Bilan

Ecoles: le casse-tête du numérique

A l’heure où les enfants naissent un smartphone à la main, les établissements tentent de leur apprendre les bases. Le domaine est vaste, et les initiatives sont nombreuses. Tour d’horizon.

De plus en plus d’écoles primaires sont équipées de tablettes.

Crédits: Jamie Grill/Getty images

Approches technophiles ou technophobes: les écoles ont fort à faire en matière d’éducation numérique. C’est pourquoi le Plan d’éducation romand (PER), référence de tous les établissements scolaires, est actuellement remanié. Pascale Marro, secrétaire générale de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), résume les priorités: «Il y a plusieurs piliers: l’utilisation des outils et la compréhension de leur fonctionnement, les aspects sociaux du numérique ainsi que l’esprit critique à l’égard des différents types de médias.» Ces priorités sont posées, reste à les appliquer.

Le Canton de Vaud parle de science informatique, d’usage des outils numériques et d’éducation aux médias. Le directeur de l’Ecole Moser (Genève, Nyon et Berlin) voit quant à lui trois axes similaires: «Il y a le comment cela fonctionne, la littératie numérique – soit la valeur ajoutée à l’enseignement – et l’éducation aux médias», raconte Alain Moser, directeur de l’Ecole Moser. Genève retient onze principes, et le Canton du Jura a par exemple une cellule dédiée à l’inclusion des technologies de l’information dans les cours. De son côté, le Canton de Neuchâtel va présenter un rapport au sujet de l’éducation numérique fin novembre. Jean-Claude Marguet, chef du Service de l’enseignement obligatoire, insiste sur l’importance du numérique au même titre que la lecture ou les mathématiques. «Ce rapport devrait mener à un projet de décret. Nous allons demander environ 20 millions pour mettre tout cela en place.»

L’Ecole hôtelière de Lausanne utilise la réalité virtuelle pour entraîner (Crédits: EHL)

Un lab dans l’école

La stratégie numérique varie selon les établissements. L’Ecole Moser ou l’EHL ont opté par exemple pour un chief digital officer. «L’idée est que si quelqu’un vient avec un problème, ils en discutent et trouvent une solution», raconte Alain Moser, directeur des écoles éponymes. En plus de ce nouveau poste, Alain Moser a doté son école d’un espace de travail totalement consacré au numérique. «Le but était d’avoir un espace qui ne soit pas la salle des maîtres.» L’environnement est propice à des discussions axées sur la technologie. En plus de cet espace, une salle permet d’enregistrer des Mooc. Les professeurs profitent du micro et de la caméra pour créer des capsules vidéo à transmettre aux élèves. Quid des timides de l’écran? «Je suis un peu dictateur, rigole le directeur. Ils ont un après-midi par année dédié au centre d’enregistrement. Mais certains ont par exemple demandé à des collègues de faire la voix off», précise-t-il. Coût de l’investissement du «Moser Lab»? «Quelques milliers de francs», répond Alain Moser.

Du côté de l’Ecole hôtelière de Lausanne, les étudiants s’entraînent grâce à la réalité virtuelle. «Ils pratiquent ce qu’ils apprennent. Nous les mettons par exemple dans un hôtel cinq étoiles et regardons s’ils font les choses dans l’ordre», explique Julia Aymonier, chief digital officer au sein de l’EHL. L’investissement de l’établissement s’élève à environ 70 000 francs. «La prochaine fois, cela nous coûtera environ 50 000 francs car nous avons beaucoup appris de la première expérience», explique la CDO. Tout filmer à 360 degrés s’est révélé onéreux, mais le jeu en vaut la chandelle: «On voit la plus-value de ce que cela apporte.»

«Nos professeurs ont un après-midi par an dédié à notre centre numérique, le moser lab» Alain Moser (Crédits: Moser)

Et si le matériel ne comptait pas?

La question de l’équipement des élèves et des salles revient régulièrement. Dans son document de référence, la CIIP note que «l’élève/l’apprenant-e/l’étudiant-e et l’enseignant-e doivent disposer d’un équipement numérique d’apprentissage, offrant de bonnes conditions individuelles et collectives d’interactivité et de mobilité, relié à une connexion internet à haut débit et à des équipements wi-fi professionnels».

La notion est assez large et laisse une grande liberté aux écoles. Le Département d’instruction publique (DIP) de Genève équipe par exemple les écoles primaires de tablettes. Simplement, il y en a une pour trois élèves. «La raison d’un tel choix n’est pas budgétaire: il s’agit de parer au risque d’isolement souvent invoqué en rendant le partage et la collaboration inévitables», écrit le département dans son document intitulé «L’école au service de la citoyenneté numérique». Les Ecoles Moser ont également investi dans 1300 iPad, mais le directeur reste sceptique. «J’ai des doutes, tranche-t-il. Il faut de la liberté, et je pense que demain ils amèneront leur propre appareil.» Sauf que pour l’heure, les écoles obligatoires se doivent de fournir le matériel pédagogique.

L’école n’est d’ailleurs pas le seul endroit où les élèves peuvent apprendre. La logique d’école inversée prend place petit à petit. «Avant, les enseignants passaient des films en classe, explique Jean-Claude Marguet. Aujourd’hui, ils peuvent donner le lien, l’élève visionne le contenu et la classe le commente après. Le professeur a ainsi un autre rôle.»

Les enseignants aussi

Les élèves ne sont pas les seuls concernés par l’apprentissage du numérique. Les professeurs bénéficient de formation continue, soit un investissement en temps et en argent considérable. La position de chief digital officier vise à trouver rapidement des solutions.

Autre initiative intéressante: le canton du Jura et son Centre d’émulation informatique. Une quinzaine de chargés de mission s’affairent à intégrer les MITIC (médias, images et technologies de l’information et de la communication) dans l’éducation. Soutien technologique, discussions des bonnes pratiques ou encore entretien du réseau: ils veillent à ce que tout soit clair. Les enseignants sont toutefois limités aux moyens de leurs écoles.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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