Bilan

Genève, au coeur des enjeux sécuritaires

Soutenue par l’état genevois, une conférence va poser en septembre les jalons d’une réflexion internationale sur les risques, les solutions de défense et les normes à édicter. Rencontre avec le conseiller d’état pierre maudet.
  • Pierre Maudet veut positionner son canton «comme un hub où des industriels auront un intérêt à venir développer leur technologie».

    Crédits: Salvatore Di Nolfi/Keystone
  • Drone antidrone, équipé d’un filet, utilisé par la police de Tokyo.

    Crédits: Dr

Il n’a pas échappé au conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet que les drones représentent un enjeu central, sur les plans tant économique, réglementaire que sécuritaire. Le ministre de l’Economie et de la Sécurité a répondu à nos questions.

Vous vous intéressez de près au secteur des drones et avez soutenu l’organisation d’une conférence internationale à ce sujet. Pourquoi?

La stratégie validée par le Conseil d’Etat en juin 2017 consiste à montrer que c’est à Genève que la question des drones se discute, en matière de débouchés aussi bien civils et militaires. Au plan civil, il y a plus de débouchés concrets dans l’immédiat, quand bien même c’est par le canal militaire qu’on investit le plus pour le développement des drones au plan international.

L’innovation n’est pas seulement le fait du secteur privé, mais aussi du secteur public. J’aimerais contribuer à faire de Genève le lieu où, à la faveur du drone, le public et le privé se rencontrent, les enjeux sécuritaires, normatifs et économiques se rassemblent. Car le drone a fait une entrée fracassante dans le domaine sécuritaire. Le Grand Conseil a récemment voté un crédit de 5,6 millions de francs pour de nouveaux équipements pour la police genevoise, incluant l’acquisition d’un drone. C’est un outil qui peut nous permettre d’améliorer la sécurité, mais contre lequel on doit aussi apprendre à se prémunir.

Justement, les drones peuvent aussi représenter une menace pour la sécurité. Est-ce une priorité?

Il est essentiel de développer les nouvelles technologies qui nous permettent de lutter contre les drones présentant une menace à la fois en lien avec la délinquance, la criminalité ou le terrorisme. Il s’agit, par exemple, de protéger les prisons des drones utilisés à des fins illégales (lire aussi p.11). D’ailleurs, la simple surveillance ou photo non autorisée au-dessus de bâtiments publics ou d’entreprises est déjà un problème.

Qu’en est-il de leur intérêt en tant que secteur économique?

L’enjeu économique est tout aussi important. Pour nous, les drones s’inscrivent dans le projet de création d’un cluster aéronautique romand, annoncé en juin dernier. Et en tant que tels, ils sont un vecteur technologique pour notre industrie et font intervenir des spécialités typiquement suisses, comme la microtechnique. Le potentiel d’utilisation dans l’e-commerce est également immense. La Poste est d’ailleurs en train de tester la livraison de colis au Tessin. Genève est un terreau favorable au développement de cette technologie et aussi s’ouvrire à ce type d’expérience. 

Au plan normatif, quelle contribution peut apporter Genève à l’effort de régulation du secteur?

La stratégie de Genève est d’être le lieu où se discutent et s’édictent les futures normes et les meilleures pratiques en matière de gestion des drones. Il nous importe de stimuler cette réflexion au niveau franco-valdo-genevois, national mais aussi européen. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) existe déjà pour la partie qui concerne les brevets. Pour l’usage des fréquences, il y a l’Union internationale des télécommunications (UIT). Les universités peuvent contribuer aux normes éthiques.

Genève accueille enfin la conférence de septembre «Contrer les drones» durant laquelle les enjeux sécuritaires seront au cœur des discussions. L’UEFA pourrait, par exemple, travailler avec le Canton et d’autres partenaires locaux autour de la sécurité des stades. La sécurité, c’est aussi s’interroger sur ce qui se passerait si des drones venaient à s’écraser. La conférence et la rencontre entre les acteurs permettront à terme de trouver des solutions adéquates (sirènes, parachutes, etc.). A ce jour, 90% des personnes sont raisonnables, mais elles ne connaissent pas les règles existantes. Poser un cadre clair va accélérer l’usage des drones. Dans le futur, les permis, les immatriculations, les assurances devraient s’imposer. 

Mais les réglementations restent légères, à ce jour…

En 2013, il y a eu 67 demandes d’autorisation de police pour manier des drones au niveau cantonal. En 2016, ce nombre était de 467, puis au premier semestre 2017 ce sont plus de 600 demandes qui ont été enregistrées. L’augmentation est exponentielle. Ces dernières années, quelque 100 000 drones ont été acquis en Suisse. Les normes fédérales sont relativement souples et nous n’entendons pas brider le développement de ce secteur.

Notre volonté est d’accompagner l’avènement des drones en créant les conditions favorables avec une stratégie qui compte quatre axes prioritaires et interdépendants: normes, économie, sécurité et rayonnement. En adoptant une posture «drone-friendly» nous positionnons Genève comme un hub où des industriels auront un intérêt à venir développer leur technologie. Les hautes écoles suisses et genevoises ont par ailleurs une prédisposition pour ce genre de technologies.  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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