Bilan

Filmer comme un pro avec son smartphone

Lentilles, stabilisateurs, micros… Des périphériques associés à des apps transforment les smartphones en studios de production audio et vidéo. Sélection.

  • Le stabilisateur DJI Osmo Mobile 2 évite les secousses et fluidifie les enchaînements.

    Crédits: Dr
  • La caméra MeVo permet de filmer jusqu’à 9 pistes différentes d’une même scène.

    Crédits: Dr
  • Système de microphone sans fil numérique Go Mic Mobile de Samson.

    Crédits: Dr
  • Beaucoup d’accessoires sont chinois, comme le stabilisateur Feiyu Vimble 2.

    Crédits: Delaye

L’arrivée de smartphones équipés de caméras capables de filmer en 4k (4096 pixels sur une ligne horizontale) s’accompagne d’une multiplication de périphériques mais aussi de logiciels susceptibles de faire des mobiles de véritables studios de production audio et vidéo. Ces avancées techniques se produisant au moment où les réseaux sociaux comme Instagram ou YouTube assistent à la multiplication des vlogs (blogs vidéo) et que les podcasts se multiplient, on s’attend à un boom de ces périphériques. 

«Je donne des cours de formation à la production de contenu web et la question qui revient le plus est de savoir quel matériel utiliser pour booster son smartphone», témoigne Thierry Weber, expert en médias sociaux. En compagnie de ce geekissime fondateur du «Meilleur du web», tour d’horizon des équipements destinés à aider des internautes toujours plus producteurs de contenus que seulement consommateurs. 

Des objectifs qui se greffent

Le meilleur appareil photo est celui que l’on a sur soi, dit un proverbe. Les appareils photo digitaux restent globalement de meilleure qualité (avec des lentilles plus grandes pour capter plus de lumière) que les smartphones dont les zooms, en particulier, laissent à désirer. Les appareils photo ont cependant déjà perdu l’un de leurs avantages: la capacité de changer d’objectifs. 

Téléobjectifs, grand angle, macros… se clippent désormais sur les smartphones. «Avec un grand angle acheté quelques francs, on obtient déjà pas mal d’ouverture pour une interview en intérieur», relève Thierry Weber. Beaucoup de ces objectifs se présentent en kit. Best-seller sur Amazon, le kit Amir comprend une lentille super grand-angle (140 degrés), un fisheye (180 degrés) et une lentille macro (x10). Son concurrent, le kit Mpow, est proche tandis que le kit Hizek ajoute deux objectifs dont un téléobjectif. En termes de qualité, Olloclip se distingue avec des objectifs en verre, de même que le suisse Smart Evasion.  

Il existe aussi des kits pour les appareils à deux objectifs. La mode des boîtiers équipés de bagues destinés à adapter de vrais objectifs d’appareils reflex type Canon ou Nikon semble par contre passée. ExoLens, qui le faisait avec des objectifs Zeiss, vient ainsi d’arrêter son activité. Et de même le remarquable DXO One qui permettait de greffer un véritable minireflex sur la prise de son smartphone pour prendre des images non compressées (Raw). 

Un studio de télé dans la poche 

Ce qui se développe, par contre, ce sont les systèmes multicaméras capables de filmer différents flux d’images (angles, champ, profondeurs) simultanément afin d’obtenir, avec la régie de mixage qui les accompagne, des montages plus punchy.  

Dans ce registre, la petite caméra MeVo développée par Livestream se distingue avec la possibilité de filmer jusqu’à 9 pistes différentes d’une même scène. Pilotée depuis un smartphone, son application donne la possibilité de faire des montages automatiques pour une diffusion rapide sur internet. Dans le même registre, le SlingStudio Hub permet en plus d’extraire les différentes pistes pour un montage plus professionnel sur PC. 

S’il faut compter plusieurs centaines de francs pour ces deux produits, les propriétaires de plusieurs smartphones disposent d’une app comme RecoStudio MultiCam pour synchroniser et mixer leurs prises de vue. 

Des trépieds aux stabilisateurs

Indispensables pour le multicam, les trépieds sont recommandés parce que les gyroscopes et autres stabilisateurs optiques des smartphones ne suffisent pas encore à assurer un cadrage sans tremblement quand on filme. «Je suis fan du trépied de la marque italienne Manfrotto qui est facile à transporter alors qu’il peut se déployer jusqu’à 1,70 m», confie Thierry Weber.

