs «peuvent changer en un seul clic», mais cela n’en reste pas moins vrai. Pour Google, Facebook est à lui seul un concurrent plus menaçant aujourd’hui que Microsoft n’en a jamais connu à son âge d’or. Cependant, la surveillance et la pression constante des autorités de régulation n’en sont pas moins souhaitables. Le marché de la recherche en ligne offre sans cesse de nouvelles occasions de faire quelque mauvais coup. Pour ne prendre qu’un seul exemple récent, deux jours seulement avant l’audition d’Eric Schmidt, Google annonçait le lancement d’un nouveau produit, Google Wallet («Google portefeuille», un porte-monnaie électronique sur les téléphones portables). Il y a fort à parier qu’à plus ou moins court terme, la plupart des smartphones proposeront ce type de services. Car si l’idée ne fait pas rêver les consommateurs, les publicitaires et les moteurs de recherche en raffolent.

Voilà comment pourrait fonctionner Google Wallet. Vous êtes à San Francisco et flânez dans Chinatown en quête d’un pendentif représentant Bouddha. Vous sortez alors votre téléphone sous Android et tapez «pendentif Bouddha» dans Google. Votre téléphone équipé d’un GPS sait exactement où vous vous trouvez et Google Maps affiche une liste de magasins des environs qui proposent plus de pendentifs du Bouddha que vous n’en porterez. Mieux encore, une publicité apparaît en haut de votre écran pour vous proposer une remise si vous achetez votre Bouddha au Bouddharama du coin. Quelques minutes plus tard, vous passez votre Google Wallet devant un petit bouddha équipé d’un code-barres et cliquez sur le bouton «passage en caisse». En tant que consommateur, le principe me semble plutôt astucieux. Si j’étais publicitaire, je serais enchanté de pouvoir cibler ainsi les activités hors ligne du consommateur. Mais les problèmes potentiels ne manquent pas non plus. Quelles publicités vont s’afficher, quels magasins seront mis en avant? Et que se passe-t-il si l’échoppe possédant le meilleur choix de pendentifs Bouddha à petit prix ne paie pas son tribut publicitaire à Google?

L’exemple de Google Maps

L’intégration de services Google à son moteur de recherche fait incontestablement du tort à certains de ses concurrents. Google Maps en est une illustration édifiante, qui a afit s’effondrer le service MapQuest de Yahoo. Plus les frontières vont devenir floues entre recherche d’informations, publicité et consommation, plus les occasions de dépasser les bornes seront nombreuses. Serait-ce dans mon intérêt que le guide de bonnes adresses Yelp, le moteur de recherches touristiques Kayak et le comparateur de prix Shopzilla connaissent tous le sort de MapQuest? Sans doute pas. Moralité? Jeter Google aux orties n’a pas de sens, pour l’heure en tout cas. Le tenir à l’œil, c’est en revanche une nécessité.

Revue de presse avec Courrier International

Crédit photo: Evaristo Sa/AFP

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