Bilan

Effet Uber: les assurances commencent leur mue

Après les taxis, les hôtels ou la finance, la numérisation de l’économie gagne le secteur des assurances. Ces start-up ont levé au total 2,12 milliards de dollars depuis 2010, dont plus de la moitié depuis début 2014.

Les start-up innovantes liées aux assurances se développent. 

Crédits: Dr

Suivez l’argent! En matière de trend, les investissements sont souvent un bon indicateur. Ils ajoutent l’action concrète aux paroles. De ce point de vue, il est intéressant de voir qu’après le transport (Uber, BlaBlaCar), le logement (Airbnb, Housetrip), ou le paiement (TransferWise) et plus généralement la finance avec les fintechs, le smart money des capital-risqueurs a pris la direction des start-up innovantes dans le secteur des assurances.

Smart money

Selon l’analyste CB Insight, ces start-up ont levé au total 2,12 milliards de dollars depuis 2010, dont plus de la moitié depuis début 2014. Et rien qu’au cours des cinq premiers mois de 2015, le chiffre a même atteint 831 millions de dollars d’investissements.

Aux Etats-Unis, le coup d’envoi de la numérisation du secteur de l’assurance a été lancé par la nouvelle loi sur la santé de l’administration Obama (Affordable Care Act) en 2010. La moitié des start-up qui se sont créées depuis dans ce domaine sont ainsi actives dans la santé. Elles servent soit de courtiers comme Oscar, soit de places de marché comme Gravie, voire de services pour gérer les assurances sociales des employés comme Zenefits. A côté de cela, de nombreux sites offrent des services en ligne d’assurance autos, ménages etc.

Spécialiste des fintech auprès d’AlpICT, le réseau des technologies de l’information en Suisse romande, Yohann Perron relève qu’en Suisse il y a aussi «essentiellement des brokers (Bfox), des comparateurs (123vergleich) et des plateformes de gestion (Knip, MoreMoney4you). »

Porte-parole de knip.ch, Juliane Repp affirme que ce dernier type de services rencontre de plus en plus d’intérêt des consommateurs, si bien que l’entreprise helvétique commence à se développer aussi en Allemagne. «Fondée en 2013 par Dennis Just et Christina Kehl, Knip gère actuellement plus de 18'000 polices d’assurance représentant un volume de près de 18 millions de francs », révèle-t-elle.

L’application mobile de Knip part de l’assuré qui y concentre toutes ses informations d’assurance (mensualités, garanties, expiration de contrat…). Ces informations anonymisées sont ensuite rendues accessibles aux 95% des assureurs suisses qui collaborent avec l’entreprise. Ils peuvent donc faire de meilleures offres ciblées à tel ou tel assuré. Knip a, de plus, ses propres conseillers indépendants consultables par ses utilisateurs.

Des assureurs investisseurs

Cette situation est assez typique de l’évolution actuelle du secteur des assurances sous l’influence de la technologie. «La numérisation est un grand défi, poursuit Juliane Repp. La plupart des compagnies d’assurance ont manqué ce virage et doivent rattraper leur retard. Ce n’est pas simple, avec des structures souvent rigides qui limitent l’innovation. Elles ont du mal à fournir les services individualisés facilités par les fintechs, alors que la norme était jusque là pour des produits taille unique. »

Cette situation créé certainement une opportunité pour des start-up fintech dans l’assurance. Mais elle sera de courte durée. Des compagnies d’assurance comme Axa, Mass Mutual ou bien encore la chinoise Ping An, ont aussi créé des entités de capital-risque (Corporate ventures) pour investir massivement dans ce domaine. Et y conserver ou y prendre des parts de marché.

Partenaire chez Axa Strategic Ventures, Minh Q. Tran explique : «Nous observons aussi bien les dossiers de start-up dans ce que nous appelons l’«insurtech» en Suisse que nous envisageons d’amener sur le marché suisse des modèles dans lesquels nous avons investi ailleurs. » Il donne l’exemple de Flyr, une start-up de San Francisco qui a développé un algorithme qui prévoit à 120 jours le prix d’un billet d’avion... pour le réserver au meilleur prix. Ce qui influe ensuite sur le prix des assurances annulation et voyage, soit un marché de 15 milliards de dollars dans le monde.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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