A côté du collier Povie d’Edelkrone, très apprécié des vlogeurs cuisiniers parce qu’il libère les deux mains une fois qu’ils y ont fixé leur smartphone, on assiste au développement des stabilisateurs. Prolongements robotisés des perches à selfie, les stabilisateurs, dérivés de la technologie des drones, permettent de filmer sans secousse et de fluidifier les enchaînements en offrant un meilleur contrôle de la caméra. 

Ils multiplient les fonctions comme le suivi automatique d’un objet ou d’une personne, les effets d’accélérés (time lapse) ou de ralenti. Dans cette catégorie, on trouve des produits comme le DJI Osmo Mobile 2 et ses concurrents tels le Feiyu Vimble 2, le Zhiyun Smooth 3 et le Xiaomi Mija Handheld (oui, la plupart de ces produits sont chinois et à ceux qu’on trouve sur Amazon s’en ajoutent des armées d’autres sur AliExpress).

Thierry Weber recommande de bien vérifier la durée des batteries de ces appareils, voire de se contenter d’un stabilisateur 2 axes, moins encombrant et qu’on trouve pour moins de 50 francs. A noter aussi que ces stabilisateurs sont accompagnés d’applications qui tendent à privilégier leurs écosystèmes de diffusion au lieu de celui des grands réseaux sociaux. Un peu comme GoPro avec son logiciel de montage Quick. Les dernières générations d’iPhone permettent  toutefois de contourner ce problème. 

Le défi du son 

En matière audio, la faible qualité des micros équipant les smartphones a fait le succès du danois Rode et de l’allemand Sennheiser. Ces derniers commencent à offrir des produits vraiment mobiles, autrement dit sans fil. Le  Memory Mic de Sennheiser greffe ainsi un récepteur HF au smartphone pour recueillir les sons enregistrés par deux micros sans fil. Le coup de cœur de Thierry Weber va  aux micros Samson pour le bon rapport qualité-prix et un kit astucieux dont le récepteur est une clé USB qui se connecte à divers appareils (même si pour les smartphones il faut un adaptateur). 

D’autres produits, comme le microphone à condensateur Blue Yeti Silver, apportent un supplément de qualité dans les enregistrements de la musique tout en restant très pratiques: un seul bouton pour changer les directivités (stéréo, omnidirectionnel, bidirectionnel…). Et lorsqu’il s’agit d’enregistrer carrément un concert, on ne peut que recommander les micros compacts à trois angles Zoom IQ6 et IQ7 qui se connectent via les prises jack ou lightning.  

Des apps pour éditer

Dès le tournage, un certain nombre d’apps permettent d’améliorer la qualité de la prise d’images. Outre les fonctions qu’on trouve dans les apps qui accompagnent les périphériques ou celles des réseaux comme Hyperlapse (accéléré) d’Instagram, Filmic Pro permet, par exemple, la surexposition, de bloquer la vitesse d’obturation, de contrôler l’entrée audio ou de restituer des formats d’images vintage. 

En matière de montage, tous les fabricants de périphériques pour smartphone proposent dans leurs apps des logiciels d’édition automatique qui créent des clips en ajoutant de la musique, voire des images libres de droits. C’est aussi le cas d’une app comme Magisto qui permet de choisir un style d’édition. Quick de GoPro propose, elle, de mettre des highlights sur certaines séquences pour muscler ou adoucir ses enchaînements. 

Le risque, ici, c’est cependant l’uniformatisation de ces contenus avec toujours les mêmes musiques et les mêmes fondus enchaînés. Pour reprendre la main, les utilisateurs ne sont cependant pas forcés de retourner sur leur desktop pour utiliser des outils de type iMovie. Une app comme Filmora va, par exemple, permettre de créer des titres et des sous-titres, d’ajouter des filtres, etc.

Pour l’heure, ce marché des périphériques pour smartphone est un peu une jungle avec beaucoup de produits chinois, mais pas seulement. Le LaboFnac fait à notre avis un excellent travail de curation de ces produits, mais il a du mal à être exhaustif.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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