Bilan

Flexcell, à la recherche d’un nouveau zénith

En ce jour d’hiver, Yverdon-les-Bains ne faillit pas à sa réputation. Comme souvent en cette période de l’année, un ciel de plomb s’étale sur la banlieue industrielle et commerciale qui s’est développée depuis une vingtaine d’années aux portes de la ville. La pluie menace. Difficile d’imaginer, au vu des conditions météo, que le chef-lieu du Nord vaudois abrite le leader européen des panneaux photovoltaïques flexibles depuis près de 6 ans: VHF-Technologies SA, plus volontiers désignée sous sa marque Flexcell. Il suffira pourtant que Detlev Häusler, nouveau patron de l’entreprise vaudoise depuis quelques mois, sorte du bâtiment principal pour que les nuages consentent à laisser passer un timide rayon de soleil, bientôt suivi par une embellie générale.

Nouveau souffle

Symbolique un peu trop évidente? Sans doute. Flexcell a pourtant bien besoin d’un coup de pouce providentiel. Lancée en 2000 en plein boom du marché européen du solaire, avec des taux de croissance annuelle à deux chiffres, la société a chèrement payé le prix de l’effondrement du marché survenu en 2009. Entre surcapacités alimentées par les fabricants chinois, baisse de la demande due au frein des encouragements publics et mauvais résultats de sa maison mère, le groupe allemand Q-Cells, Flexcell se trouve contrainte de réduire la voilure et de couper dans ses effectifs alors même qu’elle venait d’investir 72 millions de francs pour le lancement de sa nouvelle ligne de production. Facétie du destin, cette dernière est installée dans les anciens locaux de Leclanché, un des fleurons historiques de l’industrie yverdonnoise, qui a également connu des années difficiles.

Aujourd’hui, la société se redresse. «Flexcell demeure le seul spécialiste en Europe de l’intégration de cellules photovoltaïques sur supports flexibles, avec un procédé de fabrication unique et plus de 5 ans d’expérience dans la commercialisation», avance Detlev Häusler, nouveau patron depuis le départ d’Alexandre Closset, parti rejoindre Belenos Clean Power, une filiale du groupe Swatch, en juin 2010. Fort de son expérience de consultant et de restructurateur d’entreprises dans les domaines des semi-conducteurs et des composants optiques, Detlev Häusler a migré de Vaduz à Yverdon-les-Bains pour donner un nouveau souffle à la société. Et permettre à cette dernière de trouver une stratégie qui puisse lui permettre de régater sur un marché de quelque 250 millions d’euros dominé par l’américain Unisolar et le japonais Fuji.

Flexcell peut compter sur une technologie innovante, dont le procédé de fabrication a été mis au point dans les laboratoires du professeur Arvind Shah, de l’Institut de microtechnologie de l’Université de Neuchâtel – désormais passé dans le giron de l’EPFL. Elle-même spin-off de l’Ecole d’ingénieurs du Locle, la société a trouvé le moyen de fabriquer des capteurs photovoltaïques sur des substrats souples, comme des textiles, certes avec des rendements énergétiques inférieurs à ceux des panneaux rigides, mais à des coûts de production nettement avantageux. En lieu et place de sandwiches de silicium placés entre deux plaques de verre, comme dans les panneaux traditionnels, les films flexibles de la société yverdonnoise sont composés d’une couche extrêmement fine de silicium amorphe de moins d’un micron. La dépose du silicium ne nécessitant plus de hautes températures, le procédé peut ainsi donner naissance à des tentures, des habits ou encore des sacs à dos sur lesquels les capteurs solaires sont directement intégrés.

Innovations dans la construction

Entreprise technologique par essence, c’est par l’innovation que Flexcell voit son salut. Avec raison: sur le marché segmenté des panneaux photovoltaïques, certains produits plutôt bas de gamme fabriqués en grande partie en Chine représentent une concurrence absolument impossible à battre sur les prix. «Attaquer de front serait une erreur, soutient Detlev Häusler. La seule solution à notre portée est de proposer des produits ciblés sur des applications de niche et à haut potentiel de croissance.» Flexcell place ses plus grands espoirs dans le domaine de la construction. A côté du segment textile, sur lequel les panneaux flexibles ne souffrent d’aucune rivalité de la part des panneaux cristallins traditionnels, Flexcell cherche à séduire architectes et entreprises générales avec des membranes solaires appliquées à la statique particulière de bâtiments, comme des stades ou des constructions à l’architecture innovante. Elle a ainsi remporté au nez de Fuji un contrat avec le groupe Taiyo – bien connu pour le Dôme du millénium, à Londres – pour l’équipement en cellules solaires d’une structure couverte pour la ville de Munich. «Même si nos produits ne soutiennent pas la comparaison avec les panneaux rigides en termes de puissance par m2, ils se révèlent particulièrement bien adaptés à des structures légères et tout en courbes et en rondeurs, du fait de leur faible poids et de leur souplesse. De plus, leur esthétique est bien plus attractive pour les architectes», explique le CEO. Selon ce dernier, ce marché pourrait générer 60 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 5 ans.

La société conserve une autre carte dans sa manche: des capteurs directement intégrés à des surfaces bitumeuses, qui seraient cette fois dédiées à des toitures plates, sous la forme de rouleaux prêts à poser à la place du matériau traditionnellement utilisé pour assurer l’étanchéité des bâtiments. Ce produit, encore en développement avec le groupe belge Derbigum, renforcerait l’intérêt des entreprises de construction pour des solutions solaires flexibles. «Les films sont posés directement sur la surface du bâtiment et ne nécessitent pas de manipulation particulière», assure Detlev Häusler. Ce marché balbutiant pourrait représenter plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2015. D’autres prototypes, avec par exemple avec un grand groupe de construction italien, sont également dans le pipeline.

Flexcell n’a plus d’autre choix que celui de réussir. Rachetée par Q-Cells en 2007, la société n’est plus sous la houlette du groupe allemand, lequel a abandonné sa participation de façon que la société puisse maintenant accueillir un nouveau partenaire stratégique dans son capital. L’entreprise yverdonnoise compte heureusement depuis la fin de l’année dernière un nouvel actionnaire minoritaire avec Mitsubishi Chemical Corporation, qui lui fournit des fonds propres, des contrats jusqu’en 2016 et un accès privilégié au marché japonais. Un partenariat qui devrait, conjugué avec l’émergence des nouveaux marchés, permettre à Flexcell de dégager ses premiers bénéfices.

 

 

Deutsche zusammenfassung

Flexcell kommt wieder auf die Beine

Für Flexcell ist 2009 ein schwieriges Jahr gewesen. Chinesische Hersteller schufen  Überkapazitäten, vielerorts gingen die staatlichen Förderungen der Solarkraft zurück, die deutsche Muttergesellschaft Q-Cells steckte selbst in Schwierigkeiten. Flexcell musste daher ihren Personalbestand abbauen, obwohl sie gerade erst 72 Millionen Franken in die Einführung einer neuen Produktlinie investiert hatte. Heute rappelt sich das Unternehmen wieder auf. Der neue CEO Detlev Häusler setzt auf innovative Technologien, die von der Universität Neuenburg entwickelt wurden und es erlauben, photovoltaische Kollektoren auf biegsamen Grundlagen anzubringen – beispielsweise auf Textilien und immer häufiger auch im Bau. Mitsubishi Chemical Corporation, die Q-Cells als Minderheitsaktionär ersetzt hat, bringt neues Eigenkapital, feste Verträge bis 2016 und einen privilegierten Eintritt in den japanischen Markt.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."