Bilan

Eviter la sortie de route des véhicules autonomes

Les véhicules autonomes sont l’objet de beaucoup d’espoir. Les constructeurs ont fait de nombreux efforts pour améliorer la technologie, et surtout la détection d’obstacles. Par contre, des études mettent en garde sur les points d’attention.

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Et si votre véhicule autonome conduisait plus lentement que vous? L’Insurance Institute for Highway Safety (IIHS) [NDLR: un institut spécialisé dans la sécurité des routes] estime que se laisser conduire par une intelligence artificielle éviterait un tiers des accidents.

Ce chiffre - déjà élevé - aurait pu être encore plus grand si les véhicules autonomes n’adoptait pas la conduire des usagers de la route d’aujourd’hui. L’IIHS estime que neuf accidents sur dix proviennent d’une erreur de conduite, que ce soit une vitesse trop élevée par rapport aux conditions, ou alors parce que le chauffeur était en état d’ébriété ou sous médicaments altérant sa conduite. Plusieurs catégories d’erreurs ont été définies:

  • Sentir et percevoir, lorsque le chauffeur est par exemple distrait ou a une mauvaise visibilité.
  • Prédire, lorsqu’il ne parvient pas à juger de la vitesse d’autrui, de la distance le séparant d’un obstacle ou même des actions des autres usagers de la route.
  • Planifier et décider, lorsqu’il roule trop vite ou trop lentement, qu’il ne respecte pas les distances de sécurité ou qu’il conduit de manière agressive.
  • Exécution et performance, lors de manœuvres d’évitement hasardeuses, en surcompensant la maîtrise du véhicule.
  • Incapacité, quand le chauffeur a bu de l’alcool, consommé de la drogue ou s’endort au volant.

Ces catégories ont permis de définir la raison pour laquelle un accident a eu lieu. «Les accidents dus aux seules erreurs de perception comptent pour 23% du total, et l’incapacité pour 10%. Ces accidents pourraient être évités si tous les véhicules sur la route étaient autonomes, même si cela nécessiterait des senseurs qui fonctionnent parfaitement et des systèmes fonctionnant toujours parfaitement», décrit l’étude, qui insiste: «Les deux tiers restants pourraient toujours survenir, à moins que les véhicules autonomes ne soient spécifiquement programmés pour éviter d’autres types d’erreurs de prédictions, de prise de décision et de performance.»

Pour la majorités des accidents mortels de piétons, les conducteurs sont directement responsables.

Accident à Tempe: le point de départ

Tempe, Arizona, mars 2018. Elaine Herzberg est une dame de 49 ans qui devient la première victime renversée par une voiture autonome. Il s’agissait d’un test d’Uber, et la voiture avait un conducteur de réserve assis côté passager. L’IIHS cite ce cas et précise que l’intelligence artificielle a peiné à correctement identifier la piétonne.

“Une fois qu’elle y est parvenue, elle n’est pas parvenue à prédire qu’elle allait traverser en face du véhicule, et n’a pas réussi à exécuter la bonne manoeuvre d’évidement pour éviter de la renverser.” Ce fait divers a renforcé les débats sur l’intelligence artificielle, et sur la nécessité de la perfectionner avant de lâcher les véhicules sur la route. Uber a directement suspendu tous ses tests de véhicules autonomes, avant de les reprendre à la fin de l’année 2018.

Crédits: important.

L’accident a aussi donné une idée à Bastien Beauchamp, CEO d’!important. Sa société, qui a fait une présentation lors d’une journée Swissnex, vise à créer un espace sécurisé pour piétons, cyclistes et voitures. Sa technologie transmet la location des personnes aux voitures connectées et chauffeurs qui ont l’application. «Lorsque j'ai appris son décès, j'ai immédiatement pris conscience que cela avait le risque de se reproduire souvent à mesure que les routes se rempliront de voitures automatisées. Face à elles, le piéton, le cycliste et le motocycliste sont complètement mis à nu. Il n'y a aucun contact visuel possible entre les deux parties. Seul le véhicule a plein contrôle de la situation. D'où l'idée d'utiliser les téléphones pour se faire voir des autres usagers de la route», explique-t-il.

Technologie déjà avancée

Des sociétés suisses très connues sont actives dans le domaine des véhicules autonomes. C’est notamment le cas de Bestmile, à Lausanne. Le PostBus, qui circule dans la vieille ville de Sion (VS), est le fruit d’un partenariat entre la société lausannoise et le fabricant de navettes autonomes français Navya. Il a transporté plus de 50’000 passagers en quatre ans, et le SmartShuttle de Sion a ouvert la porte à l’arrivée d’autres parcours en Suisse.

Différentes technologies sont actuellement testées pour parvenir à identifier les obstacles sur la route.

Le dilemme

Quid du trolleybus? Ce problème éthique a longtemps posé problème aux développeurs d’intelligence artificielle. En résumé, il consiste à demander à une personne ce qu’il ferait si un trolleybus sans conducteur allait écraser des gens sur les rails. Va-t-il actionner le levier lui permettant d’écraser une personne plutôt que cinq? Un autre dilemme existe. Il consiste à choisir d’écraser les cinq personnes qui traversent la route illégalement ou les trois qui traversent de la bonne manière, au feu vert.

Autant de questions auxquelles il faut des réponses. Pour couper court au débat, la startup !important tente d’augmenter la portée des capteurs. En combinant la position GPS des voitures avec celles des piétons (et de leurs téléphones), l’intelligence artificielle disposerait de plus de temps pour freiner, évitant ainsi toute collision.

Bastien Beauchamp met de son côté l’accent sur le positif qu’apporteraient ces véhicules: «Nous croyons à l'avenir des véhicules automatisés. Les bénéfices nous apparaissent supérieurs aux négatifs. Complétés par les infrastructures intelligentes, ces véhicules peuvent répondre au problème de sécurité de la population et améliorer la qualité de vie de tous. Cela dit, quelques défi se posent. Notre principal à !important est la protection de la vie privée. Tout ce que nous faisons est anonyme et crypté.»

Pour l’International Risk Governance Council (IRGC), le développement des voitures autonomes doit être réalisé selon une certaine collégialité. «La collaboration efficace entre l’industrie, les régulateurs et les autres acteurs inclus dans les règles sur la mobilité vont déterminer la vitesse à laquelle la technologie sera implémentée», précise le conseil.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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