Bilan

DuPont parie un milliard de dollars sur le solaire

Les grands groupes chimiques sont-ils sincères quand ils disent s'être convertis aux énergies renouvelables? Maintenant que les pressions d'un nouvel accord sur le climat ont été enterrées à Copenhague, que les subventions pour le solaire et autres mesures de relance verte sont sapées par l'explosion de l'endettement public et que le pétrole est revenu à des prix plus normaux, leurs timides efforts ne vont-ils pas s'évanouir sous prétexte de crise?«Nous avons mis le frein sur nos investissements dès octobre 2008», répond Ellen Kullman, la CEO arrivée une semaine avant la chute de Lehman Brothers à la tête du géant des matériaux DuPont.«Mais nous continuons d'investir là où nous voyons des opportunités.» Pour elle, cela signifie le solaire et plus généralement les énergies renouvelables ainsi que les matériaux isolants. «Nous constatons que malgré la chute des prix du pétrole après le pic de 2008, les investissements dans les énergies renouvelables n'ont pas diminué, poursuit-elle. L'augmentation de la population et le besoin conséquent d'énergie rendent la tendance inéluctable. Avec nos matériaux et notre science, nous pensons pouvoir apporter des solutions concrètes, efficaces et à la fin très rentables à la question énergétique.»Des intentions aux actionsPour mettre ses actions en adéquation avec ses propos, la patronne de DuPont ne s'est pas contentée de faire installer des panneaux solaires sur le toit de sa maison. Elle pose aussi près d'un milliard sur la table afin de construire de nouvelles capacités de production pour des matériaux applicables au solaire comme le Tedlar (protection du silicium), le Solamet (pâte de métallisation) ou pour créer de nouveaux laboratoires de R&D, de l'Inde à la Chine en passant par Genève.Actif depuis vingt-cinq ans dans le photovoltaïque, DuPont considère que ses matériaux aideront l'électricité solaire à devenir autant et peut-être plus compétitive que celle produite par d'autres sources. En parallèle, l'entreprise, qui est aussi un géant dans l'agriculture via sa filiale Pioneer, prend un gros pari sur les biocarburants de seconde génération. Ceux utilisant des déchets agricoles et non pas des grains afin de ne pas concurrencer la filière alimentaire. DuPont achève la construction de deux démonstrateurs d'éthanol de seconde génération. Ellen Kullman prévoit que cette activité sera rentable dans les trois à cinq ans.Le retour sur investissement pourrait venir plus vite au laboratoire photovoltaïque du CTE de Meyrin qu'elle vient d'inaugurer. Le groupe investit, ici, 5 millions de dollars pour tester et développer de nouveaux matériaux et de nouveaux processus de production avec ses clients fabricants de panneaux et des partenaires comme l'EPFL-IMT. Le campus amène, en effet, son expertise dans les cellules solaires à couches minces.Déjà, des idées prometteuses apparaissent. Les chercheurs genevois essaient de remplacer le verre des panneaux par une feuille de Téflon translucide en surface, du silicium, et un support en Rynite, un polyester. Avantages: plus besoin des délicates manipulations de verres cassants lors de la production, des panneaux plus légers et peut-être plus efficaces s'ils se confirment que le Téflon laisse passer un spectre plus large de lumière. DuPont, qui a introduit 50% de nouveaux produits en plus en 2009 qu'en 2008, veut désormais appliquer cette créativité au solaire.

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