Bilan

Faraday, mystérieux concurrent de Tesla ou émanation d'Apple?

Et si Tesla voyait arriver un puissant concurrent sur la niche des constructeurs d'automobiles 100% électriques et haut de gamme? Depuis quelques mois, Faraday a surgi en Californie.
  • Le seul visuel dévoilé par Faraday Future est celui d'une silhouette de voiture.

    Crédits: Image: Faraday Future
  • La seule image de voiture publiée à ce jour par Faraday Future est cette silhouette trouble d'un modèle s'apparentant à un SUV, avec des lignes très contemporaines.

    Crédits: Image: Faraday Future
  • De nombreux designers de Faraday Future sont des anciens de Tesla, Ferrari, Audi, BMW, Lamborghini,...

    Crédits: Image: Instagram/Faraday Future

A la question «qui est Faraday?», la réponse était assez limpide jusqu'à présent: en dehors d'un personnage de la série Lost, Faraday désigne surtout le physicien et chimiste britannique du XIXe siècle (Michael de son prénom) qui a multiplié les découvertes dans le domaine de l'électricité et du magnétisme. C'est d'ailleurs à partir de son nom que le concept de cage de Faraday a été baptisé. Mais depuis quelques mois, les spécialistes de l'automobile aux Etats-Unis s'interrogent sur l'arrivée d'un nouvel acteur dans la branche, baptisé Faraday Future.

Voir apparaître une marque dans le monde automobile n'est pas chose courante. A fortiori si l'ambition affichée est de construire uniquement des véhicules électriques. Mais les événements des derniers mois ont de quoi rappeler une autre histoire: un nouveau constructeur californien qui veut révolutionner l'automobile avec des véhicules 100% électriques et haut de gamme, et qui prend le nom d'un scientifique européen ayant fait avancer la recherche dans le domaine de l'électricité, c'est à s'y méprendre un résumé de l'aventure Tesla Motors.

Et l'ossature du management de Faraday Future s'appuie largement sur une équipe d'anciens de chez Tesla: Nick Sampson, Senior Vice President de Faraday est l'ancien directeur engineering véhicules et chassis de Tesla Motors; Dag Reckhorn, vice-president de la fabrication était... directeur de la fabrication pour le Model S de Tesla; Alan Cherry, vice-président ressources humaines chez Faraday, est l'ancien directeur senior des ressources humaines chez Tesla; Tom Wessner, vice-president en charge des fournisseurs, est l'ancien directeur des achats chez Tesla...

Des dizaines de postes ouverts au recrutement

Mais d'autres responsables ont été recrutés parmi les anciens de marques automobiles plus traditionnelles, quoi qu'également dans le segment haut de gamme: le responsable du design, Richard Kim, a pris part à la création des studios de design BMW et été responsable de plusieurs modèles de la marque bavaroise. Dans l'équipe design, un ancien de chez Ferrari a aussi été recruté, de même que des ingénieurs, développeurs, designers et spécialistes de chez Ford, Volvo, General Motors ou encore Facebook et Google. Et des dizaines de profils de postes très différents sont ouverts en ligne.

Un recrutement ambitieux. Mais aussi conséquent: sur son site web, Faraday Future indique que ses effectifs se chiffrent déjà à plus de 400 collaborateurs et vise les 500 avant la fin 2015. Plus d'une dizaine d'embauches se feraient chaque semaine cet automne. Une équipe nécessaire au vu des objectifs de la marque qui compte lancer son premier modèle dès 2017, comme l'a annoncé Nick Sampson à quelques journalistes américains, dont Mike Ramsey du Wall Street Journal.

Dans ces annonces, Nick Sampson révèle aussi que la société va investir un milliard de dollars dans la construction d'un site de production en Californie. Une somme colossale pour une entreprise qui ne compte pas vendre le moindre véhicule avant pratiquement deux ans. Et les médias présents lors de cette annonce glissent que la somme serait déjà prête à être mise sur la table par Faraday Future. Or, avant la fin de l'été 2015, pratiquement personne n'avait jamais entendu parler de cette nouvelle marque ou d'un projet de cette ampleur. D'où des rumeurs sur les soutiens dont pourrait bénéficier la compagnie. Mais le silence est de mise sur ce sujet du côté de Faraday Future.

