Bilan

Duel de générations pour les jeux en ligne

De jeunes politiciens s’allient pour dénoncer la nouvelle loi «paternaliste» visant à interdire l’accès en Suisse aux sites étrangers de jeux d’argent. Les citoyens voteront le 10 juin prochain.

Poker en ligne. Faut-il bloquer l’accès aux fournisseurs étrangers de jeux sur internet?

Crédits: Dr

Dans un camp, les référendaires opposés à la loi sur les jeux d’argent, de jeunes politiciens plutôt en désaccord avec leur parti. Dans l’autre, le Conseil fédéral soutenu par la Loterie Romande, swisslos.ch et les casinos suisses... C’est un vrai conflit de générations que le peuple suisse devra trancher le 10 juin. Faut-il fermer le marché suisse des jeux d’argent en ligne aux opérateurs offshore? «La nouvelle loi offre des garanties contre les risques de manipulation, escroquerie ou dépendance liés à ces pratiques, elle ne restreint pas la liberté d’information et assure des revenus à l’AVS», rétorque la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Avec la nouvelle loi, les casinos suisses pourront proposer des jeux d’argent en ligne. Les fournisseurs étrangers de jeux sur internet seront bloqués.

Des jeunes Verts aux jeunes UDC

La nouvelle loi est combattue par un comité référendaire formé de jeunes PLR, Verts, Vert’libéraux et UDC qui estiment qu’elle ouvre la voie à la censure sur internet: «Elle entraînera un marché noir encore plus nocif pour les joueurs pathologiques, estime Thomas Juch, vice-président des Jeunes radicaux-libéraux Genève. Berne veut dicter quels sites les Suisses ont le droit de consulter. Le seul avantage sera pour les casinos suisses qui vont pouvoir développer leurs sites à l’abri de la concurrence étrangère.»

Lire aussi : Loterie Romande et Swisslos ont fait 32 millionnaires en 2017

Le Valaisan Philippe Nantermod pointe aussi les dérives qui pourraient s’étendre à d’autres secteurs: «Interdirons-nous les paiements en ligne PayPal pour protéger les banques suisses?» Ce qui commence par le poker online peut conduire à une censure dans le domaine de la musique ou des films. Les défenseurs de l’économie numérique sont du même avis: Swico (association économique pour la Suisse numérique), GVC Holdings (entreprise de paris en ligne dont le siège social est basé à l’île de Man), PokerStars à Malte ou Bwin à Vienne.   

Casinos et Loterie Romande, l’union des «frères ennemis» 

Les maisons de jeu qui disposent d’une concession suisse pourront proposer la roulette, le blackjack ou le poker en ligne. De leur côté, les sociétés de loterie pourront offrir de nouvelles formes de paris sportifs. Alors que les casinos suisses et la Loterie Romande se trouvaient en rivalité lors de la réintroduction des maisons de jeu en 2000, les «frères ennemis» se retrouvent aujourd’hui dans le même camp, en compagnie de swisslos.ch. Ils font valoir que les référendaires ont bénéficié d’un demi-million de francs de la part de ces opérateurs agissant à partir de territoires offshore.

Le nouveau marché suisse est évalué à 300 millions de francs, à comparer aux 400 millions de la Loterie Romande: «Ces sites sont dangereux et liés à une activité criminelle», accuse Jean-Luc Baner-Monet, directeur de la Loterie Romande et président de l’Association mondiale des loteries et des paris. Il y voit une lutte comparable à celle menée contre la pédopornographie et qui fait l’objet de blocage: «Les jeux d’argent ne relèvent pas du commerce ordinaire, en raison des dangers qui sont liés. Les sociétés de loterie et les maisons de jeu répondent à des exigences strictes afin de prévenir le jeu excessif, le blanchiment d’argent et la criminalité connexe.»

La Suisse ne serait pas précurseur en matière de blocage. C’est le cas dans 17 pays. Pour Jérôme Colin, directeur du Casino Barrière à Montreux, l’interdiction se justifie par le fait que les opérateurs offshore ne respectent pas les engagements en matière de jeu addictif et de redistribution à l’AVS: «Si la loi passe, le groupe Barrière lancera son site en ligne en Suisse. Ce n’est pas le cas en France, où les gros opérateurs offshore ont cannibalisé le marché.» Il estime à 20% la part du chiffre d’affaires qui serait créée, avec des emplois en sus et une sécurité accrue: «Je vois mal le joueur victime d’un bug aller réclamer son dû à Malte.»  

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Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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