Bilan

Email des dents: la manie du blanc

Arborer un sourire éclatant est signe de réussite. Ce qui conduit de plus en plus de gens à recourir au blanchiment dentaire. Mais certaines solutions ne sont pas sans risques.
  • On trouve dans le commerce des bandelettes imprégnées, à appliquer régulièrement sur les dents.

    Crédits: Mario Castello/Corbis
  • Home bleaching: supervisé par un médecin dentiste, ce traitement s’effectue à domicile.

    Crédits: Dr

Au même titre qu’un épiderme sans défaut ou une silhouette svelte, arborer des dents blanches est devenu une norme sociale. «Ce phénomène de mode n’est pas nouveau: cela fait des années que le blanchiment des dents est répandu», note le Dr Jean-Philippe Haesler, membre du comité de la SSO (Société suisse des médecins-dentistes), notamment avec la presse people qui n’hésite pas à retoucher des photos pour rendre les sourires plus éclatants.

Aujourd’hui, trois solutions de traitements existent: ceux effectués en cabinet dentaire ou sous l’égide d’un médecin-dentiste (500 à 700 francs), les produits en vente libre dans le commerce (70 à 90 francs le kit complet) et enfin les «bars à sourire» (150 à 250 francs la séance).

Tous s’appuient sur la même base: le peroxyde d’hydrogène (H2O2), plus connu du grand public sous le nom d’eau oxygénée. L’agent de blanchiment traverse l’émail et pénètre la dentine pour la dépigmenter. La différence va résider dans sa concentration: de 0,1% à plus de 30% selon les produits utilisés.

La solution recommandée par les spécialistes est celle d’un traitement supervisé par un médecin-dentiste. «On peut soit réaliser le traitement en cabinet – ce qu’on appelle in office bleaching (ou power bleaching) – ou à domicile – le home bleaching. Dans le premier cas, le praticien isole hermétiquement les dents des muqueuses de la bouche et applique un produit avec une concentration élevée durant quelques minutes. Ce procédé est répété plusieurs fois au cours de la séance. Dans le second cas, le technicien dentiste réalise des gouttières bien ajustées aux dents sur la base d’empreintes prises par le médecin-dentiste.Ce dernier confie celles-ci et un gel, dont la concentration va varier entre 6 et 12%, à son patient et ce dernier suivra ses prescriptions pour l’application nocturne ou diurne en portant sa gouttière sur mesure», détaille Jean-Philippe Haesler.

Dans un bar à sourire, le procédé sera inspiré de celui du home bleaching, mais avec des produits présentant des concentrations bien inférieures à celles en usage dans un cabinet dentaire. «Il faut donc répéter le processus plusieurs fois par an pour espérer maintenir un effet, alors que chez un médecin-dentiste l’effet est rapidement visible et peut durer un à deux ans sans souci», note le spécialiste, pour qui le client de ces instituts, pour autant qu’il ait fait contrôler et détartrer ses dents préalablement par un professionnel de la médecine dentaire, ne court pas de réel danger à tester cette solution, «sinon celui d’être déçu car le résultat est plus éphémère».

Il faut également savoir que les restaurations dentaires (couronnes, obturations, etc.) ne blanchissent pas. Les employés de ces bars à sourire n’ayant pour la plupart aucune formation en médecine dentaire sont incapables de mettre en évidence la présence de telles obturations. Ils n’ont d’ailleurs pas le droit d’intervenir directement dans la bouche de leurs clients Et de noter que de nombreux bars à sourire ont ouvert voilà quelques années, mais que plusieurs d’entre eux ont rapidement fermé, souvent faute de clientèle fidèle suffisante.

Abrasif comme du papier d’émeri

Reste l’option des produits vendus dans le commerce. Il est possible de trouver dans les pharmacies ou en ligne des gouttières de silicone standards avec un gel dont la concentration en peroxyde d’hydrogène ne va pas excéder 0,1%. «Comme dans les bars à sourire, celles-ci ne sont pas réalisées sur mesure. Le gel déborde et agresse la gencive ou se retrouve appliqué sur une dent cariée ou présentant une restauration défectueuse, ce qui peut s’avérer très douloureux pour la personne», avertit Jean-Philippe Haesler.

Une autre solution vendue dans le commerce et en ligne se présente sous forme de bandelettes imprégnées de produit à base de peroxyde d’hydrogène. Là aussi les concentrations sont très faibles et l’application sur les dents est à répéter régulièrement.

A condition d’avoir exclu d’éventuelles contre-indications (caries, restaurations défectueuses, parodontite, collets sensibles, etc.), ces solutions ne présentent pas de grands dangers en raison de la faible concentration en agent blanchissant. Par contre, Jean-Philippe Haesler déconseille vivement les traitements «alternatifs»: «Quand j’entends jus de citron et bicarbonate de soude, j’ai peur pour les dents des personnes: l’acidité du jus de citron fragilise la surface de l’émail et l’effet abrasif du bicarbonate de soude va agir comme du papier d’émeri sur cette dernière.»

Le praticien constate une tendance: «Souvent, les patients qui viennent nous consulter pour un blanchiment ne sont pas ceux dont les dents sont les plus sombres, ce sont souvent des gens qui recherchent le «toujours plus blanc» et cela vire presque parfois à l’obsession de la blancheur.» Et de rappeler que le jaunissement progressif est un phénomène naturel au fil de la vie, et que les taches extérieures, elles, peuvent être enlevées grâce à un nettoyage par le médecin dentiste ou l’hygiéniste dentaire.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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