Bilan

Et l’homme devint machine

Les technosciences propulsent nos capacités physiques et cognitives. Une nouvelle norme émerge: pour survivre en société, l’homme sera 2.0.
  • Les outils évolutifs qui visent à améliorer les capacités humaines se multiplient.

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  • Laurent Alexandre prédit la disparition de «l’immense majorité des métiers actuels.»

    Crédits: Dr

Fusionner le corps et la machine serait la seule façon pour l’homme de garder le contrôle sur l’intelligence artificielle.

Du moins, selon le mouvement transhumaniste qui prône cette symbiose. «Nous sommes à la veille d’une véritable neurorévolution. Nous allons pouvoir comprendre et modifier notre fonctionnement cérébral dans les décennies qui viennent», annonçait le spécialiste des questions transhumanistes Laurent Alexandre, invité au CREA Digital Day, grand-messe du numérique dont la 8e édition s’est tenue en janvier à l’Université de Genève.

Si l’humain doté d’implants cérébraux et de jambes bioniques n’est pour l’heure qu’une réalité émergente, le chemin qui conduit à cette version 2.0 est déjà bien tracé. L’homme a pris le contrôle sur son évolution en améliorant ses capacités physiques et intellectuelles grâce aux NBIC, soit les nano et biotechnologies, ainsi que les sciences informatiques et cognitives. 

Repousser les maladies et la mort le plus loin possible dans le temps est devenu une «course sans fin», souligne Vincent Menuz, biologiste et spécialiste de la sociologie de la santé. «Ces progrès ne visent plus uniquement à pallier les manquements dus à un handicap, par exemple. Une prothèse, à l’origine conçue pour «réparer», servira aussi à améliorer ses performances physiques. Au final, cette vision mène à dire que tout corps serait handicapé et devrait être amélioré.» 

La technologie n’est plus un choix 

L’homme moderne évolue déjà au cœur de cette transformation. Communication à distance, géolocalisation ou encore développement cognitif, les outils évolutifs qui visent à l’améliorer se multiplient au quotidien. «On tend déjà vers une sorte de fusion homme-machine, par petites touches. Reste à espérer que nous en garderons le contrôle. Peu à peu, remplacer une jambe naturelle par un membre bionique pour augmenter sa capacité physique pourrait sembler bien anodin», remarque Johann Roduit, managing director du Centre d’humanités médicales de l’Université de Zurich et cofondateur du think tank NeoHumanitas qui se penche sur les enjeux socioéthiques du progrès. 

Au-delà de cette symbiose entre l’homme et la robotique, c’est surtout la question du choix qui soulève des enjeux sociétaux et éthiques majeurs. «Nous sommes de plus en plus contraints à utiliser ces technologies chez nous, au travail et dans la rue, ajoute-t-il. Certains parmi nous ne peuvent déjà plus vivre sans smartphone ou tout autre type d’écran.»

«Personne ne nous oblige à utiliser un smartphone ou un ordinateur, poursuit Vincent Menuz, également cofondateur de NeoHumanitas. Or, si on choisit de rejeter ces écrans, il devient très difficile de travailler ou de rester en contact immédiat avec son entourage. Dès lors, la vie sociale et professionnelle se complique. Imaginons le jour où les paiements en magasin ne se feraient plus que par smartphone. Si je rejette cette technologie, je serai mis au ban de la société.» 

En étant de plus en plus nombreux à «s’améliorer», les hommes font alors émerger une nouvelle norme. «Aujourd’hui déjà, poursuit Johann Roduit, des caisses maladie et d’autres entités liées à la santé offrent par exemple des rabais sur les primes aux assurés qui font 10 000 pas par jour, mesurés par leur bracelet connecté. Une démarche commerciale qui stigmatise ceux qui ne veulent pas participer, quand bien même ils sont sportifs et en bonne santé.» 

Dans cette ère d’hyperindividualisation, ajoute-t-il, la capacité des humains à coopérer entre eux sera clairement affectée. L’enjeu majeur résiderait finalement dans la question suivante: comment humaniser le transhumanisme?

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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