Bilan

Pourquoi les drones restent si peu utilisés par les entreprises

Le potentiel d’utilisation de ces engins volants est énorme: surveillance, inventaire, logistique... Mais faute de loi précise, beaucoup de sociétés préfèrent attendre que la législation européenne entre en vigueur en Suisse avant de se lancer.

  • La Rega développe actuellement un drone pour mieux repérer des victimes d’accident.

    Crédits: FOTOPEDRAZZINI.CH
  • Ikea projette l’emploi de drones pour réaliser ses inventaires la nuit.

    Crédits: Ikea

Les professions du drone gagnent du terrain année après année. Les domaines d’application sont nombreux. Stanley Schmitt, fondateur d’une école formant des pilotes de drones, évoque cinq catégories. Le cinéma et l’audiovisuel en forment une, active depuis plus d’une décennie. L’urbanisme et la construction utilisent également cet outil. «Il y a plein de sous-métiers, en cartographie ou en suivi de chantier. C’est là que c’est le plus concret et que nos apprentis gagnent leur vie», affirme l’expert de Vertical Master

Et de poursuivre avec l’usage régalien, soit pour la police, l’armée ou encore les pompiers. «La surveillance des incendies par les drones a complètement changé les choses, ajoute-t-il. Ils permettent de suivre l’évolution des incendies, mais aussi d’agir pour faire cesser leur progression.» 

Stanley Schmitt évoque ensuite la catégorie terra, avec par exemple les missions agricoles. Les Valaisans d’AgroFly et d’Agri.Aero traitent les vignes à l’aide de drones depuis quelques années. 

Enfin, il termine avec une catégorie qui émerge mais qui – il en est certain – peut exploser: celle de la logistique. «Le transport sur le dernier kilomètre sera central, pour livrer des poches de sang, des pièces détachées ou des lettres.»

Formalités administratives

Beaucoup sont encore en phase de tests. Si la technologie est bien présente, la législation peine encore à s’affirmer suffisamment pour que les entreprises intéressées franchissent le pas (voir l’encadré). Les formalités administratives font partie intégrante du processus. «Il faut parfois établir une analyse de risques complète, et la transmettre à l’OFAC», glisse Stanley Schmitt.

«Le transport sur le dernier kilomètre sera central, pour livrer des poches de sang ou des lettres»
Stanley Schmitt, fondateur de Vertical Master

Ikea a tout de même décidé de lancer un projet pilote pour réaliser l’inventaire d’un de ses magasins de nuit. «Il faut le tester, l’évaluer et l’implémenter de manière contrôlée, afin de ne pas interrompre les opérations courantes», affirme Olof Orstadius, développeur logistique au sein d’Ikea. Les drones contrôleraient les stocks avec plus de précision et d’efficacité que les employés. Le géant suédois de l’ameublement connaît ainsi mieux son inventaire, et les employés peuvent se concentrer sur des tâches «à plus haute valeur ajoutée plutôt que de compter des palettes». 

C’est le magasin de Spreitenbach, près de Zurich, qui bénéficie en premier de cette solution, après deux tests fructueux. Le développeur logistique ne donne pas de chiffres, mais il parle d’un avantage notable en matière de sécurité. «Les drones peuvent être utilisés durant la nuit ou entre les rotations de personnel, quand personne n’est dans le bâtiment ou les allées. Cela rend leur utilisation sûre.»

Efficaces pour la surveillance

Stanley Schmitt évoque un autre type de rotations: celles effectuées par les gardes pour protéger un bâtiment la nuit. Le système de surveillance par drone a convaincu plusieurs entreprises en Suisse, qui se sont équipées en la matière. «Les prix oscillent de 30 000 à 70 000 francs», estime le fondateur de Vertical Master. Un boîtier sur le toit d’un bâtiment permet aux drones de faire la levée de doute, soit vérifier l’origine d’une alerte par audio ou vidéo, avant d’éventuellement alerter les forces de l’ordre.

«Les drones ne sont pas autonomes mais automatiques», précise Stanley Schmitt. Autrement dit, il faut enclencher le dispositif, qui ne devrait par exemple pas être lancé en cas de tempête de neige. Le but n’est pas de se substituer aux solutions existantes, mais bel et bien de les compléter de la manière la plus efficiente possible.

En cas de mauvais temps

Autre exemple: le drone développé par la Rega. Lorsque le mauvais temps par exemple rend impossible l'utilisation d'un hélicoptère, il sera possible d'envoyer cet engin en mission. Si l’idée est née en 2018, le drone sera normalement en mesure de voler pour des missions en 2021. Le rapport annuel 2020 de la Garde aérienne suisse de sauvetage affirme que «les différents composants du système ont encore été développés et ont fait l’objet de tests approfondis dans les conditions les plus diverses».

Les réflexions portent actuellement sur la manière dont le drone interviendra, à commencer par sa localisation et les conditions pour le mettre en route. «Il s’agit de faire en sorte que le drone complète idéalement les moyens de sauvetage déjà existants», conclut le rapport.


Casse-tête législatif

La Suisse n’a pas la même législation que ses voisins. L’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) se positionne en faveur de la loi européenne pour plus de clarté, mais cela risque de ne pas être le cas tout de suite. Une motion déposée le 30 juin 2020 au Parlement suisse demande que l’aéromodélisme ne figure pas dans la réglementation de l’Union européenne sur les drones et reste soumis au droit national actuel. Ce manque d’harmonisation freine nombre d’entreprises, qui préfèrent attendre des règles précises et fixes.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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