Bilan

En retard en 2010, la Bourse redécouvre les cleantechs

Les investissements dans les technologies propres (cleantechs) ont battu un nouveau record en 2010. Selon un des principaux cabinets de recherche du domaine, Bloomberg New Energy Finance, le total des investissements mondiaux dans les cleantechs s’est élevé à 243 milliards de dollars. Cela représente une augmentation de 30% par rapport à l’année précédente. Cette croissance est principalement due aux énormes investissements chinois dans l’éolien et à la progression des installations résidentielles solaires en Europe. De manière contradictoire, les performances des sociétés du domaine cotées en bourse ont été faibles l’année dernière, le secteur ayant clairement sous-performé les principaux indices boursiers mondiaux. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet apparent paradoxe.

 

Un paradoxe à la Bourse

Premièrement, la validité de la thèse du réchauffement climatique a été mise en doute. Le fiasco de la conférence de Copenhague ainsi que les maladresses des scientifiques du GIEC ont amené de l’eau au moulin des climato-sceptiques. Pourtant, notre planète continue de mettre en évidence la dégradation de son climat. Selon le réassureur Munich Re, 2010 a compté 950 catastrophes naturelles dont 90% liées au climat, ce qui la place au deuxième rang des années les plus sévères en nombre de sinistres depuis 1980. Deuxièmement, la fragilité financière de certains états européens a fait craindre aux investisseurs l’impact des restrictions budgétaires sur le secteur des cleantechs, considéré comme très fortement subsidié. Pourtant, l’IEA (Agence International pour l’Energie) évalue, pour l’année 2010, que le total des subsides au niveau mondial pour les énergies renouvelables  n’est que de 57 milliards de dollars, soit bien moins que les 312 milliards de dollars de subventions accordées aux carburants fossiles et elles aussi menacées. Au-delà de la bataille des chiffres, la réduction des subsides doit être interprétée comme un phénomène positif aidant les énergies renouvelables à devenir compétitives. En effet, les aides permettent de stimuler la demande et le financement des projets. Cela permet une réduction des coûts qui est ensuite intégrée par un abaissement des subsides.

Ces arguments illustrent l’antagonisme des visions à court et à long terme. En effet, malgré la remise en questions des thèses sur le changement climatique, de nombreux événements nous montrent que le climat est en train de changer durablement. De même, on peut craindre la réduction des subsides, mais sur la durée elle est nécessaire pour rendre ces technologies commercialement viables.

Sur le long terme, les investissements dans les cleantechs sont justifiés par les tendances de base que sont la croissance de la population et l’urbanisation. Ces dernières rendent indispensable une gestion plus efficace de nos ressources et une réduction de nos émissions de C02. Lombard Odier a la conviction que ces tendances auront un impact majeur et durable sur notre société. Sa gamme de fonds thématiques vise une allocation responsable du capital aux thèmes bénéficiant de ces tendances à travers l’ensemble des secteurs d’activités.

Sur le court terme, les faibles performances boursières des sociétés du secteur illustrent la complexité d’investir dans des sociétés qui doivent, non pas créer un nouveau marché, mais révolutionner des domaines d’activités solidement établis. Par exemple, les jeunes entreprises actives dans les réseaux intelligents doivent convaincre des sociétés électriques dont le modèle d’affaire s’est longtemps résumé à construire de nouvelles usines lorsque l’offre devenait insuffisante. Aujourd’hui, ce modèle va devoir évoluer grâce aux perspectives offertes par les innovations technologiques permettant notamment une gestion plus fine de la demande d’électricité. De même, dans le domaine des véhicules électriques, il s’agit de modifier nos habitudes de mobilité afin d’optimiser l’utilisation de nos réseaux de transports, et non pas uniquement de changer le type de motorisation des voitures. Nos réseaux électriques, encore eux, devront s’adapter afin de permettre à chaque conducteur de recharger et même de décharger la batterie de son véhicule au moment opportun.

Le rôle du capital-risque

Dans les cleantechs, l’innovation joue un rôle primordial aussi bien au niveau technologique qu’au niveau des modèles d’affaires. Cependant, afin de permettre un déploiement à grande échelle, les besoins en capitaux sont importants. Il n’est donc pas surprenant de constater que les cleantechs restent le terrain de prédilection des capitaux-risqueurs (VC). En 2010, les secteurs les plus appréciés des VC dans les cleantechs étaient le solaire (32% des investissements), le transport propre (21%) et l’efficacité énergétique (13%). Les Etats-Unis représentent plus de 85% des investissements dans ce domaine. En Europe, on privilégie une approche où les grandes sociétés investissent de manière stratégique dans de jeunes pousses, à l’image de ABB Technology Ventures, branche du groupe ABB spécialisée dans le capital-risque, qui a investi dans plusieurs domaines en 2010 dont l’éolien, les réseaux intelligents et l’énergie marémotrice.

Dans la transformation profonde de notre société en direction des cleantechs, la Suisse a, sans aucun conteste, son rôle à jouer, en misant principalement sur son potentiel d’innovation et sur la qualité de ses technologies. Elle compte d’ailleurs plusieurs sociétés de très haute qualité qui sont des leaders mondiaux de leur domaine notamment dans le solaire, l’électrification des véhicules et les réseaux électriques intelligents. Au niveau des start-up, le manque de financement de type capital-risque est parfois cité comme pénalisant pour les jeunes sociétés cleantechs. Un contre-exemple a été donné par la récente levée de fonds de la société Geroco qui commercialise des prises intelligentes permettant aux particuliers et aux entreprises d’optimiser leur consommation d’énergie. Les 800’000 francs levés par la start-up de Martigny sont tout à fait en ligne avec les montants obtenus par les start-up nord-américaines du domaine.Les records des investissements dans les cleantechs de 2010 sont encore loin des 500 milliards de dollars annuels qui devraient être investis au niveau mondial afin de décroître les émissions de C02 avant 2020. L’opportunité est donc significative d’investir dans un domaine innovant, en pleine croissance et définitivement destiné à durer.

 

 

2011, l’année des cleantechs

En 2011, les cleantechs vont devenir plus présentes en s’intégrant d’avantage dans notre quotidien et en s’installant plus profondément dans les stratégies de grandes sociétés. Au-delà des réactions émotionnelles, il est clair que les catastrophes de Deep Water Horizon et de Fukushima démontrent que les risques et les coûts associés aux énergies conventionnelles sont plus grands qu’anticipés. Cela aura un impact positif pour les énergies renouvelables aussi bien en termes de position dans l’agenda politique qu’au niveau de la confiance des investisseurs envers cette thématique.L’électrification des transports devrait être tangible avec les premières voitures électriques de série vendues, notamment aux Etats-Unis avec la voiture pure-électrique Leaf de Nissan et la Volt, l’hybride de General Motors. L’efficacité énergétique, tant au niveau de la gestion de la demande électrique que de la gestion de la consommation d’énergie des bâtiments, devrait rester en vogue au moment où énormément de sociétés augmentent leur offre avec ce type de services.

Frank Crittin

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