L'hypothèse chinoise

«Qui est derrière Faraday Future?» est donc devenu «la» question qui se retrouve sur toutes les bouches en Silicon Valley actuellement. Et plusieurs hypothèses émergent. Pour Nicholas Goldstein, de Nerds Magazine, qui s'appuie sur une source anonyme en interne, «Faraday Future est la réponse chinoise à Tesla Motors». La société d'Elon Musk est en effet en train de se faire une place en Chine, avec 3000 exemplaires du Model S vendus sur les neuf premiers mois de 2015. Le journaliste américain a enquêté et avance que Jia Yueting, un entrepreneur chinois multimilliardaire ayant fondé Leshi Internet Inforamtion & Technology, serait ce mystérieux investisseur. A la tête d'une fortune personnelle de près de 7 milliards de dollars, il aurait les ressources nécessaires pour soutenir le développement d'un concurrent crédible à Tesla.

Pour d'autres spécialistes du secteur, cette hypothèse ne tient pas la route. L'investissement d'1 milliard de dollars dans un seul site de production constituerait un pari trop risqué pour le seul Jia Yueting, selon certains. D'autres pointent l'implantation de ce site de production en Californie alors que la Chine regorge de talents, aussi bien dans l'automobile que dans le hardware et le software (à Shenzen notamment), à des coûts bien plus intéressants.

La solution Apple

L'une des rumeurs les plus en vogue fait référence à un serpent de mer de la Silicon Valley: les projets d'Apple dans le domaine automobile. Des rencontres entre dirigeants de la marque à la pomme et de Tesla ont eu lieu voici quelques mois. Et le projet Faraday a émergé quelques temps après. Des recrutements auraient également été opérés par Apple dans des secteurs stratégiques comme les batteries destinées à l'automobile. Apple a aussi déjà avancé quelques pions dans ce secteur, avec un système embarqué pour combiner la conduite et d'autres activités et baptisé CarPlay, qui avait été présenté au moment du Salon de l'Auto de Genève en 2014.

Le faisceau de présomptions est donc largement concentré sur la firme de Cupertino. Et les gigantesques réserves de trésorerie d'Apple permettraient aisément un investissement d'un milliard de dollars sur un site de production, pour un domaine aussi crucial que l'automobile. Sans oublier enfin que, depuis l'iPod au début des années 2000, Apple a toujours dévoilé un nouveau produit à rythme régulier (tous les trois à cinq ans): après l'iPhone, l'iPad, l'Apple Watch, 2017 pourrait coïncider avec la présentation d'une Apple Car...

Pour d'autres observateurs, l'hypothèse est à balayer: Apple n'a pas pour habitude de confier des projets de cette ampleur à une société externe, et à voir le développement et la communication se faire autrement que via les canaux traditionnels (interviews de Tim Cook ou des dirigeants principaux d'Apple, keynotes semestrielles, marque Apple,...).

Silence du côté des employés

Et si le mystérieux investisseur était à chercher au pays de Michael Faraday lui-même? Il y a au Royaume-Uni un milliardaire dont la fortune personnelle et la solidité du groupe pourraient soutenir un tel développement: Richard Branson avait annoncé au printemps dernier ses ambitions en termes d'automobile, déclarant qu'il voulait lancer un concurrent à Tesla (avec même des équipes travaillant déjà sur le projet). Le fondateur de Virgin est un passionné d'automobile et a également souvent mis en avant ses préoccupations en matière de développement durable et innovant.

Du côté de Faraday Future, toutes ces conjectures et hypothèses se heurtent à un silence poli mais ferme. La firme ne dévoile rien sur l'origine de ses capitaux. Pas plus que le design de la future automobile qui devrait sortir d'ici 2017: un seul visuel a été dévoilé pour l'heure, avec la sihouette massive d'une voiture aux lignes très contemporaines sous un abri. D'apparence extérieure, le modèle ressemble à un SUV. Sur la page d'accueil du site web, deux lignes différentes laissent imaginer que deux modèles pourraient être en préparation. A l'heure actuelle, les dirigeants et employés sont plus loquaces sur les réseaux sociaux à se présenter eux-mêmes, comme sur le compte Instagram de Faraday, qu'à lever le voile sur leur(s) création(s). Il faudra sans doute encore patienter de longs mois avant d'en savoir plus.

«»

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."