Bilan

EPFLoop électrise la recherche sur le transport

La troisième place emportée par une équipe de l’EPFL entrée tardivement dans la compétition Hyperloop d’Elon Musk fait revivre le rêve romand de Swissmetro.
  • Pour le patron de Space X Elon Musk l’équipe suisse n’a plus qu’à améliorer les technologies de contrôle de traction de son pod.

    Crédits: Alban Kakulya
  • Le pod d’EPFLoop mesure quatre mètres et pèse 350 kilos.

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  • L’équipe EPFLoop n’a eu que 48 heures pour assembler son pod avant la semaine de qualification en Californie.

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  • L’Hyperloop Pod Competition se tient à proximité de Space X en Californie.

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  • Au total plus de 60 étudiants de l’EPFL ont travaillé sur le projet EPFLoop.

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Il fut un temps où la Suisse rêvait de relier ses principales villes en moins de dix minutes. Imaginé par le professeur Marcel Jufer de l’EPFL, Swissmetro prévoyait un tunnel sous vide dans lequel aurait circuler des trains à sustentation mettant Genève à une heure de Saint Gall. Las. A la fin des années 90, le financement du Gothard et la frilosité des CFF ont tué ce projet que ne peuvent que regretter les habitués des retards sur des infrastructures ferroviaires helvétiques aujourd’hui  au taquet.

20 qualifiés sur 1000

Il ne faut cependant pas désespérer. Avec son projet d’Hyperloop, le patron de Tesla et Space X Elon Musk a ressuscité cette idée et lancé une compétition universitaire (Hyperloop Pod Competition) afin de développer les technologies nécessaires. L’an dernier le SwissLoop de l’ETH Zurich avait été retenu parmi les 18 candidats à pouvoir participer à cette compétition.

Cette année c’est l’équipe de l’EPFL, EPFLoop qui a rejoint les 20 équipes sélectionnées . Et, en dépit que son projet ait démarré il y a moins d’un an (en septembre 2017) elle s’est hissé d’emblée à la troisième place de cette compétition derrière Warr, le projet de la Technische Universität München (TUM)  et DelftHyperloop le projet de la Technische Universiteit Delft aux Pays-Bas.

Ce succès de l’EPFL est d’autant plus grand que la soixantaine de membres de l’équipe a du faire face à des problèmes de logistique. Les différents éléments de leur pod ont été livrés sur le site d’Hawthorne, voisin de Space X au nord de Los Angeles, avec une dizaine de jours de retard. Cela les a forcé à monter et tester leur pod (quatre mètres de long pour 350 kilos) en 48 heures. Mais cela ne les a pas empêché de finir en tête la semaine de tests qui a qualifié les seules quatre équipes qui pouvaient entrer dans le tunnel de 1,2 kilomètres pour la finale 2018 de la compétition le 22 juillet.   

Ce jour-là, l’équipe de l’Université de Washington n’ayant pas réussi à passer les tests de sécurité sous vide, il ne restait plus que trois équipes à pouvoir faire entrer leurs pods dans le tunnel sous vide. Favorite, l’équipe allemande engagée depuis trois ans l’a emporté en atteignant la vitesse de 466 kilomètres/heure. Les Hollandais ont suivi avec 142 km/h.

0 à 50 km/h en 5 mètres

L’équipe Suisse a dû elle se contenter d’une vitesse mesurée par les ingénieurs américains de 85km/h en dépit qu’elle visait 420 km/h et réussi à dépasser 200 km/h pendant la phase précédente de tests. «Nous sommes passé de 0 à 50 km/h en 5 mètres, explique la business lead d’EPFLoop Karine Chammas. «Mais la présence de poussières dans le tunnel et la chaleur qui a fait fondre le caoutchouc du pod ont limité notre performance. »

Cela n’est cependant pas de nature à faire retomber l’enthousiasme des étudiants de l’EPFL. «Tout ce que vous avez faire c’est de travailler sur votre technologie de contrôle de traction », a ainsi confié à l’équipe suisse Elon Musk qui prévoit une nouvelle phase de la compétition, sans doute dans un tunnel allongé à et avec un virage.

La présence de Marcel Jufer et du président de l’EPFL Martin Vetterli augure en tout cas d’un soutien de l’école qui serait sans doute bien inspirée d’intégrer ce projet en tant que part du cursus comme c’est le cas pour les étudiants de Delft et de TUM qui s’y consacrent à  100%.

Le soutien acquis de sponsors-partenaires comme Lemo pour la connectique, Brusa pour le moteur ou Comsol pour les logiciels et d’autres potentiellement intéressés, par exemple dans le monde horloger, suggère que la budget d’EPFLoop (moins de 600 000 francs) pourrait grandir. Cela permettrai t d’ajouter des améliorations technologiques à celles déjà réalisées pour le packaging des batteries résistantes au vide, les logiciels et l’allégement de la structure du pod.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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