Bilan

Enfants de riches: la menace vient du net

Photos de soirée arrosée, vidéos entre copains, posts douteux… Les parents sont parfois prêts à payer très cher pour éviter que les frasques de leurs ados ne nuisent à leur réputation.
Huit jeunes sur dix se mettent en scène régulièrement sur internet. Crédits: Westend61/Corbis

Festival de Cannes 2013. Sur la plage, le Nikki Beach, un bar très sélect fréquenté par des gosses de riches, des starlettes et quelques vraies stars. Il est à peine 18 heures lorsqu’un jeune homme d’une vingtaine d’années, déguisé en Superman et déjà bien alcoolisé, monte sur une table.

La musique à fond, plusieurs demoiselles portées dans des bacs à glaçons géants viennent à tour de rôle lui souhaiter un joyeux anniversaire et l’asperger de champagne. Lui, un jéroboam de Cristal Roederer à la main, s’abreuve du champagne à plusieurs milliers de francs directement au goulot et mime avec ses amis des scènes sexuelles.

A une époque pas si lointaine, ce petit écart de comportement serait resté entre les murs du Nikki Beach. Mais cette fois, des dizaines de smartphones ont saisi cet instant de débauche. Des petits films amateurs qui se retrouveront peut-être sur YouTube ou Facebook, visibles de tous: recteurs des prestigieuses facultés, ressources humaines de futurs employeurs, parents, amis de la famille et actionnaires des entreprises familiales…

Cette «attaque à l’honneur» n’a pas pu être évitée en amont. Même pas par le garde du corps du Superman d’un jour, qui se tenait pourtant à quelques mètres de lui pour veiller à sa sécurité physique. Il ne reste maintenant plus à sa famille qu’à espérer que l’impact de ces vidéos sur le web soit limité. Cette incertitude, de nombreux parents ne sont pas prêts à l’accepter quand il s’agit de l’avenir de leur progéniture, surtout si ces bêtises d’ados peuvent avoir un impact négatif sur la bonne marche des affaires familiales.

La maîtrise des images fait donc le bonheur des entreprises actives dans le nettoyage de l’e-réputation. Elles pullulent ces dernières années, à l’instar de reputationsquad, reputationvip ou reputationdefender. Mais leurs services, dont la création de contenus positifs pour noyer dans la toile les informations préjudiciables, peuvent se révéler extrêmement coûteux.

Ainsi, pour supprimer un article sur une page Google, l’entreprise d’e-réputation facturera jusqu’à 25 000  francs! Une pacotille pour certains, surtout si les informations divulguées sont susceptibles de nuire à l’avenir d’un business ou à la réputation de tout un clan.

On se souvient encore des photos du prince Harry déguisé en nazi lors d’une soirée arrosée entre étudiants. Elles avaient jeté un froid entre Buckingham Palace et les Anglais. Dans la lignée des entreprises spécialisées, certains avocats ou family offices proposent aussi ce genre de service à leurs clients.

«Nous avons mis en place un programme automatisé qui nous permet de contrôler quotidiennement ce qui se dit sur nos clients sur le web, y compris sur Twitter, explique Sébastien Fanti, avocat spécialiste du droit des nouvelles technologies. Ce service coûte moins de 10  francs par mois et permet d’agir rapidement afin de limiter des propos, des photos ou des vidéos compromettants.» Un tel système est aussi disponible gratuitement sur le web grâce aux «Google alertes». Cependant, ces dernières ne prennent pas en compte les propos tenus dans des tweets. 

Dernièrement, les assurances ont rejoint les rangs de ce nouveau business. Ainsi, tout comme Axa ou Swiss Life en France, le Groupe Mutuel a lancé en Suisse, courant 2012, une assurance qui couvre l’image des adultes et des enfants pour une centaine de francs par an. Grand bémol: de nombreuses exclusions réduisent le champ d’application.

Mieux vaut prévenir que payer

Comme l’a dit Warren Buffett, le célèbre gourou de la finance: «Il faut vingt ans pour construire une réputation, cinq minutes pour la détruire.» Cela est d’autant plus vrai à l’heure du 2.0 où neuf jeunes sur dix de 12 à 20  ans sont inscrits sur Facebook, y postant régulièrement des vidéos ou des photos les mettant en scène.

C’est pourquoi de nombreux parents sont prêts à ouvrir leur porte-monnaie. «Si jamais cela devait arriver, nous ferions immédiatement retirer le contenu, confirment le CEO d’une multinationale familiale de plus de 30 000 employés et son épouse. Nous serions effectivement prêts à payer un prix élevé afin que cela ne nuise pas à la carrière ou aux études d’un de nos enfants. Mais surtout, nous limiterions l’accès aux ordinateurs et au smartphone et nous aurions une sérieuse discussion avec eux!»

L’important est de réfléchir avant de cliquer. Mais pas seulement lorsqu’il s’agit de photos personnelles. En Suisse, violer le droit à l’image est puni par le Code civil. Et lorsqu’il s’agit de contenus postés sur des serveurs hébergés aux Etats-Unis, comme YouTube, Facebook ou Twitter, c’est le droit américain qui s’applique. Les sanctions sont plus importantes et peuvent atteindre des dommages et intérêts colossaux, s’élevant à plusieurs centaines de milliers de francs. 

C’est ce qu’a découvert un Suisse par l’assignation d’un avocat étranger. De retour de vacances, il avait publié sur son blog une vidéo des ébats amoureux sur la plage d’une star américaine, actrice de Hollywood, sans même la reconnaître ou l’identifier. Il avait oublié que les riches et célèbres usent de professionnels pour traquer leur trace et leur présence indésirables sur le net.

Nathalie Praz

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