Bilan

Face aux tablettes, le stylo-papier résiste

Menacé il y a dix ans par l’arrivée de la tablette, le support papier renaît grâce à l’essor du stylo digital. Une interface alliant confort de saisie et gestion numérisée des documents.

A Morges, les ventes du «digital pen» de DPC solutions augmentent de 15 à 20% par an.

Crédits: Dr

Victor Recarey est lui-même surpris de la croissance continue de son «digital pen», fer de lance de la société informatique DPC Solutions qu’il dirige à Morges (VD): «Nous étions parmi les pionniers lors du lancement en 2006 et nous prévoyions un palier après 2010 et l’émergence de l’alternative tablette, également à notre catalogue. Il n’en est rien.» De fait, les ventes croissent au rythme de 15 à 20% par an, une expansion qui correspond au rythme mondial. Le chiffre d’affaires mondial de l’industrie du stylo numérique est attendu autour de 2 milliards en 2023, contre un peu plus de 700 millions en 2017. 

Créneau de DPC: la saisie de formulaires. Equipé d’une caméra qui enregistre l’écriture sur le papier, le stylo nouvelle génération reconnaît le document et permet sa numérisation via une connexion bluetooth ou filaire. Un moteur de reconnaissance transcrit ensuite le manuscrit en caractères typographiques, et un programme permet son exportation vers le système informatique du client ou le cloud de DPC. La CRR-SUVA, à Sion, équipe ainsi près de 140 thérapeutes et médecins avec cette solution. Patrick Antonin, responsable du service informatique, justifie la «culture papier» du secteur médical: «Lors des évaluations, l’écran crée une barrière avec le patient qu’il faut éviter. Grâce au papier, il peut aussi plus facilement faire son autoévaluation que sur la tablette ou le smartphone, avec les avantages de stockage, d’archivage et de traitement du numérique.»

La facilité de saisie est également mise en avant par Yannick Vuitel, architecte des systèmes d’information des Services industriels de Lausanne, qui équipe une centaine de monteurs pour la saisie des rapports de chantiers: «Une fois remplis, les formulaires, en particulier les heures, sont exportés vers notre système informatique pour générer les factures clients et les fiches de paie. Le tout automatiquement. Le stylo relève l’heure exacte d’une inscription sur un document et sert aussi de timbreuse.» L’informaticien relève un taux de 97% de transcription exacte de l’écriture manuscrite, dû au fait que le stylo enregistre les mouvements du poignet et permet d’interpréter l’intention d’écriture.

Des économies mesurables

Yannick Vuitel met en avant le gain de «deux équivalents plein temps», des assistantes dévolues auparavant à la saisie informatique des formulaires, ainsi que l’économie d’installation de timbreuses. Même constat  pour les techniciens de contrôle qualité de Thalès à Thonon, fabricant de matériel électronique pour le spatial et le militaire et client de DPC, où la saisie sur tablette est rendue difficile par le port systématique de gants. On relève deux jours-hommes par mois gagnés sur la ressaisie informatique des formulaires manuscrits. Victor Recarey, qui travaille également avec le groupe Swatch sur les mêmes problématiques, considère le contrôle qualité comme un des «principaux vecteurs de croissance» de sa solution.

Le marché aiguise les appétits. Outre le domaine du dessin d’art, des sociétés comme le spécialiste du carnet de notes Moleskine investissent désormais le stylo digital. Des études menées auprès d’étudiants relèvent en effet la supériorité en termes de mémorisation du stylo-papier comparativement aux tablettes ou ordinateurs. Toutefois, des difficultés de transcription par les moteurs que l’on ne rencontre pas sur des formulaires standardisés apparaissent, liées au caractère libre de la prise de notes ponctuée d’abréviations, flèches ou traits. Un obstacle à surmonter pour conquérir ceux qui rêvent de voir un jour leurs notes manuscrites proprement transposées sur un document Word. 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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