Bilan

Ditto, le logiciel qui reconnaît les logos sur les photos des réseaux sociaux

En s'appuyant sur les publications des réseaux sociaux, les marques veulent affiner leur ciblage des clients. Le logiciel Ditto, mis au point au MIT de Boston, permet de détecter les logos sur les photos des abonnés aux réseaux sociaux.
  • Grâce à un nouveau logiciel mis au point par des ingénieurs américains, les logos des marques sont repérés sur les photos postées sur les réseaux sociaux et cela permet de cibler la publicité.

    Crédits: Image: Thomas Coex/AFP
  • Le programme détecte et reconnaît les logos selon la forme et la couleur, puis les associe aux marques correspondantes.

    Crédits: Image: Ditto Labs
  • Les marques peuvent tracer les utilisateurs des réseaux sociaux qui postent des photos avec leur marque ou leur logo.

    Crédits: Image: Ditto Labs
  • Mesurer quelles marques de bières (et d'alcools) sont associées aux personnes aimant quel style de musique: un exercice de style pour Ditto Labs.

    Crédits: Image: Ditto Labs

Le rôle des réseaux sociaux dans le ciblage publicitaire ou le marketing des clients n'est pas nouveau. Avec des «Publications suggérées» sur Facebook ou des «publications sponsorisées» sur Twitter, les annonceurs peuvent viser les abonnés les plus susceptibles d'être intéressés par leurs services ou leurs produits.

Pour toucher la bonne cible, un trackage des utilisateurs est réalisé: chaque clic sur un post ou un tweet est comptabilisé et étudié, l'ensemble du comportement de l'internaute permettant de dessiner son profil. Un corpus de datas qui est revendu aux annonceurs et qui permet à de nombreuses entreprises du web de fonctionner et d'engranger de beaux résultats avec des modèles pourtant gratuits pour les utilisateurs.

Cependant, la plupart des technologies actuelles se basent sur le clic: c'est l'action de l'internaute et ses interactions avec ses contenus, ses amis ou les contenus de ses amis qui va définir le profil.

Des ingénieurs du MIT ont cherché à aller plus loin et à décrypter les photos postées par les internautes sur les réseaux sociaux. David Rose et Neil Mayle, respectivement CEO et CTO de Ditto Labs, ont détecté le potentiel des images: «Il y a 1,8 milliard de photos qui sont postées chaque jour sur les principaux réseaux sociaux, et sur ces clichés il y a tant de choses à apprendre pour mieux connaître ceux et celles qui les mettent en ligne».

Détecter les logos et les associer aux marques correspondantes

Les deux quadras américains ont alors fondé Ditto Labs et mis au point un logiciel bluffant: Ditto repère les logos des marques sur les photos sur Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest ou encore TumblR. «Les outils actuels pour les réseaux sociaux ne permettent pas d'analyser les images avec précision: ils passent à côté de 85% des clichés comportant un logo», constatent les créateurs.

Avec l'aide d'une équipe d'ingénieurs, pour la plupart issus du MIT de Boston, David Rose et Neil Mayle ont mis au point une technologie capable de détecter des logos, même flous ou incomplets, sur la base d'algorithmes qui scrutent les pixels des images et identifient les formes et les couleurs qui y figurent. Qu'il s'agisse du chat au noeud papillon rose de Hello Kitty ou des trois bandes d'Adidas, le programme détecte les sigles et les associe aux marques.

Your Social Photos Put to Work with Ditto from Ditto on Vimeo.

Immédiatement, le potentiel en termes de tracking des consommateurs a séduit les investisseurs. Une levée de fonds réalisée cet été a permis de s'appuyer sur un capital de 2,2 millions de dollars, après une levée de fonds initiale d'1,4 million lors de la création de la start-up fin 2012.

Même succès du côté des clients: le géant de l'agroalimentaire Kraft a choisi Ditto pour détecter sur les clichés mis en ligne quels consommateurs mangent leurs produits. Et surtout où. Car l'un des avantages majeur de Ditto est de cartographier en direct où se trouvent les clients qui publient des photos avec des logos. Et donc l'impact de campagnes ciblées et d'événements.

Les analyses du Superbowl

Lors du Superbowl, spectateurs et téléspectateurs ont mis en ligne des millions de photos... et des dizaines de millions de logos: casquette ou maillot d'une des équipes en lice lors du match, emballages de pizzas, marque du téléviseur ou encore logos présents dans le mobilier de l'appartement. Tout a été passé au peigne fin par Ditto et les marques ont pu mesurer leur taux de pénétration dans les foyers américains avec des éléments très précis liés à l'âge, au sexe, à l'origine ethnique ou sociale, ou à l'adresse des utilisateurs.

Des rapports circonstanciés et détaillés peuvent ainsi être établis pour définir des campagnes futures. Une étude a été menée pour savoir quelle bière correspondait le plus aux fans de Metallica, de Beyonce et de Taylor Swift: les rockers sont les plus aptes à poster des photos avec Molson, Guiness ou Heineken, tandis que les aficionados de Beyonce plébiscitent Smirnoff Ice et Stella, et les groupies de Taylor Swift (qui sont les moins enclins à poster des images comportant des alcools) apprécient la Coors, la Budlight et la Smirnoff Ice.

Disposer d'un tel outil pourrait donc se révéler essentiel afin de mesurer le retour sur investissements des campagnes marketing ou le rayonnement ciblé des marques. A l'heure où les stratégies de communication s'affinent sur le web et où les marques veulent pouvoir mesurer précisément leur impact, ce type d'outils pourrait se révéler redoutable.

Aux Etats-Unis, certaines associations de défense de la sphère privée ont dénoncé ces méthodes. Pour elles, l'utilisation des données des réseaux sociaux fait l'objet d'une acceptation lorsque l'abonné valide les conditions générales d'utilisation, mais de nombreux sites n'informent pas (ou pas assez) à leur goût sur l'usage qui peut être fait de tout ce qui figure sur les photos mises en ligne.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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