Bilan

Devenir un bon capitaliste avec Animal Crossing

Ce jeu a fait un véritable carton. Animal Crossing: New Horizons a réalisé l'un des meilleurs lancements depuis la sortie de la Nintendo Switch il y a 3 ans. Le principe? Vous êtes sur votre île et la développez. Il faut rembourser le prêt de sa maison, donner ses insectes et poissons au musée, faire venir les habitants et pour être riche: se mettre au trading de navets.

Dans ce jeu, vous êtes "délégué insulaire" et très heureux de recevoir des clochettes, la monnaie locale.

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Vous arrivez sur une île. Un raton-laveur vous prête généreusement une tente et c’est à vous de vous arranger pour faire de cette île un incontournable. C’est en quelque mots l’idée d’Animal Crossing: New Horizons. Une idée qui paraît simple, mais qui a pourtant séduit des millions de joueurs dans un moment où ils étaient amenés à se confiner.

Il faut dire que ce jeu offre de nombreuses possibilités: on peut y pêcher, attraper des insectes, décorer sa ville. Le but premier est toutefois de rembourser sa dette hypothécaire. Car votre créancier, Tom Nook, ne vous laissera pas vivre dans une simple tente toute votre vie. Il comprend vos envies de grandeur, d’avoir différentes pièces à votre disposition. Aussi, il se montre généreux et enchaîne les prêts dans la monnaie locale: les clochettes.

C’est là le nerf de la guerre du jeu, et qui en fait un parfait tremplin pour expliquer le capitalisme. Pour avoir des clochettes, il faut bouger ou prendre des risques. Pêcher et vendre ses poissons est une solution. Le joueur peut aussi planter de l’argent dans le sol à un point précis, et ensuite il aura un arbre à clochettes - une source de revenus.

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Petit à petit, la fortune se fait et vous pouvez allez voir Tom Nook pour le rembourser… jusqu’à ce qu’il en remette une couche. Et si vous voulez améliorer votre ville, construire des ponts et des rampes pour atteindre terres et falaises, il faudra aussi payer de votre poche. Tel est le destin d’un îlien.

Ce jeu issu d’une franchise vieille de 19 ans fait sensation. Entre le 20 mars (jour de sa sortie) et le 31, Nintendo a vendu 11,77 millions de copies. Après six semaines, les ventes en sont déjà à 13,41 millions d’unités vendues. Ce jeu a aussi dopé les ventes de la console elle-même, la Nintendo Switch. L’entreprise japonaise s’attendait à en vendre 19 millions lors de cette année financière, mais elle en a écoulé 21 millions.

Et il y a fort à parier que le chiffre aurait été plus grand si le constructeur ne rencontrait pas des problèmes d’approvisionnement. Des problèmes qui se retrouvent chez les distributeurs. Début avril, Digitec nous confiait que les ventes de consoles avaient doublé - et que cela aurait pu être davantage si la demande n’excédait pas l’offre. Pour marquer le coup, le magazine M Le Monde a même fait de Tom Nook la Une de son magazine. Cela montre l’impact du jeu au sein des foyers.

De la bourse de Londres aux navets

L’initiation ne s’arrête pas là. Les créateurs du jeu ont intégré un système de trading à l’intérieur du jeu. Le dimanche matin, une marchande vient vendre ses navets. Ils ont un prix différent sur chaque île, dans une certaine fourchette. Il s’agit ensuite de les revendre dans un magasin au cours de la semaine, avant qu’ils ne pourrissent. Acheter ses navets à 95 clochettes l’unité et les revendre pour 150, c’est bien. Les acheter à 90 clochettes l’unité pour s’en débarrasser à 532 clochettes la pièce, c’est encore mieux. Il faut évaluer le risque et attendre le bon moment pour déclencher l’achat. Maximisation est le maître-mot, d’autant plus que l’on peut ouvrir son île et voyager. Le cours du navet est élevé chez Martin? Autant y aller et vendre ses navets là-bas. «J’ai un ami dont le magasin rachète les navets à 536 clochettes» lance quelqu’un sur un groupe WhatsApp. Il n’en faut pas plus pour aller à l’aéroport légumes en poche.

Loin d’être limité à la famille ou aux amis proches, vous pouvez voyager sur l’île de parfaits inconnus à l’aide de codes générés par le jeu. Vous entrez le code et vous avez le droit d’entrer sur l’île. C’est donc tout un marché qui s’est créé autour des navets. A l’image du site Turnip Exchange (littéralement: échange de navets), des plateformes pour faciliter les transactions ont vu le jour. Ceux dont l’île a un taux intéressant s’inscrivent sur la liste et invitent les autres à venir en échange d’une taxe d’entrée. Cela peut être des clochettes, des objets spécifiques. Parfois, rien n’est demandé.

Et pour les boursicoteurs en herbe, il existe aussi des simulateurs de cours du navet. C’est le cas de Turnip Prophet, qui établit une prévision du cours en prenant en compte les tendances passées.

D’autres sites tiers ont vu le jour, comme Nookazon. Là-dessus, on peut acheter des objets présents dans le jeu. Ces derniers apparaissent ponctuellement. Chaque jour, les vendeurs mettent des meubles, papiers peints et sols différents en vente. Pour peu que vous cherchiez quelque chose de précis, c’est possible de l’acquérir à travers ces canaux en ligne.

Argent réel en jeu

Certains joueurs vont jusqu’à payer en monnaie réelle pour obtenir des services dans le jeu. Récemment, Olivia’s, le magasin d’ameublement, a beaucoup fait parler sur Internet. Il a lancé son propre service de décoration d’intérieur… pour les îles d’Animal Crossing. Les personnes engagées gagneraient 40 livres de l’heure avec un avantage bien énoncé: «Vous êtes payés à jouer à Animal Crossing». A noter aussi l’essai d’une entreprise japonaise. Ses employés ont tenté de travailler sur Animal Crossing. Enfin, Gary Whitta a lancé son propre talk-show sur le jeu. Lui qui est auteur et écrivain et qui a travaillé sur des grosses productions comme Star Wars Rogue One ou encore The Walking Dead.

Pour voir ce que cela donne:

Une fabrique de traders ?

Le jeu pousse à la créativité. Ce lancement mondial couplé au début du confinement a permis à Animal Crossing: New Horizons de décoller. Le phénomène peut paraître curieux. Si vous jouez et crochez, vous serez pourtant loin d'être les seuls. De nombreux streamers ont déclamé leur amour pour cette vie d'îlien. Peut-être qu'il s'agit d'une manière de se sortir du quotidien. Peut-être qu'il s'agit d'une belle initiation à la pêche et à la reconnaissance des fleurs. Peut-être que c'est simplement le seul moyen de voyager en ces temps de (semi-)confinement.
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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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